Le psychiatre Édouard Auger, de la Clinique pour traumatismes liés au stress opérationnel de Québec, accueillera les patients dans de nouveaux locaux nettement plus grands et lumineux sur le boulevard de l’Ormière.

Plus d'espace pour aider les vétérans souffrants

Pour faire face à la croissance du nombre d’anciens militaires souffrants, la Clinique pour traumatismes liés au stress opérationnel de Québec vient d’emménager dans de nouveaux locaux, plus grands.

«C’est toute une différence! C’est le jour et la nuit», souligne un des patients croisés dans la salle d’attente, Mario Larose. Retraité depuis juillet, à 51 ans, il est revenu dans la capitale après avoir été affecté en Nouvelle-Écosse. Et il apprécie la clinique lumineuse, neuve.

Surtout, il apprécie d’être accueilli dans un établissement spécialisé dédié à la clientèle militaire, par des gens qui connaissent leur réalité. «On n’est pas étiqueté.»

Lui, c’est un choc post-traumatique qui l’a amené à la Clinique TSO. Un diagnostic commun qui peut être causé par une panoplie d’événements, insiste-t-il; comme un accident d’auto par exemple. Sauf que pour M. Larose, ce sont deux déploiements en Afghanistan qui auraient laissé des traces.

Il est loin d’être le seul. La mission en Afghanistan «a amené une augmentation de l’achalandage», note le cogestionnaire de la clinique, le psychiatre Édouard Auger. «Depuis environ quatre ou cinq ans, on a eu une augmentation beaucoup des demandes.»

Et même si la mission de combat a pris fin en 2011, de nouveaux militaires à l’âme amochée se présentent régulièrement; environ 200 par année. Les blessures peuvent mettre du temps à apparaître; plusieurs attendent aussi des lustres avant de demander de l’aide. M. Auger souligne que certains anciens combattants de l’intervention en Bosnie du début des années 1990 débarquent parfois à l’accueil.

À Québec, environ 1100 patients «actifs» sont traités à la clinique maintenant installée sur le boulevard de l’Ormière. Dans ces locaux plus vastes, l’équipe qui comptait 32 permanents pourrait gagner 9 têtes, escompte le Dr Auger. Ce qui permettrait d’accompagner environ 500 ex-militaires de plus ainsi que quelques anciens policiers de la GRC.

Blessures psychologiques

Il faut dire que la capitale est «militaire», ce qui gonfle les besoins. «On a une grosse garnison à Valcartier qui est très importante et qui a été déployée régulièrement au cours des 20-30 dernières années», observe-t-il. «Plusieurs ont développé des blessures psychologiques.»

En plus, la Clinique TSO de Québec couvre large. Elle a un mandat qui s’étend de Trois-Rivières aux Îles-de-la-Madeleine. «On est LA ressource pour suivre les patients qui ont des difficultés suite à leur carrière militaire.»

Des patients qui doivent, justement, être patients. «C’est une maladie chronique qui nécessite un long rétablissement. […] Souvent, les traitements vont nécessiter plusieurs années. Ces gens-là évoluent tranquillement, doucement.» Il faut environ deux à trois ans, en moyenne, pour la stabilisation. Mais il restera souvent des séquelles. «Le stress post-traumatique, c’est rare qu’on s’en remet à 100% et qu’on est totalement asymptomatique. Ça laisse des traces.»

Au moins, ajoute Édouard Auger, les militaires sont de moins en moins réticents à chercher de l’aide. Quoique la maladie mentale demeure un sujet sensible. «C’est un tabou, que ce soit du côté civil ou du côté militaire. D’accepter qu’on ait une blessure reliée à un événement qu’on a vécu puis qu’on a un problème psychologique, ce n’est pas facile. Pour le militaire, c’est probablement un peu plus difficile parce que sa carrière souvent est en jeu.»

«Il y a toujours cet aspect de honte. […] Un militaire est entraîné à être fort et à gagner. Parfois, c’est très difficile de comprendre qu’on a cassé.»

«Mais, il ne faut pas prendre ça à la légère. C’est très très souffrant.»

Onze cliniques TSO ont été ouvertes en 2004 au Canada.

Anciens Combattants Canada versera 5,6 millions $ au CIUSSS de la Capitale-Nationale pour la location du nouvel établissement.