Jean Beaulieu
Jean Beaulieu

Pétition pour la formation de partis politiques pour mettre fin aux «cliques nocives»

TROIS-RIVIÈRES — L’artiste Jean Beaulieu lance une pétition réclamant la formation de partis politiques à Trois-Rivières. Il affirme que des «cliques nocives» paralysent la ville.

Dans une lettre ouverte publiée dans Le Nouvelliste, il s’inquiète du fait que, selon lui, «la ville de Trois-Rivières semble redevenir tranquillement, mais sûrement la ville morte qu’elle a longtemps été». Une situation qu’il impute à la formation de clans au sein du conseil municipal. «Alors vous devinez que cette critique s’adresse directement aux formations de petits clans, qui tentent d’empêcher la ville d’avancer pour leurs projets personnels ou ambitions personnelles et non pour la population en général.»

En entrevue, il explique que la formation de partis politiques, ou du moins d’équipes un peu plus informelles qu’un parti, permettrait aux citoyens de savoir à quelle enseigne loge exactement leur candidat et quels projets il appuie. «En sachant qu’une personne se présente pour telle équipe, on va savoir si on veut voter pour elle ou non», fait-il valoir.

En faveur du maire Jean Lamarche, qu’il a notamment côtoyé lors de ses projets de création de vitraux avec des jeunes de la rue, il affirme que ce dernier ne peut faire progresser des dossiers en raison de l’opposition systématique de certains conseillers. «C’est un gars proactif. Je ne peux pas croire qu’il a perdu tous ses moyens parce qu’il est rendu maire. Comment ça se fait qu’il n’y a pas de décisions qui se prennent? C’est parce qu’il y a toujours la même petite gang qui ne veut rien savoir.»

M. Beaulieu est manifestement nostalgique de l’ère Lévesque. «[Yves] Lévesque était tellement tête de cochon qu’il le faisait pareil. Là on voit qu’avec Jean Lamarche qui essaie de concilier, ça ne marche pas.[...] Il faut que ça arrête. Il y a des élections qui s’en viennent bientôt alors ça va être le temps de les débarquer [les conseillers dissidents].»

M. Beaulieu est d’ailleurs tenté de se présenter aux prochaines élections municipales comme conseiller si des partis ou des équipes se forment.

Le maire Jean Lamarche convient qu’il y a «des regroupements d’intérêt» au sein du conseil de ville, mais il ne croit pas pour autant que cela entraîne une certaine paralysie. «On a bien sûr des gens qui ont des idées déjà affirmées», convient-il. «De là à dire qu’on est sclérosé, je n’en suis pas là encore», ajoute-t-il.

Le fait que les opinions divergent parfois autour de la table du conseil implique évidemment qu’il doit défendre les dossiers qui ne font pas consensus. «C’est toujours à refaire. J’ai à convaincre tout le temps les gens du bien-fondé des actions qu’on porte. À ce niveau, ça m’oblige à travailler plus fort, à faire de la concertation, à entendre aussi les opinions de chacun et à les considérer.»

L’important, selon lui, c’est de ne pas perdre de vue les intérêts du citoyen. «Quand les citoyens sont au cœur des décisions qu’on prend, je peux vivre avec des gens qui ne pensent pas comme moi, et je peux aller plus loin dans ma réflexion s’il le faut, mais je ne le ferai jamais au détriment des citoyens, c’est certain.»

Quant à la formation éventuelle d’un parti politique, il ne ferme pas la porte. «Je suis en réflexion là-dessus, mais je ne suis pas prêt à m’exprimer publiquement à ce sujet.»

Pour ce qui est du plaidoyer de Jean Beaulieu pour la formation de partis politiques, cette initiative est loin de susciter l’enthousiasme des conseillers municipaux contactés par Le Nouvelliste. «Je ne vois pas à qui cette pétition s’adresse. Si tu veux partir un parti politique, tu en pars un», lance Denis Roy, conseiller du district Marie-de-l’Incarnation.

«S’il veut un parti politique qu’il en parte un. Si monsieur croit qu’il faut avoir des partis politiques, ce n’est pas avec une pétition qu’il faut le faire», renchérit Mariannick Mercure, conseillère du district des Forges.

Le conseiller du district du Carmel, Pierre Montreuil, assure qu’il ne se serait pas présenté en politique municipale s’il avait dû adhérer à un parti. «Pour ce qui est des partis politiques, je dis à M. Beaulieu que c’est rien d’autre qu’une clique que vous voulez qu’on crée. (…) Quand il y a des partis politiques, on perd notre droit de parole, nous, comme élus indépendants.»

Une indépendance qu’apprécie également Pierre-Luc Fortin du district des Estacades. «Jamais, je ne ferai partie d’un parti politique et jamais je ne ferai partie d’une clique. S’il y a une chose que j’apprécie du monde municipal, c’est d’avoir une indépendance et une proximité avec le citoyen.»

Comme il n’y a pas un groupe de conseillers qui votent toujours du même bord en toute circonstance, cela indique bien qu’il n’y a pas de clan au sein du conseil, selon lui. «Sortir des affaires comme celles-là sur la place publique, c’est gratuit», déplore-t-il.

Des partis politiques ont déjà vu le jour à Trois-Rivières. On n’a qu’à penser à Force 3R qui a survécu environ cinq ans et qui avait connu une cuisante défaite aux élections de 2013.

Ginette Bellemare, conseillère du district de Richelieu, n’est pas convaincue que la population serait vraiment intéressée à voir son représentant adhérer à une ligne de parti. «Je ne sais pas si on est rendu là présentement.» Valérie Renaud-Martin, conseillère du district des Carrefours, est partagée sur le sujet. «Justement, je me demande si Trois-Rivières est rendue là. Je suis intéressée à savoir ce que les gens en pensent. Peut-être que ça va répondre à mes propres questionnements.»

Selon les conseillers contactés, le conseil municipal est loin d’être dysfontionnel. «Si je regarde le bilan du conseil municipal sur des enjeux très actuels comme la mobilité durable, le développement durable, je pense qu’on a fait des pas de géant. On a revu une partie de l’organigramme, on a recréé la direction des communications, on a intégré la participation du citoyen, si c’est ça qui est dysfonctionnel, je ne sais pas ce qui est fonctionnel», note M. Roy.

«On a fait de beaux projets, de belles réalisations. C’est quand même intéressant qu’on ne soit pas tous d’accord parce que des fois, ça amène des idées nouvelles, d’autres questionnements, ça peut même amener le projet plus loin», estime Mme Bellemare.

M. Montreuil rappelle qu’un nouveau code d’éthique a été adopté tout comme la déclaration d’urgence climatique. «Depuis l’élection de novembre 2017, on a fait des choses qui ne sont peut-être pas glamour, mais on a fait des choses très positives», affirme-t-il. «M. Beaulieu a juste à être un petit peu plus patient. S’il est habitué d’avoir un leader qui est un one-man-show comme M. Lévesque, eh bien, ça c’est du passé. On est en 2020», lance-t-il.

Il n’épouse pas l’idée de M. Beaulieu concernant la présence de clans qui paralysent le conseil municipal. «Les histoires de cliques de M. Beaulieu... qu’il fasse tous les sondages qu’il veut, mais à sa place, au lieu de faire un sondage, je m’organiserais pour en créer un parti politique et de passer à l’action au lieu de faire le gérant d’estrade qui dit qu’il y a des cliques à droite ou à gauche. Il y a 15 élus indépendants qui sont capables de se parler, surtout depuis l’élection de Jean Lamarche.» «Depuis l’élection de Jean, je trouve qu’on n’a jamais avancé aussi vite vers des objectifs communs», renchérit Mme Mercure.

La pétition de Jean Beaulieu est sur le site change.org. Il est aussi possible de la signer à sa boutique, sur la rue Notre-Dame, au centre-ville de Trois-Rivières.