L’annonce de la toute première transplantation cardiaque à avoir été effectuée au Canada a été un événement médiatique de premier niveau.

Pierre Grondin, un pionnier

TROIS-RIVIÈRES — «La chirurgie cardiaque n’existait à peu près pas et était pratiquée par très peu de gens dans le monde. Il fait partie des pionniers de l’époque qui ont mis au point la chirurgie valvulaire, qui ont fait les premières transplantations et qui ont fait les premiers pontages.»

C’est en ces mots que le docteur Michel Carrier salue la contribution du docteur Pierre Grondin à la chirurgie cardiaque. Le docteur Grondin, qui a vécu en Mauricie, a réalisé la toute première greffe du cœur au Canada en compagnie du docteur Gilles Lepage. Cela se passait le 30 mai 1968 à l’Institut de cardiologie de Montréal alors que la procédure est lancée. Elle sera complétée quatre heures plus tard, dans la nuit du 31 mai.

Les greffes cardiaques étaient rarissimes il y a 50 ans. Cette transplantation réalisée au Canada survenait environ six mois après la toute première effectuée en Afrique du Sud.

«Il y avait un défi technique énorme. Ça avait été fait chez le chien, mais chez l’homme, il n’y avait pas énormément d’expériences», témoigne le docteur Carrier, chirurgien cardiaque et directeur du département de chirurgie de l’Université de Montréal, en rappelant que si la greffe cardiaque est devenue très standardisée et plus courante, cette opération demeure complexe, en raison notamment du besoin de miser sur deux salles et deux équipes de chirurgie.

La première greffe d’un cœur au Canada avait été un événement médiatique de premier ordre, les docteurs Lepage et Grondin accordant des entrevues sur le sujet. Le docteur Grondin mentionnait qu’ils avaient été les premiers à effectuer cette opération «parce nous étions préparés, que nous avions à notre disposition un matériel complet et surtout parce que le hasard nous a favorisés: nous avons pu réunir un receveur prêt à être opéré et une donneuse dont le cœur permettait une transplantation».

Le docteur Pierre Grondin est décédé en 2006 à l’âge de 80 ans.

Ce hasard noté par le docteur Grondin est encore d’actualité. Les méthodes de transplantation se sont améliorées, mais l’accès à des organes demeure un problème majeur. «En greffe, le don est le nerf de la guerre, particulièrement pour les greffes de cœur. Les donneurs doivent être jeunes et en bonne santé. C’est rare qu’on va utiliser un donneur en haut de 60 ans. En vieillissant, les gens ont des problèmes au niveau cardiaque. Ils ont des blocages des artères coronariennes et on ne veut surtout pas ça!», raconte le docteur Carrier.

Le greffé, Albert Murphy, était dans la fin de la cinquantaine. Il avait reçu le cœur de Thérèse Rondeau. Cette femme de 38 ans avait succombé à une hémorragie cérébrale.

Si la greffe a fonctionné, la survie du patient a été courte: Albert Murphy est mort 46 heures après la transplantation après un rejet. «Ils ont rapidement fait face à un problème qui n’était pas un problème chirurgical, mais comment contrôler le rejet. Ils ont fait neuf ou dix greffes et ils ont arrêté parce que les patients décédaient en quelques semaines ou quelques mois à la suite de rejets aigus. Ça a pris des années avant d’avoir une médication appropriée pour être capable de le contrôler», explique le docteur Carrier.

Ce dernier indique que durant les années 1970, les médicaments qui contrôlaient le rejet étaient peu développés et causaient d’importants effets secondaires. L’arrivée d’un médicament efficace au début des années 1980 allait changer la donne, ce qui aura comme conséquence la relance des transplantations.

«On s’apercevait que si le patient survivait à la technique, on allait être en mesure de contrôler le phénomène de rejet. C’est pour ça que les programmes sont repartis en greffes de cœur et ont proliféré en greffes de rein. Et on a été capable de partir le poumon et le foie parce qu’il y a eu une nouvelle classe de médication qui est apparue et qui marchait.»

Les chirurgiens Gilles Lepage et Pierre Grondin rencontraient les médias en mai 1968 pour parler de la première transplantation cardiaque effectuée au Canada.

Le docteur Carrier n’a pas eu l’occasion de travailler avec le docteur Grondin. Il l’a connu notamment lors de congrès et à l’occasion du 50e anniversaire de l’Institut de cardiologie de Montréal. Le docteur Carrier a d’ailleurs profité de la présence du docteur Grondin et du docteur californien Norman Shumway, un géant de la transplantation cardiaque dans le monde, pour se faire prendre en photo avec eux. «Je l’ai connu à la retraite. À 70 ans, il était un homme hyper dynamique, avec plein d’idées. C’était des grands novateurs à l’époque. Ce qu’on fait aujourd’hui, ils l’ont développé et nous, on l’a sophistiqué.»

Les Cyniques et le docteur Grondin

L’attention portée au docteur Pierre Grondin avait inspiré les Cyniques. Le populaire groupe d’humoristes faisait une blague mettant en vedette le célèbre chirurgien s’adressant de façon fictive à son fils.

«La blague disait: ‘‘Si tu es malcommode, je vais te greffer un cœur d’Anglais’’. Je l’ai souvent entendue, celle-là. Mais ça n’avait rien à voir avec mon père. Il n’avait rien contre les Anglais», se remémore Jean Grondin.

Nombre de greffes cardiaques par année

2017: 19

2016: 9

2015: 17

2005: 14

1995: 11

Les greffes selon le genre

Homme: 71 ,6%

Femme: 28,4 %

Les greffés selon l’âge

moins de 20 ans: 2,6 %

20-29 ans: 9,7 %

30-39 ans: 10 %

40-49 ans: 22,3 %

50-59 ans: 37,7 %

60-69 ans: 17,7%

70 ans et plus: 0 %

Source: Institut de cardiologie de Montréal