Pierre-David Tremblay

Pierre-David Tremblay veut montrer patte blanche

LA TUQUE — L’éligibilité de Pierre-David Tremblay suscite toutes sortes de réactions depuis son élection à la tête de la Ville de La Tuque. Pour le principal intéressé, il ne fait aucun doute qu’il est éligible et respecte tous les critères. Le maire Tremblay veut montrer patte blanche. Il a exhibé tous les documents qu’il avait en sa possession, dont un important avis juridique, en guise de transparence.

«Je me suis basé sur une opinion très favorable à mon égard. Je n’ai pas à me cacher, j’ai fait tout en mon pouvoir. Je ne vais quand même pas demander moi-même un jugement du Tribunal», a lancé le maire de
La Tuque.

Un des points soulevés dans le litige est la résidence de M. Tremblay. Il est propriétaire d’un domaine d’environ 23 acres traversé par la frontière entre La Tuque et La Bostonnais. Sa maison et son chalet sont situés du côté de La Bostonnais.

Au mois de juillet, Pierre-David Tremblay avait déjà entrepris les démarches pour confirmer sa position. Il a interpellé le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) dans une lettre où il explique l’ensemble de sa situation. Dans sa réponse, le DGEQ cite des extraits de la loi et explique qu’il serait préférable de consulter un avocat. «Une personne ne peut avoir qu’un seul domicile, mais posséder plusieurs résidences. Une distinction existe entre ces notions. Nous vous referons à un conseiller juridique privé pour vous éclairer en cette matière», peut-on lire.

C’est à ce moment que Pierre-David Tremblay s’est adressé à un cabinet d’avocats spécialisé en la matière. Il a fait appel aux avocats Daniel Bouchard et Pier-Olivier Fradette de Lavery, un cabinet indépendant offrant des services juridiques. Des conseils qui lui coûteront personnellement plus de 4000 $. «Ce n’est pas la Municipalité qui paie ça. […] J’ai consulté des experts avec qui je n’ai aucune relation», a-t-il lancé.

Dans l’avis juridique rédigé par les avocats, on s’attarde, entre autres, à la notion de résidence. On définit la différence entre domicile et résidence et on affirme qu’il est clair que le domicile est à La Bostonnais. «Je ne peux pas nier ça», a lancé le maire Tremblay. Ce dernier a refusé de remettre une copie de ce document personnel, mais il a été consulté et lu dans son intégralité en présence du Nouvelliste. «La résidence n’est pas un concept juridique qui se limite aux quatre murs du bâtiment dans lequel vous habitez, mais plutôt à l’ensemble des terrains que vous occupez et utilisez à titre de résidence», est-il indiqué.

On explique également qu’aucune décision jurisprudentielle ne s’est prononcée sur cette question, qu’il s’agit donc d’un «territoire inexploré».

Pierre-David Tremblay ne manque pas de faire ressortir un passage de l’avis qui dit que «selon les informations que vous avez fournies, il est raisonnable de considérer que le lot qui se trouve sur le territoire de la Ville de La Tuque fait partie de votre résidence».

Un autre des points sur lequel on insiste dans le document est le bon intérêt à l’administration des affaires de la Municipalité. Un conseil «subjectif» toutefois teinté de jurisprudence. Même s’ils estiment ne pas être en mesure d’être catégoriques sur cette question, les avocats avancent que plusieurs facteurs pourraient influencer l’analyse du Tribunal à ce sujet. «Vous y payez des taxes foncières, vous y entretenez plusieurs relations personnelles et politiques, et vous vous êtes fait porteur de dossier qui bénéficie à la Ville de La Tuque, comme la téléphonie cellulaire et le développement économique dans l’industrie du bois d’œuvre. Ces éléments permettent de voir que vous avez un certain intérêt dans la bonne administration des affaires de cette ville et un désir de voir cette ville bien administrer, voire prospérer».

Quant à son adresse sur la liste électorale, le 0 chemin des Pionniers, Pierre-David Tremblay se défend bien d’avoir indiqué une adresse fictive. «On m’accuse d’avoir monté des documents factices et faux. J’ai un peu de misère avec ça», a-t-il commenté.

Le greffier de la Ville de La Tuque et président d’élection, Jean-Sébastien Poirier, explique que c’est à lui et son équipe que revient cette responsabilité. «M. Tremblay remplissait très bien les qualités d’une personne habile à voter, donc il est inscrit sur la liste électorale», a-t-il confirmé.

Au ministère des Affaires municipales et Occupation du territoire, on nous indique que la seule façon de contester l’éligibilité de Pierre-David Tremblay serait de déposer une requête devant la Cour supérieure du Québec.

Pierre-David Tremblay en a assez d’entendre parler de cette question. Il se dit même intimidé par certaines personnes à cet égard. «On dirait qu’il y a des gens en mission. Je n’accuse personne, mais je pense que ça vient des détracteurs au niveau de la campagne électorale […] Il y a des gens qui se promènent sur mon terrain, qui prennent des photos, ça me dérange et ça dérange ma famille. Moi, comme personnage politique, je l’accepte. Par contre, que ma famille subisse ça, ça me dérange», a affirmé M. Tremblay

Le maire de La Tuque assure même qu’il a été traité de tricheur en public, un geste qui ne passe pas. «C’est de l’intimidation, des menaces et ça, je n’accepterai pas ça d’aucune façon.» «Je veux que ça cesse ces choses-là. Assez, c’est assez. Je n’empêcherai pas les gens d’en parler, on est en politique, mais depuis le début, je n’ai jamais caché mes démarches. Qu’ils acceptent la défaite…»

 Pierre-David Tremblay se questionne sur autre chose. Il se dit apolitique, mais plusieurs personnes l’auraient traité de «péquiste». «Est-ce qu’il faut réellement un maire libéral pour cette ville? Je ne crois pas. Je suis apolitique et je n’ai pas d’étiquette, mais je m’interroge… Je me fais traiter d’hostie de péquiste par des gens. Je dois comprendre qu’il faut un maire libéral pour faire fonctionner la ville? Je n’accepterai pas de me faire traiter ainsi. […] C’est de l’enfantillage et là il est vraiment temps que ça arrête. Je ne suis pas un tricheur, ni un ’’hostie de péquiste’’»