La fin de la pêche blanche au lac Saint-Pierre dès cet hiver?

Poissons-appâts pour la pêche: 60 % favorables ou indifférents à leur interdiction

La nouvelle réglementation interdisant d'utiliser des poissons-appâts vivants, partout au Québec, en tout temps et même des poissons-appâts morts, en été, dans certaines zones de pêche, dont le lac Saint-Pierre, semble convenir à une majorité de pêcheurs sportifs.
Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs vient de publier les résultats d'un sondage effectué auprès des pêcheurs sportifs, entre le 22 novembre et le 22 décembre derniers dans lequel 60 % des 2760 répondants se disent favorables ou indifférents à l'interdiction, en été et 64 %, à l'interdiction, en hiver.
Ces résultats n'arrivent toutefois pas à convaincre l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre, qui est toujours aussi inquiète des impacts de la mesure. Des pourvoiries, lourdement affectées déjà par l'interdiction sur la perchaude depuis cinq ans et qui vient d'être reconduite, entendent fermer leurs portes alors que d'autres vont ouvrir quand même, lorsque la glace sera prise, mais «juste pour voir ce qui va se passer», indique le président Jean Lévesque.
C'est que l'interdiction, dit-il, n'a pas encore fait de remous parce qu'en été, on peut pêcher quand même, en utilisant des vers. C'est cet hiver que les effets se feront le plus sentir, prévoit-il.
«La seule façon de prendre du doré sera de ''jigger'' sur le bord du trou. Ça n'a rien de bien intéressant», résume le président.
«Pour ma part, je pense que je vais aller passer l'hiver en Floride avec mes chums», dit-il. «Je dépensais à moi seul 3000 $ par année pour deux mois de pêche hivernale», dit-il, «aussi bien aller au soleil avec cet argent», fait-il valoir.
Jean Lévesque se dit passablement certain que l'hiver 2017-2018 sera «le dernier hiver de pêche sur glace» au lac Saint-Pierre.
L'annonce de ces mesures, qui sont entrées en vigueur le 1er avril dernier, avait fait grand bruit parmi les pêcheurs, en particulier au lac Saint-Pierre. L'opposition était venue des pêcheurs commerciaux, de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, de la Fédération des pourvoiries du Québec, de l'Aire faunique communautaire du lac Saint-Pierre et des propriétaires de centres de pêche.
Le questionnaire du sondage qui vient d'être rendu public a été élaboré par les biologistes et techniciens de la Faune en partenariat avec les membres de la Table nationale de la faune. Il avait été conçu pour s'adresser aux pêcheurs sportifs de toutes les régions du Québec, qu'ils soient utilisateurs de poissons-appâts ou non.
Le terme poisson-appât désignait, dans le sondage, uniquement les petits poissons ou menés et l'éperlan arc-en-ciel.
Les répondants étaient âgés de 18 à 75 ans et n'appartenaient, en majorité, à aucune association ou fédération ni à aucun regroupement de pêcheurs. Ils provenaient surtout de l'ouest du Québec où la pêche avec poissons-appâts était autorisée au moment du sondage et 65 % d'entre eux avaient utilisé ce genre d'appât au cours des trois années précédentes.
Il semble que la nouvelle réglementation soit mal comprise ou encore méconnue. Pas moins de 43 % des utilisateurs de poissons-appâts n'ont en effet pas été en mesure de donner la bonne réponse au sujet de la légalité de l'usage de menés vivants, en été, dans le fleuve Saint-Laurent.
Rappelons que la nouvelle réglementation vise à freiner le risque de propagation de la carpe roseau, une espèce extrêmement destructrice d'écosystèmes aquatiques et de réduire l'arrivée d'espèces exotiques envahissantes et de maladies.
Au chapitre des espèces exotiques envahissantes, le sondage permet aussi de constater que 73 % des répondants perçoivent le transport maritime comme un vecteur élevé de propagation, par rapport à 37 % pour les poissons-appâts.