Marie-Ève Proulx, ministre déléguée au Développement économique régional.

Place aux espaces régionaux d’accélération et de croissance

SHAWINIGAN — Les pôles régionaux d’innovation que souhaitait mettre en place l’ancien gouvernement libéral deviendront des espaces régionaux d’accélération et de croissance. La ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, a dévoilé cette nouvelle orientation en fin de journée lundi.

Le ministère de l’Économie et de l’Innovation présente ces nouvelles structures comme des «lieux de convergence qui faciliteront la concertation, la collaboration et la communication entre les acteurs socioéconomiques d’une même région pour mieux accompagner les entreprises ainsi qu’optimiser les façons de faire et résoudre les problèmes». Ces espaces régionaux d’accélération et de croissance «viseront à dynamiser et à propulser les entreprises en favorisant l’innovation et les meilleures pratiques d’affaires par des mesures concrètes et innovantes axées sur les spécificités de chaque région».

Bonnet blanc, blanc bonnet? «Les objectifs ne sont pas opposés», explique Mme Proulx. «Je suis partie de ce que (les pôles) faisaient pour orienter et préciser leur mission, qui n’était pas claire dans la plupart des cas. Je tenais à respecter ce qui avait été entrepris, mais ce sera un travail en développement.»

«C’est distinctif parce qu’on met l’accent sur la concertation et le travail en équipe entre les organisations socioéconomiques d’un même territoire et d’autre part, on met en place un bassin d’experts au profit des entreprises d’un territoire», précise Mme Proulx. «Nous avons clarifié les mandats et nous avons enlevé tout ce qui touchait le soutien à l’entrepreneuriat. L’idée est d’assurer une cohérence dans l’offre de service aux entreprises, dans la foulée de la transformation d’Investissement Québec.»

La députée de Côte-du-Sud assure qu’aucune région ne sera pénalisée en raison de sa réflexion des derniers mois, au cours desquels les pôles régionaux d’innovation se retrouvaient en mode attente. Les sommes d’argent annoncées en février 2018 seront livrées, maintient la ministre. Ainsi, chacun des 18 espaces régionaux d’accélération et de croissance recevra 400 000 $ par année pendant quatre ans. Mme Proulx demeure toutefois plus vague en ce qui concerne l’enveloppe de 3,250 millions $ qui avait été réservée à la tête du réseau, à Shawinigan.

«Nous avons quelques idées, mais on veut voir, avec les espaces régionaux, ce qu’ils voudront faire», suggère-t-elle.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

La ministre n’a évidemment pas voulu reproduire le concept du réseau national, dont la condamnation avait été décriée par les intervenants économiques de Shawinigan le printemps dernier. La coordination de ces espaces régionaux sera simplement assumée par le ministère de l’Économie et de l’Innovation. Des rencontres de concertation, présidées par la ministre déléguée au Développement économique régional, sont toutefois prévues. En janvier, l’organisation d’un lac à l’épaule des représentants des pôles régionaux d’innovation à Saint-Alexis-des-Monts avait sonné le glas du réseau national, la ministre jugeant excessif le budget réservé à l’organisation de cet événement.

«Quand on fait de l’innovation et de l’accélération d’entreprise, on n’a souvent pas toutes les ressources parce qu’elles sont dispendieuses», explique la ministre. «C’est donc bon de partager les meilleures pratiques. L’idée, c’est que les régions puissent collaborer sur certains dossiers. Ces rencontres devraient se produire une fois par année, à moins qu’on s’aperçoive d’un besoin contraire.»

Mme Proulx s’attend à ce que les 18 régions signent leur contrat avec le ministère d’ici la fin de l’année. Les cinq régions qui avaient déjà entrepris leur budget sous la gouverne du Réseau national des pôles régionaux d’innovation ne seront pas pénalisées, mais elles devront évidemment ajuster leur mission au cours des prochaines semaines.

Du pareil au même

À première vue, le maire de Shawinigan, Michel Angers, croit que sa ville fait les frais d’un simple changement d’appellation de structure, comme il se produit souvent à l’arrivée d’un nouveau gouvernement.

«On a seulement changé le nom du travail qui devait être fait par les pôles régionaux d’innovation», constate-t-il. «C’est dans la continuité de toujours défaire ce qui était mis en place par le précédent gouvernement. Ça ne me dérange absolument pas, car l’objectif poursuivi était exactement cela: travailler à l’accélération et à l’accompagnement des entreprises et sur l’innovation. Si le gouvernement veut changer le nom, je n’ai aucun problème avec ça. On me dit qu’il y aura une différence. On devrait avoir une rencontre pour nous l’expliquer. Nous serons à l’écoute.»

La plupart des régions ne verront peut-être pas de grandes différences entre les deux missions, mais il reste que Shawinigan a perdu la coordination d’un réseau national avec cette saga. Un vote de confiance qui avait été accordé par l’ex-gouvernement libéral en raison de l’expertise développée au DigiHub.

«C’est sûr que nous avons perdu notre tête de réseau, mais ça fait partie de la prérogative du gouvernement», raisonne le maire. «Tous les commentaires ont été faits là-dessus et je n’ai rien de plus à ajouter.»

La Mauricie travaillera maintenant sur l’accréditation de son espace régional d’accélération et de croissance. M. Angers s’attend à ce que cette entité soit hébergée au DigiHub, comme il était prévu pour le pôle régional d’innovation avant cette controverse.