Plus dans la tête que dans les hanches: le sens du rythme se trouve dans le cerveau, rapportent des chercheurs de l’Université McGill.
Plus dans la tête que dans les hanches: le sens du rythme se trouve dans le cerveau, rapportent des chercheurs de l’Université McGill.

Plus dans la tête que dans les hanches: le sens du rythme se trouve dans le cerveau

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
MONTRÉAL - Plus dans la tête que dans les hanches: le sens du rythme se trouve dans le cerveau, rapportent des chercheurs de l’Université McGill.

Après avoir branché des électrodes sur la tête de musiciens chevronnés, ils ont identifié les marqueurs neuraux liés à la synchronisation rythmique.

Les chercheurs - dont trois sont des musiciens habitués à la scène - cherchaient ainsi à répondre à cette question: comment coordonne-t-on nos gestes aux sons entendus?

Car pour être un bon musicien, il faut, entre autres habiletés, être capable de bouger les doigts ou les bras en même temps que le rythme musical entendu, et dans un orchestre, la synchronisation doit être très précise, a souligné en entrevue l’auteure principale de cette étude, la docteure Caroline Palmer, professeure au département de psychologie de l’Université McGill, qui est aussi pianiste.

Cette capacité de synchronisation - qui nous permet notamment de traverser la rue de manière sécuritaire en portant attention au son des véhicules, de danser sur de nouvelles musiques ou de pratiquer des activités en équipe, telles que l’aviron - suscite la curiosité des neuroscientifiques cognitifs depuis des années.

Cette nouvelle étude menée par l’équipe de Caroline Palmer fait la lumière sur les mécanismes qui lient la perception des sons aux processus moteurs.

«Parce qu’on ne savait pas, en tant que neuroscientifiques, comment cela se passait dans le cerveau», a souligné en entrevue la docteure Palmer, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurosciences cognitives de la performance.

Les résultats de cette étude ont été publiés dans la plus récente édition de la revue «Journal of Cognitive Neuroscience».

Les chercheurs se sont ainsi demandé si les meilleurs musiciens avaient une meilleure écoute - une sorte d’«oreille musicale» - ou encore s’ils bougeaient plus fluidement.

Mais ils se sont aperçus que pour garder le rythme, il faut plus que cela.

«On a trouvé que la réponse était une concordance entre les pulsions ou oscillations du rythme du cerveau et les pulsations du rythme musical - ce n’est pas juste l’écoute ou le mouvement. C’est la connexion du rythme cérébral au rythme auditif.»

L’expérience

Les 29 musiciens qui ont participé à l’étude ont vu leur activité cérébrale mesurée dans trois contextes différents, à l’aide de l’électroencéphalographie, un examen qui consiste à placer des électrodes sur le cuir chevelu pour capter l’activité électrique du cerveau.

Une lecture a été obtenue lorsqu’ils ne faisaient qu’écouter la musique, ensuite lorsqu’ils battaient un rythme, et finalement, en se synchronisant, soit en battant la mesure au son des différents rythmes musicaux qu’ils entendaient.

Les chercheurs ont ainsi repéré des marqueurs neuraux spécifiques à la synchronisation - ils ne correspondaient pas à la capacité des musiciens d’entendre ou de produire un rythme, mais uniquement à leur capacité de bien se synchroniser avec celui-ci.

«Ce marqueur (une réaction du cerveau) identifie la relation qui existe entre le mouvement du corps alors qu’il réagit au son. Et il distingue les bons des moins bons «synchronisateurs». Ce n’était pas connu auparavant, indique la docteure Palmer. C’est nouveau.»

Et cette capacité de synchronisation n’est pas seulement importante pour jouer de la musique: elle l’est aussi pour les activités sportives et le travail d’équipe.

Les chercheurs ont été surpris de constater que même des musiciens de haut calibre avaient parfois du mal à se synchroniser avec certains rythmes complexes, ce qui a été reflété par leurs électroencéphalogrammes, ajoutent les coauteurs et musiciens Brian Mathias et Anna Zamm, deux doctorants au laboratoire de Caroline Palmer.

Avoir le rythme, est-ce une capacité qui se développe, ou certaines personnes ont-elles un talent inné?

La docteure Palmer avoue ne pas encore avoir la réponse.

«Mais l’étude suggère que la formation musicale contribue à aligner les rythmes cérébraux avec les rythmes musicaux», a-t-elle expliqué.

Outre les implications pour l’enseignement de la musique et son interprétation, la découverte pourrait avoir des utilités dans d’autres domaines: en médecine, par exemple.

Des travaux très intéressants sont actuellement faits sur des patients qui ont eu un AVC. La musique est utilisée pour les aider à recouvrer certaines fonctions, comme la parole, a expliqué la docteure Palmer.