Pascal Lafrenière, directeur général du Festival western de Saint-Tite.

Plier les genoux pour mieux rebondir

Saint-Tite — «On peut être grand, fort, fier, avoir une job prestigieuse. Mais ça arrive à tout le monde de plier les genoux». Pascal Lafrenière le reconnaît lui-même, il revient de loin. Le directeur général du Festival western de Saint-Tite a eu à faire face à une dépression en 2018, qui l’aura éloigné du travail et de la sphère publique pendant de nombreux mois. À l’occasion de la journée «Bell cause pour la cause» mercredi, il a accepté de témoigner de cette période de sa vie, pour faire comprendre au public que personne n’est à l’abri... et qu’il n’y a pas de honte à ça.

Dans son bureau du festival, qu’il a retrouvé il y a à peine quelques jours après un congé de maladie de plusieurs mois, le téléphone ne dérougit pas. Une simple lettre écrite sur Facebook et dédiée à ses amis pour les sensibiliser à la question de la santé mentale a fait boule de neige. Les commentaires affluent, les demandes d’entrevues s’accumulent. «Je ne veux pas devenir un porte-parole de la chose», lance-t-il d’emblée. Il le fera donc une fois, une journée, pour «boucler la boucle» de cette période et surtout pouvoir lancer un message qui, espère-t-il, aura des échos auprès de plusieurs.

Pascal Lafrenière préfère ne pas entrer dans les détails de ce qui a pu causer l’escalade d’événements le menant à la dépression. Il se contentera de dire qu’un amalgame de situations personnelles et professionnelles aura amené une pression si forte qu’il en est venu à ne plus voir clair dans sa propre vie. «C’était constamment comme le jour de la marmotte, désagréable! J’avais toujours la tête pleine, jamais le sentiment d’être en paix. Jamais de plaisir dans rien. J’avais le sentiment d’être dépassé par tout. Et ça préoccupait beaucoup les gens de mon entourage», se souvient-il.

C’est finalement en avril dernier que le président et le vice-président du festival sont venus chez lui, et l’ont incité à arrêter, à prendre un congé, parce qu’ils se préoccupaient de sa santé. «J’ai refusé. J’ai dit que j’allais être correct. Mais ils ont insisté, en disant que si ça ne venait pas de moi, ils prendraient les moyens pour que je puisse m’aider. Ils sont restés longtemps avec moi et on a beaucoup discuté. Sur le coup, ça a été difficile, j’ai passé le reste de la journée à pleurer. Avec le recul, je me considère extrêmement chanceux d’avoir eu un employeur qui se préoccupait de moi à ce point-là, qui a été à l’affût, à l’écoute des signaux. Ce ne sont pas tous les employeurs qui auraient agi de la sorte», considère-t-il.

Un suivi avec son médecin de famille, un suivi également en psychologie, l’auront aidé à remonter la pente, doucement. «Au départ, je pensais en avoir pour quelques semaines puis revenir à temps pour l’édition du Festival en septembre. Mais pour mon médecin, c’était hors de question. Il était convaincu que je n’étais pas prêt, et que de précipiter mon retour aurait été de me ramener à la case départ. Aujourd’hui, je vois qu’il avait raison et je suis content d’avoir écouté ses conseils», mentionne celui qui ne cache pas que la partie publique de son travail aura été difficile dans l’équation de sa guérison.

«L’été dernier, les gens m’arrêtaient et me parlaient du festival. Au début, j’avais honte de le dire, alors je disais que j’étais en vacances. Quand j’ai commencé à en parler, à dire que j’étais en congé de maladie, ça m’a comme libéré. Et j’ai eu de très bonnes réactions, les gens étaient très respectueux», constate Pascal Lafrenière, qui considère que la société a avancé mais qu’il reste encore certainement du chemin à faire.

«Le fait qu’on ait encore honte d’en parler, c’est une chose. Ce n’est pas vrai non plus que personne n’a jamais eu un doute, un jugement, à propos d’un collègue de travail qui s’absentait pour un deuxième ou un troisième congé de maladie. Ce n’est pas vrai que personne n’a jamais eu le moindre doute sur la véracité de la maladie mentale», croit celui qui se dit touché d’avoir eu autant de réponses positives et de témoignages à la suite de sa lettre publiée sur Facebook.

«Ça me touche de voir que ça a pu toucher des gens. Ça me fait réagir et me donne de l’espoir. En même temps, je suis surpris qu’on m’attribue du «courage» de le faire. Je ne suis pas courageux. On n’attribue pas de courage à quelqu’un qui nous annonce qu’il a le cancer. Ça devrait être pareil pour la maladie mentale», croit-il.

Pascal Lafrenière confie avoir été très bien entouré durant ce processus, d’avoir pu compter sur la famille, les amis, les collègues de travail, d’avoir reçu des appels téléphoniques pour prendre de ses nouvelles, d’avoir pu aller prendre une bière avec un ami «et pleurer tout ce que j’avais à pleurer». Ce qui lui fait prendre conscience de l’importance des relations humaines pour chacun. «C’est bien beau de liker un statut sur Facebook, mais ça ne remplacera jamais un coup de téléphone, une visite. Je souhaite que les gens en prennent conscience, qu’ils se préoccupent du monde autour d’eux, et qu’ils investissent de leur temps là-dedans. Ça fait la différence pour quelqu’un qui en a besoin», conclut-il.