Rémi Provencher et la pétition lancée pour sécuriser l’autoroute 55. On le voit ici à l’intersection de l’autoroute et de la rue Thibodeau.
Rémi Provencher et la pétition lancée pour sécuriser l’autoroute 55. On le voit ici à l’intersection de l’autoroute et de la rue Thibodeau.

Pétition pour sécuriser la 55: «Les gens sont stressés»

BÉCANCOUR — Vous arrêteriez-vous sur l’autoroute 40 alors que des véhicules roulant à plus de 100 km/h s’amènent derrière vous? Disons que ce n’est pas recommandé. C’est pourtant ce que doivent faire les usagers de l’autoroute 55 qui désirent emprunter les chemins Forest et Prince ou la rue Thibodeau, dans le secteur Saint-Grégoire, à Bécancour.

Une pétition réclamant que ces intersections soient sécurisées sera d’ailleurs déposée, ce lundi, à l’assemblée publique de la Ville de Bécancour, qui se tient exceptionnellement, à la salle de la FADOQ, à Sainte-Angèle.

Le porte-parole des citoyens touchés, Rémi Provencher, préfère garder le suspense jusqu’à lundi pour ce qui est du nombre total de signataires. Mais il confie qu’il y en a au-dessus de 240. Disons que les résidents de ces trois routes ne se sont pas fait prier pour apposer leur griffe sur cette pétition.

«Les personnes qu’on a réussi à rencontrer à l’heure actuelle, il y en a au-dessus de 99% qui ont signé. La majorité des personnes rencontrées sont très heureuses qu’on fasse quelque chose», souligne le résident du secteur Saint-Grégoire.

Et elles avaient toutes leurs petites anecdotes sur un moment où elles ont eu la peur de leur vie et quelques trucs sur comment ne pas se faire tuer quand on sort d’une rue qui débouche directement sur une autoroute.

Pour avoir personnellement tenté de retourner sur l’autoroute à partir du chemin Forest en pleine heure de pointe, je peux témoigner que même dans le cas des catholiques les moins pratiquants, quelques prières leur reviennent subitement en tête lorsqu’ils doivent précipiter leur voiture entre deux véhicules qui roulent à plus de 100 km/h.

D’ailleurs, selon des données de 2018, un véhicule passe sur l’autoroute toutes les 5,2 secondes entre Saint-Grégoire et Saint-Célestin.

Cette pétition a ceci d’original et de touchant qu’elle est accompagnée d’un panneau sur lequel se trouvent les photographies de plusieurs citoyens vivant sur l’une des trois routes qui débouchent sur l’autoroute de même que des membres de leur famille et amis proches.

«Les gens nous disent tous que c’est dangereux. Ils nous racontent tous leur expérience sur l’autoroute. Ils nous disent qu’ils ont peur, qu’ils ont des craintes. Ils nous racontent que souvent ils passent par le village ou par la vieille route plutôt que d’aller sur l’autoroute pour éviter d’avoir à arrêter pour virer dans le rang. Les gens sont stressés», raconte M. Provencher.

Évidemment, ce sont les virages à gauche à partir de l’autoroute qui sont les plus délicats. «Il y a un paquet de véhicules qui suivent en arrière et il y a un nombre important de véhicules qui s’en viennent de l’autre bord aussi. La personne est obligée d’arrêter sur l’autoroute, d’arrêter le trafic en arrière d’elle et d’attendre que les autres passent pour être en mesure de virer», déplore M. Provencher.

C’est une manœuvre périlleuse pratiquement à toute heure de la journée. «À 5 heures le soir ou 8 heures le matin, ce n’est quasiment pas passable. Depuis quelques années, c’est de plus en plus difficile. Même l’après-midi, on dirait qu’on est dans une période de pointe. Il faut attendre. Il faut être prudent.»

Les chauffeurs d’autobus scolaire font même un détour pour ne pas se retrouver dans cette situation, mais des agriculteurs n’ont pas le choix. «Nous, on est en automobile. Imaginez les cultivateurs qui veulent traverser avec un tracteur ou un camion-remorque qui va livrer des poulets ou de la nourriture pour les poulaillers qu’il y a du côté est de la 55. Ils n’ont pas le choix. Ils sont obligés d’embarquer sur l’autoroute ou de la traverser», note M. Provencher.

Cette pétition a ceci d’original et de touchant qu’elle était accompagnée d’un panneau sur lequel se trouvent les photographies de plusieurs citoyens vivant sur l’une de ces trois routes de même que des membres de leur famille et amis proches avec l’indication: «Nous ne voulons pas et ne serons pas une prochaine victime de la 55 car elle sera sécurisée». «Ces personnes, ce sont nos enfants, ce sont les membres de notre famille, ce sont nos amis, ce sont nos voisins, ce sont des résidents de notre ville, qui ont en commun d’être des usagers de l’autoroute», a souligné M. Provencher, lors de la dernière assemblée publique.

Plus de signatures auraient sans doute été amassées si la pétition avait été affichée sur le web. Mais une méthode à l’ancienne a été privilégiée. «Je ne voulais pas faire une pétition en ligne parce que je voulais me limiter aux résidants des rues Thibodeau, Prince et Forest, soit les usagers qui ont souvent à embarquer ou à sortir de l’autoroute pour prendre ces intersections. En plus, ce sont des gens qu’on connaît. C’est moins impersonnel. C’est pour ça que j’ai opté pour une bonne vieille méthode: la méthode papier et la rencontre des individus plutôt qu’une solution en ligne.» Des membres de la famille des résidents ont aussi signé ainsi que des fournisseurs de biens et services qui ont à emprunter ces artères.

La pétition demande qu’«à très court terme» un viaduc avec accès à l’autoroute soit construit à la hauteur du chemin Forest. Pour ce qui est du chemin Prince et de la rue Thibodeau, les résidents souhaitent aussi la construction d’un viaduc sans accès à la 55 ou un chemin de service.

Après avoir été présentée au conseil municipal, la pétition sera acheminée au député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel. Ce dernier a déjà indiqué au Nouvelliste que cette problématique sera abordée lors d’une rencontre avec le ministre des Transports, François Bonnardel, dans les prochaines semaines.

Pour ce qui est du conseil municipal de la Ville de Bécancour, il est gagné à leur cause. «À court terme, il faut sécuriser ces trois intersections. Ce coup-ci, je ne pense pas que ça va rester au niveau des vœux pieux comme je l’ai vu plusieurs fois. Là il y a des citoyens qui ont l’air d’être décidés. Ils étaient à la dernière assemblée du conseil et ils vont être à la prochaine. C’est sûr qu’on est là pour les appuyer parce que ce n’est pas normal ce qui se passe», affirme Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour.