Un employé du CIUSSS MCQ atteint de la COVID-19 ne peut toucher d’assurance salaire, et ce, même s’il travaille depuis près de huit mois, dont une bonne partie par le biais de la plateforme «Je contribue».
Un employé du CIUSSS MCQ atteint de la COVID-19 ne peut toucher d’assurance salaire, et ce, même s’il travaille depuis près de huit mois, dont une bonne partie par le biais de la plateforme «Je contribue».

Plateforme «Je contribue»: «Nous ne sommes absolument pas protégés»

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Malgré qu’il œuvre pour le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec depuis le début de la pandémie, d’abord par le biais de la plateforme «Je contribue», puis comme préposé aux bénéficiaires, un employé de la santé de la région se retrouve aujourd’hui sans salaire après avoir contracté la COVID-19. Le hic, c’est que ses mois d’ancienneté accumulés alors qu’il travaillait sous «Je contribue» ne sont pas reconnus pour lui permettre de pouvoir réclamer l’assurance salaire, le temps qu’il est confiné chez lui.

«Je veux surtout que les gens sachent dans quoi ils s’embarquent quand ils choisissent de venir travailler avec ‘‘Je contribue’’, parce que nous ne sommes absolument pas protégés. C’est vraiment déplorable, car on est venu donner du temps au système de santé alors qu’il en avait le plus besoin, et c’est comme ça qu’on se fait remercier», indique au Nouvelliste celui qui a préféré garder l’anonymat par crainte d’être pénalisé davantage par son employeur.

Mario (nom fictif) a travaillé en CHSLD pendant plusieurs semaines au printemps, au plus fort de la crise, afin de faire sa part durant la pandémie, ce qui a été une véritable révélation pour lui. Lorsque la formation des nouveaux préposés aux bénéficiaires s’est ouverte, il a été choisi. Ainsi, depuis qu’il a terminé cette formation et commencé son nouvel emploi, il n’a pas encore cumulé les trois mois d’ancienneté nécessaires pour pouvoir bénéficier du régime d’assurances collectives.

Sa conjointe, qui ne travaille pas avec lui, a récemment contracté le coronavirus. Mario a alors été retiré du travail de manière préventive puisqu’il était en contact étroit avec une personne contaminée. À ce moment, il bénéficiait tout de même d’un traitement salarial, étant donné que le retrait était exigé par l’employeur.

Or, quelques jours plus tard, il a lui aussi contracté la COVID-19 par sa conjointe. «Parce que je ne l’ai pas attrapé sur mon lieu de travail, je ne peux pas être couvert par la CNESST. Et comme ils ne reconnaissent pas mon ancienneté de ‘‘Je contribue’’, je n’ai droit à absolument rien durant les deux semaines où je dois me confiner», dénonce-t-il.

Au CIUSSS MCQ, on ne peut pas commenter un cas particulier en raison de la confidentialité des dossiers des ressources humaines. On souligne que la personne qui contracte le coronavirus en dehors de son travail «pourrait être admissible à recevoir les prestations d’assurance salaire ​si elle répond aux conditions d’admissibilité au régime d’assurance salaire prévues aux conventions collectives ​en vigueur».

En ce qui concerne la plateforme «Je contribue», la porte-parole du CIUSSS MCQ, Kellie Forand, explique que les modalités d’embauche entourant cette plateforme sont divulguées aux employés lors de la signature du contrat de travail temporaire.

«Les conditions de travail prévues pour les employés embauchés via ‘‘Je contribue’’ diffèrent de celles prévues pour les employés réguliers. Ceux-ci sont bien informés des modalités lors de la signature du contrat de travail temporaire au moment de l’embauche. L’employé embauché via ‘‘Je contribue’’ ne deviendra régi par les règles prévues aux conventions collectives que dans l’éventualité où il est embauché à titre d’employé régulier. Quand la formation de la personne embauchée via ‘‘Je contribue’’ le permet, nous tentons de la stabiliser dans un emploi régulier. Rappelons que ces embauches sont réalisées dans un contexte très particulier lié à l’urgence sanitaire à laquelle nous faisons face actuellement», indique Kellie Forand.

Pour Mario, le public devrait être parfaitement conscient de ce qui l’attend lorsqu’une personne choisit de travailler pour le réseau de la santé par le biais de cette plateforme. «Il faut que ça se sache, parce qu’on peut se retrouver devant rien et c’est franchement très dommage quand on a donné autant de temps et autant d’énergie pour aider le gouvernement pendant la pandémie», conclut-il.