L’horticulteur Serge Fortier.

Plus écolo, moins cher et moins exigeant

Sainte-Marie-de-Blandford — Vous faites un jardin? Vous allez donc acheter du compost, de l’engrais, des pesticides. Vous allez passer des heures à arroser vos plants, peut-être même à leur parler. Vous allez vous éreinter à sarcler, tout cela jusqu’à ce que le moment tant attendu arrive: le tout premier radis, les premières tiges de pois qui cherchent à grimper, la première fleur de tomate.

Serge Fortier, lui, ne met presque jamais d’engrais. Vous ne le verrez jamais planté comme un piquet devant son jardin avec un boyau d’arrosage. Il ne laboure pas la terre. Il n’enlève pas les tiges mortes autour de ses vivaces, au printemps. Il ne dépose jamais de sacs de rognures de végétaux au chemin. Pourtant, il obtient de meilleurs résultats que la majorité des gens qui s’adonnent au jardinage et à l’horticulture.

Serge Fortier est une personnalité bien connue dans la région de Bécancour pour la lutte qu’il a menée contre les gaz de schiste. C’est aussi un horticulteur de grande expérience, une profession qu’il a exercée pendant 25 ans avant de devenir consultant en paysages et jardins environnementaux.

Ses clients savent qu’avec lui, il n’y aura pas de toiles géotextiles avec de la petite pierre blanche par-dessus pour décorer. Comme il le résume lui-même si bien, il s’est complètement retiré «de la grosse game capitaliste de l’horticulture.»

Le résident de Sainte-Marie-de-Blandford, qui enseigne aujourd’hui sa technique d’horticulture naturelle au public, soit par le biais de conférences ou par les nombreux ouvrages de référence qu’il a écrits, résume très simplement la philosophie qui l’anime maintenant depuis des années: «Il n’y a jamais un arbre qui est venu me voir pour s’acheter une poche de compost.»

Serge Fortier a compris que la nature sait prendre soin d’elle-même. Il suffit de bien l’observer, dit-il, pour comprendre ses principes et agir dans le même sens qu’elle. Au jardin, dans les plates-bandes et dans le gazon, il a donc décidé d’imiter Mère Nature en tous points avec pour effet «que je suis maître des résultats, que je protège l’environnement, que ça me coûte moins cher et que ça me donne moins d’ouvrage», résume-t-il.

Huit «lois», dit-il, se dégagent de ses observations. Une des principales est celle du «pâté chinois.» Dans la nature, dit-il, la terre est composée de trois couches: le sol, l’humus ainsi que des végétaux morts ou vivants. Afin de les reproduire, il conseille donc de conserver les rognures de gazon et de les disposer dans le jardin pour reconstituer cette couche de végétaux morts qui favorisera la vie dans la terre et nourrira les plantes. Mis à part un peu de fumier de poule en granules qu’il applique à l’occasion, c’est surtout avec ça qu’il nourrit avec succès son jardin et ses fleurs.

Il passe aussi ses feuilles d’automne dans la machine à déchiqueter et s’en sert tout l’été comme paillis. «Le paillis de cèdre, c’est fait pour les cèdres», plaide-t-il.

La deuxième loi est celle «des vêtements de la terre.» Le sol, dit-il, ne doit jamais rester nu, car il ne l’est jamais dans la nature. Le paillis de feuilles et de gazon coupé ou les plantes couvre-sol permettent d’habiller la terre. Serge Fortier utilise même l’infâme phragmite (avant qu’elle monte en graine) en guise de paillis avec des résultats surprenants. Il s’agit d’un excellent engrais, car cette plante est une «pompe à phosphore», dit-il, un élément dont les plantes du jardin sont friandes.

La troisième loi concerne la manière d’arroser. Ce n’est pas en arrosant les plantes qu’on va nécessairement réussir à atteindre leurs racines. Serge Fortier a inventé un système qui permet d’arroser les plantes par les racines directement avec moins d’eau. Il s’agit d’un simple pot troué (style pot de yogourt) que l’on enterre jusqu’à ras bord dans le sol entre les plants. Un grillage placé sur le dessus empêche la terre de remplir le contenant. On en met un par mètre carré. Il suffit de remplir ces contenants d’eau (on peut capter l’eau de pluie dans un baril) et la plante sera abreuvée selon ses besoins. On peut même y déposer quelques granules d’engrais de poule et ce sera la fin du stress par la sécheresse ou le manque de nourriture.

Serge Fortier rappelle que les plus faibles, dans la nature, ne survivent pas. Dans le jardin, il faut donc accepter qu’ils soient attaqués par des prédateurs. Il rappelle aussi qu’en chassant le naturel, il reviendra irrémédiablement au galop. Il est donc clair que cet horticulteur environnementaliste est contre la monoculture, donc contre le gazon à l’anglaise qui cause d’ailleurs bien des problèmes environnementaux.

«Dans la nature», rappelle-t-il, «les processus sont circulaires. Rien ne se perd, rien ne se crée. Les humains, eux, ont inventé un processus linéaire qui ne mène qu’au site d’enfouissement. C’est pourquoi ça nous coûte si cher», dit-il.