Yves Donaldson critique plusieurs aspects entourant le travail d'un préposé aux bénéficiaires dans les CHSLD.

Plaidoyer pour des services plus humains

«On a un beau système dans les CHSLD. Mais est-ce qu'on peut fonctionner de manière plus humaine et faire moins de paperasse?»
Yves Donaldson n'en est pas à ses premières critiques du système de santé. Ce préposé aux bénéficiaires au Centre d'hébergement et de soins de longue durée Roland-Leclerc de Trois-Rivières dénonçait dès 2004 le manque de temps accordé aux professionnels pour faire leur travail auprès d'une clientèle en perte d'autonomie, conséquence de compressions budgétaires et autres réorganisations.
Treize ans plus tard. M. Donaldson revient à la charge. Il vient de faire parvenir à de nombreux élus, dont le premier ministre Philippe Couillard, les ministres Gaétan Barrette et Lucie Charbonneau et les chefs des partis d'opposition, une longue lettre qui critique sévèrement plusieurs aspects du travail.
Soins d'hygiène bâclés, mise en place de procédures de travail qui ressemblent à une chaîne de production, climat de travail malsain, enflure bureaucratique, tout y passe.
«Je veux que la population et les élus soient au courant de ce qui se passe. Et je veux savoir ce qu'ils en pensent. C'est-tu ça que vous voulez? Moi, je ne pense pas» raconte en entrevue M. Donaldson.
Ce dernier dénonce l'horaire trop serré imposé aux préposés pour accomplir leurs tâches. Les soins d'hygiène quotidiens se limitent au visage, aux parties génitales ainsi qu'aux aisselles, le fameux «signe de croix» dans le jargon des préposés aux bénéficiaires. La toilette complète a lieu une fois par semaine.
«On a été averti, écrit Yves Donaldson dans sa lettre. Si tu perds ton temps à laver le dos ou les pieds, ce temps perdu va nuire à un autre résident.»
Selon le préposé, la chaîne de production commande que les patients soient levés à telle heure, soient lavés à telle heure et aient déjeuné dans un temps précis.
«La chaîne de production sabote mon métier, soutient-il. Je suis là pour soigner le patient, l'accompagner pour faire ce qu'il ne peut plus faire et être son chien de garde pour sa dignité humaine. Le coeur de mon travail est le facteur humain. Je travaille avec des personnes âgées. Certaines personnes sont perdues, d'autres font de la haute pression, d'autres ont des problèmes à dormir. Mais la chaîne de production ne tient pas compte de cette réalité.»
Plus loin dans sa lettre, M. Donaldson écrit que «la priorité est la chaîne et le temps. Il ne faut pas que le résident nuise et dérange la chaîne ou la ligne de production. Si tu ne veux pas te lever, tu déranges. Si tu fais de la température, tu déranges. Si tu tombes, tu déranges. Si tu as les mains et les ongles sales par la nourriture ou tes selles, tu déranges.»
Yves Donaldson critique également un certain acharnement à l'égard de résidents rendus à la dernière étape de leur vie. Ceux-ci n'ont parfois besoin que de rester au lit, mais les préposés doivent les lever et les nourrir.
«Ça prend une routine, mais il faut s'adapter. Des résidents dorment plus longtemps le matin. Ces gens-là s'en vont-tu travailler? Est-ce qu'on peut s'ajuster aux patients?»
Pour s'ajuster aux patients, encore faut-il que le préposé aux bénéficiaires connaisse les résidents et leurs habitudes. Pour y arriver, Yves Donaldson croit que le système doit miser sur une stabilité de personnel, ce qui n'est pas toujours le cas.
«On fonctionne avec des normes qui sont décidées par des bureaucrates détachés du milieu. Ça prend plus de personnel, mais pas plus d'argent, car il y a plein d'argent dans la santé. De l'acharnement sur un patient, ça coûte de l'argent. Et une infirmière qui remplit des rapports, ça peut être long.
Mais demande-lui de poser une sonde ou de changer un pansement pis ça va être efficace. Si tu veux que des rapports soient remplis, ça prend des secrétaires administratives», estime Yves Donaldson, en avançant que la pression créée par la nécessité d'accomplir le travail dans un temps donné engendre des frustrations et des tensions auprès du personnel.
Yves Donaldson s'attend à ce que sa lettre cause un certain effet auprès de la classe politique. Il désire susciter une réflexion afin de rendre ces services plus humains.
«J'aime mon travail. On est là pour aider le monde. Mais j'entends 25 fois par jour des gens me dire: «On n'a pas le choix» parce qu'on manque de monde, que c'est à cause de la réorganisation, des questions financières. 
Mais ce n'est pas vrai. On a le choix. On a le choix d'améliorer les affaires.»