Pneus d'hiver: congestion et pénurie en vue dans les garages

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Mieux vaut peut-être ne pas trop attendre avant de faire installer ses pneus d’hiver, cette année. C’est en tout cas ce que conseillent plusieurs garages et même CAA Québec, qui craignent que l’offre ne soit pas à la hauteur de la demande cet hiver.

Patrice Francoeur, directeur du garage Voie Rapide de Trois-Rivières, soupçonne qu’à l’approche du mois de décembre, certaines marques et certains modèles de pneus ne seront plus disponibles. Il évoque la fermeture temporaire, au printemps dernier, de plusieurs usines de fabrication de pneus.

«On passe notre commande pendant le temps des Fêtes, ils les fabriquent au printemps et nous les envoient à l’automne. Mais là, il y en a qui ont fermé pendant le confinement, alors c’est sûr qu’il va en manquer certains modèles et dans certaines grandeurs. C’est pareil avec les pièces mécaniques: beaucoup sont en rupture de stock. Alors je conseille aux gens de faire le plus vite possible», prévient-il.

CAA Québec craint également que certaines personnes ne puissent obtenir des pneus d’hiver à temps. «On n’est pas rendus à tirer la sonnette d’alarme, mais c’est une préoccupation qui milite en faveur de s’occuper de ses pneus plus tôt cette année», confirme Pierre-Olivier Fortin, porte-parole de CAA Québec. Sans parler de problématique d’approvisionnement, ce dernier craint que le manque de main-d’oeuvre retarde l’installation de pneus d’hiver, surtout pour les gens qui attendent à la dernière minute.

«Il y a moins de bras dans les garages. La pénurie de main-d’oeuvre a été accentuée par la pandémie. Il y a aussi les mesures sanitaires qui font en sorte que le rythme de travail est ralenti dans les garages. Le nombre de personnes qui peuvent travailler en même temps est limité et ça a pour effet de ralentir les opérations, comme partout ailleurs», indique-t-il.

Pneus d’hiver l’été et snowbirds

À la problématique de l’approvisionnement, il faut ajouter celle d’une demande accrue. En effet, selon Patrice Francoeur, de nombreuses personnes ont conservé cet été leurs pneus d’hiver, ne voyant pas l’utilité de les changer, puisqu’ils étaient en télétravail et croyaient ne pas pouvoir voyager dans la province cet été. Un constat partagé par CAA Québec.

«À un moment donné, il y a eu une vague d’optimisme pendant l’été. Les gens avaient des fourmis dans les jambes et beaucoup sont allés en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine, ou à leur chalet, plus souvent qu’ils pensaient le faire. Alors est-ce qu’ils ont roulé si peu que ça? Les gens auront peut-être la mauvaise surprise de voir que leurs pneus sont usés et qu’ils seront à remplacer», indique Pierre-Olivier Fortin.

Un deuxième facteur évoqué par ce dernier est la probabilité que de nombreux «snowbirds» demeurent au Québec cet hiver, ce qui augmenterait également la demande pour les pneus d’hiver.

«On a fait un sondage sur les intentions de voyage des ‘’snowbirds’’ et beaucoup d’entre eux étaient optimistes, mais c’était avant la deuxième vague. Donc, il y a fort à parier que pour la première fois depuis plusieurs années, certains auront besoin de pneus d’hiver neufs. Ça va faire une pression sur l’inventaire des garages», indique M. Fortin.

Sans compter que depuis l’an dernier, la date limite pour la pose de pneus d’hiver est passée du 15 au 1er décembre. Dans un communiqué diffusé la semaine dernière, l’Association des Spécialistes de Pneus et Mécanique du Québec (ASPMQ) demandait d’ailleurs au gouvernement de ramener cette date au 15 décembre, exceptionnellement.

«Ainsi, en ce contexte de pandémie, cette date limite retardée permettra à nos ateliers mécaniques de répondre efficacement à la demande en toute sécurité pour les employés et les clients», indiquait l’ASPMQ, rappelant que 6,6 millions de véhicules sont immatriculés au Québec.

CAA Québec indique ne pas avoir pris position par rapport à cette demande de l’Association.