Lors d'un incendie et même après, des émanations de toutes sortes peuvent provoquer des cancers chez les pompiers, à moyen et long terme, s'ils n'adoptent pas des mesures de protection appropriées.

Petite révolution au service de sécurité incendie de Shawinigan

En étant exposés à des gaz et diverses matières toxiques pendant et après leurs interventions, les pompiers deviennent particulièrement vulnérables à développer sept types de cancer s'ils ne prennent pas des méthodes de protection adéquates.
Cette mise en garde de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd à Shawinigan, où le directeur du service de sécurité incendie, François Lelièvre, entend mettre en place de nouvelles pratiques pour réduire ces risques.
Le rapport annuel 2016 de la brigade, déposé en assemblée extraordinaire du conseil municipal le 27 mars, souligne à grands traits cette nouvelle considération. Le 4 avril 2016, la CNESST modifiait sa politique d'admissibilité qui risque de changer bien des habitudes dans ce monde à travers le Québec.
«Les cancers du rein, de la vessie, du larynx, du poumon, le mésothéliome, le myélome multiple et le lymphome non hodgkinien affectant les pompiers combattants peuvent être d'origine professionnelle lorsque ceux-ci ont été exposés à des feux et des gaz d'incendie pendant les opérations visant à les maîtriser et lors de la phase de nettoyage et d'enquête après leur extinction», reconnaît l'organisme.
Plus loin dans la politique sur l'admissibilité de la lésion professionnelle, la CNESST précise que «la réclamation d'un pompier qui présente un de ces cancers doit être analysée à titre de maladie professionnelle», moyennant une série de conditions qui portent notamment sur la durée d'exposition à des feux ou des gaz, selon le type de cancer. Pour le cas précis du mésothéliome non pulmonaire, il n'existe cependant aucune durée minimale de contact.
M. Lelièvre identifie de nombreux impacts à cette reconnaissance.
«Ça remet en question la durée de vie des habits de combat et l'entretien des équipements», explique-t-il. «Il faut que les gens prennent soin d'eux. On sait que la suie, ce n'est pas très bon pour la santé. À moyen et long terme, ça peut déclencher un cancer.»
«Des études ont été faites par la CNESST», ajoute le directeur. «Les pompiers de Montréal ont fait beaucoup de pression pour la reconnaissance de certains cancers. Ils ont réussi à prouver une relation de cause à effet. C'est un peu comme l'amiante dans le domaine de la construction. On sait maintenant qu'il faut prendre des mesures pour éliminer les risques pour les travailleurs.»
Pendant et après
Les pompiers courent évidemment des risques importants au moment des interventions, mais la CNESST reconnaît également que les visites sur les lieux du sinistre renferment aussi des dangers.
«Nous savons que plusieurs produits de décomposition, lors d'incendies, sont cancérigènes», explique M. Lelièvre. «Lorsque du plastique brûle, les émanations qui peuvent être respirées peuvent donner le cancer. Il faut porter des appareils respiratoires, mais en plus, ces particules viennent se coller sur la peau, sur les habits de combat. Après le feu, le pompier n'était pas obligé de se laver immédiatement. Ces particules tombaient donc volatiles et étaient respirées par les gens.»
«On a l'impression que parce qu'il n'y a plus de fumée, il n'y a plus de contaminants», observe le directeur.
«En recherche et cause d'incendie, on entre dans un bâtiment, on fouille et on gratte pour trouver des traces d'accélérant. On brasse des matériaux et pouf! Des bouffées de gaz sortent, des poussières. Il n'y avait pas de réglementation pour dire qu'il fallait porter un appareil respiratoire. Ça va changer toute la dynamique sur la façon de travailler.»
«Il y aura beaucoup d'accent mis sur la santé et la sécurité au travail», insiste-t-il. «Auparavant, quand ça ne brûlait plus, la garde tombait. Mais avec cette histoire du cancer, on se rend compte qu'on prenait beaucoup de risques.»
Se laver les mains immédiatement après avoir quitté les lieux d'un incendie, nettoyer assidûment les équipements de protection, mettre systématiquement des gants quand le pompier manipule des outils souillés; ces petites habitudes devront dorénavant faire partie de la routine des pompiers. M. Lelièvre ne s'attend pas à ce que ces mesures nuisent aux interventions, mais il convient qu'il faudra prévoir davantage.
«On ne peut plus se permettre de dire qu'on n'a pas le temps», résume M. Lelièvre. «La CNESST est une assurance. Elle va nous dire que si on ne se protège pas nous-mêmes, elle ne paiera pas quand il arrivera un accident. Les mentalités vont changer graduellement.»
M. Lelièvre ne peut jurer de rien pour les retraités, mais actuellement, il n'a pas été mis au courant de membres de sa brigade touchés par un cancer qui aurait pu être provoqué par tout ce qui touche au combat des incendies. «Selon ce que nous avons appris, il y aurait une cinquantaine de cas au service des incendies Montréal qui seraient dans la liste des cancers reconnus», précise-t-il.
Des retombées concrètes de la caserne Champlain
Même si le service de sécurité incendie de Shawinigan a connu une année un peu moins mouvementée en 2016, les statistiques sur le temps d'intervention ont déjà pu démontrer la justesse de la décision de déménager la caserne de l'hôtel de ville à l'avenue Champlain. Pour la première fois depuis la fusion, le temps d'intervention pour le secteur Shawinigan est passé sous la barre des cinq minutes.
«Dans notre étude sur le positionnement optimal des casernes, nous avions constaté que la majorité des incendies étaient situés entre le plateau du quartier Saint-Marc et la caserne de Grand-Mère», rappelle François Lelièvre, directeur du service. «Il y a beaucoup de multilogements dans cette zone.»
Au cours des dernières années, le temps de réponse pour des incendies qui éclataient dans le coeur de la ville était légèrement supérieur à cinq minutes. Par exemple, en 2014, il s'établissait à 5:22, puis à 5:13 en 2015. En 2016, la première année complète de la nouvelle caserne sur Champlain, ce délai a chuté à 4:55.
«Nous sommes contents d'avoir ce résultat, parce que c'est ce que nous avions estimé», mentionne M. Lelièvre. «Il fallait aller sur Champlain pour réduire notre temps de réponse, parce que c'était là que nous avions nos incendies.»
La statistique pour le secteur Grand-Mère confirme cette importance stratégique. Avec le quartier général à proximité, le temps d'intervention à cet endroit se situe à 4:34 en moyenne.
«Ça veut dire que nous sommes bien positionnés», se réjouit le directeur. «Ce sont les deux secteurs où nous recevons le plus d'appels et ce sont les endroits où notre réponse est la plus rapide. Un incendie double à chaque minute, alors si on peut être là dans les cinq premières minutes, ça fait une différence.»
Le service de sécurité incendie de Shawinigan a combattu 57 sinistres en 2016, soit douze de moins que l'année précédente. Les pertes de valeur des bâtiments touchés franchissaient à peine les 800 000 $, dont 700 000 $ dans les 39 interventions dans des résidences. Au total, les pompiers ont reçu 708 appels l'an dernier.
En 2016, le service de sécurité incendie de Shawinigan a coûté 4,3 millions $, tout près de 100 000 $ de moins que le montant qui était prévu au budget.