La Société protectrice des animaux de la Mauricie est loin de se réjouir de la décision du gouvernement Couillard d'interdire les chiens de type pitbull.

Pitbulls: onde de choc à la SPA de la Mauricie

La Société protectrice des animaux de la Mauricie est loin de se réjouir de la décision du gouvernement Couillard d'interdire les chiens de type pitbull. Le président de la SPAM et conseiller municipal à Trois-Rivières Daniel Cournoyer craint que cette décision ouvre un véritable panier de crabes.
La SPA de la Mauricie craint notamment d'être débordée de chiens dont les maîtres voudront se départir de peur d'être stigmatisés. «On craint d'euthanasier des animaux qui sont en bonne santé et qui ont un bon comportement», dit-il en précisant que le véritable problème des chiens soi-disant dangereux n'est pas le chien lui-même, au départ, mais «celui qui est à l'autre bout de la laisse».
«C'est sûr qu'on va avoir une affluence de ces chiens-là et on ne pourra pas les faire adopter malheureusement», prévoit-il.
«C'est une onde de choc auprès du personnel. Ce sont des amants des animaux qui travaillent chez nous», fait-il valoir.
M. Cournoyer pense notamment à sa voisine qui est propriétaire d'une chienne pitbull de trois ans qu'il décrit comme «un animal agréable, gentil, bien moins high que mon caniche royal», dit-il.
Dans ce cas précis, raconte-t-il, c'est la chienne de cette dame qui a récemment été attaquée par un chien du voisinage. «Elle s'est fait mordre sur la tête. Ce n'est pas parce qu'un chien est tout petit que son comportement est correct», illustre-t-il avec cet exemple.
La loi que veut adopter Québec stipulera que les gens possédant présentement un pitbull bénéficieront d'une clause grand-père qui leur permettra de les garder, à condition que ces propriétaires n'aient pas commis d'infraction grave au code criminel.
«Je ne sais pas si le gouvernement a vu ça, mais il faudra faire des ententes parce que nous (la SPA), on n'a pas le pouvoir» de vérifier les antécédents judiciaires des propriétaires et les vétérinaires non plus, ajoute celui qui a été policier pendant 29 ans à Montréal. «Seul le policier l'a», fait-il valoir. «Il va falloir qu'on se fasse aider par le service de police. Est-ce qu'on ouvre un panier de crabes ou une boîte de Pandore?» se questionne-t-il.
Le président de la SPA de la Mauricie indique que «personnellement, je ne croyais pas qu'on était pour bannir une race et faire un profilage racial», déplore-t-il en précisant que le pitbull, en fait, n'est pas une race pure comme telle.
«C'est par un test d'ADN qu'on peut savoir à coup sûr qu'un chien est de type pitbull», dit-il. Évidemment, un tel test n'est pas à la portée financière de la SPA et il existe énormément de croisements qui font qu'un chien est de type pitbull.
Selon la nouvelle loi, si un chien de type pitbull est abandonné, il ne pourra être mis à l'adoption par la SPA même s'il était le meilleur chien au monde et le plus doux. M. Cournoyer explique que les vétérinaires peuvent reconnaître ces chiens en se basant «sur des critères très sérieux».
Toutefois, «il y a d'autres races de chiens qu'on peut dresser à l'attaque, dresser au combat ou rendre agressif», fait-il valoir. «Où est-ce que ça commence et où est-ce que ça finit?» questionne-t-il.
La SPA fait déjà un bon travail pour protéger la population, explique Daniel Cournoyer. «Quand la SPA donne un chien à l'adoption, on a d'abord analysé son comportement. Quand on a un chien de ce type-là, c'est encore beaucoup plus exigeant pour assurer la sécurité des maîtres, des enfants et du voisinage», explique-t-il pour démontrer qu'il y a une façon moins radicale que l'euthanasie sans discernement pour éviter les chiens dangereux.
Daniel Cournoyer prévoit qu'il y aura d'importants ajustements à faire du côté de toutes les SPA du Québec pour appliquer la loi qui s'en vient. Cette loi lui donnera en effet plus d'ouvrage à ces dernières sans leur apporter plus d'argent pour l'appliquer.
«Et la Ville devra aussi modifier sa réglementation en conséquence», ajoute-t-il. «On va respecter la loi, mais est-ce la bonne solution? En Ontario, ils l'ont fait depuis des années. Les morsures ont baissé, mais il semble que ça ait remonté. Est-ce parce qu'il y a plus de monde qui dénonce, maintenant? Tout est possible», fait-il valoir.
Si elle est invitée en commission parlementaire, la SPA de la Mauricie s'y présentera pour exposer sa vision, assure-t-il, puisqu'elle est membre de l'Association québécoise des SPA et des SPCA.