Selon le Conference Board du Canada, le lock-out à l’ABI nuira probablement aux perspectives sectorielles à court terme.

Performance inégalée en 2017

TROIS-RIVIÈRES — Après avoir enregistré l’an dernier l’une de ses meilleures performances depuis le début de la collecte de données sur le PIB en 1987, l’économie de Trois-Rivières s’essouffle en 2018, selon le rapport hivernal du Conference Board du Canada.

En effet, après avoir connu une forte performance en 2017, la croissance économique trifluvienne devrait ralentir à 1,9 % cette année. Derrière ces perspectives se trouve un ensemble de facteurs macroéconomiques et locaux, tel que la renégociation de l’ALENA et le conflit à l’ABI.

En même temps, la croissance de l’emploi ralentira aussi à court terme, puisqu’on s’attend à la création moyenne de 735 emplois nets par année cette année et l’an prochain, contre 1100 en moyenne les deux années précédentes. En 2018, une croissance plus rapide de la population active fera grimper le taux de chômage à 6,2 %, soit légèrement au-dessus de la moyenne provinciale.

Or, l’année dernière, la production totale aura augmenté de 3,5 %, ce qui représente le meilleur taux de croissance depuis 2000. Les industries productrices de biens ont contribué à une grande partie de ce succès. Le secteur manufacturier a affiché une croissance de la production de 6,9 %, ce qui a largement atténué les résultats neutres dans le secteur de la construction.

Heureusement, dit-on, l’économie américaine devrait connaître une accélération cette année, grâce en partie à des baisses d’impôt considérables, et au dollar canadien qui continuera de s’échanger en dessous de la parité, deux effets qui devraient stimuler les exportations de Trois-Rivières. L’économie bénéficiera aussi d’un regain d’activité dans la construction. Globalement, la croissance du PIB réel devrait donc retomber à 1,9 % à Trois-Rivières cette année, puis passer à 1,7 % en 2019, soit un peu moins que les perspectives de croissance provinciales.

Sur le front de l’emploi, malgré une croissance annuelle moyenne «intenable» de 3,1 % en 2014-2016, la création d’emplois est restée particulièrement solide l’an dernier, s’établissant à 1 %. Toutefois, le marché du travail devrait enfin marquer une pause. Le Conference Board prévoit en effet une hausse timide de 0,5 % pour 2018. Mais la situation se redressera rapidement, car une progression de l’emploi de 1,5 % se profile pour l’an prochain.

Par ailleurs, le secteur manufacturier de Trois-Rivières a enregistré une croissance de la production supérieure à 3 % pendant quatre années consécutives, y compris un bond de 6,9 % l’an dernier. Les conditions macroéconomiques ont été primordiales pour le secteur au cours de cette période, car la bonne santé de l’économie américaine et la dépréciation du dollar canadien ont alimenté a demande et encouragé les investissements destinés à augmenter la capacité industrielle.

Ce secteur devrait poursuivre son expansion à court terme, quoique à un rythme plus modéré. La production devrait augmenter de 2,2 % cette année et de 2 % en 2019. Cependant, les usines locales devraient embaucher peu, car l’essentiel des gains de production viendra de l’amélioration de la productivité. Le secteur de la fabrication représente encore 12 % des emplois de la région métropolitaine, mais cette proportion ne cesse de baisser depuis le début du siècle.

Les progrès de cette année tiendront en partie aux succès continus enregistrés par les petites et moyennes entreprises de la région – priorité du gouvernement provincial – dans des sous-secteurs tels que la fabrication d’emballages en plastique et de matériel de transport. De plus, l’industrie continue de se diversifier, en accueillant notamment une nouvelle usine de panneaux solaires.

À moyen terme, des géants établis tels qu’Olymel soutiendront la croissance grâce à des agrandissements d’usines destinés à augmenter la production. En fait, grâce à une série d’acquisitions et d’expansions, Olymel a créé près de 1000 emplois dans la province au cours des deux dernières années. Cette société devrait en créer 350 autres à Trois-Rivières l’an prochain.

Cependant, des incertitudes persistent pour les fabricants exportateurs, car la renégociation de l’ALÉNA s’éternise, faisant planer la possibilité que les États-Unis se retirent complètement de l’accord. Cela aurait évidemment des conséquences importantes pour les entreprises locales. De plus, le Département du Commerce américain a imposé de nouveaux droits compensatoires sur les produits de papier journal canadiens, dont des droits de 9,9 % sur la production de Kruger. Même si ces droits sont temporaires et qu’ils pourraient être annulés – à l’instar des droits de près de 300 % sur les appareils de la C Series de Bombardier –, ils pourraient encore nuire aux perspectives à court terme dans le secteur de la fabrication.

Le secteur de la construction de Trois-Rivières connaît des difficultés depuis quelques années, affichant des baisses de production moyennes de 2,6 % par année entre 2013 et 2017. La bonne nouvelle est que la situation s’améliore, quoique lentement. En fait, le secteur a enregistré une croissance de seulement 0,1 % l’an dernier, mais il s’agissait de la première expansion annuelle depuis 2012.

Des obstacles importants, des retards et même des annulations de projets d’infrastructure majeurs – qui touchaient principalement le parc industriel de Bécancour – lui ont nui. Au cours des dernières années, le projet d’usine d’engrais de deux milliards de dollars d’IFFCO Canada a été suspendu, l’usine de gaz naturel liquéfié de 800 millions de dollars de Stolt LNGaz Inc. a été annulée et la construction du complexe industriel de 1,6 milliard de dollars de Quest Rare Minerals est maintenant plus incertaine que jamais, car l’entreprise a déposé une proposition de restructuration en vertu de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité.

Heureusement, souligne le rapport, de plus petits projets non résidentiels ont vu le jour dans l’ensemble de la région métropolitaine, ce qui devrait déboucher sur une meilleure performance cette année. Il s’agit notamment de la construction ou de l’agrandissement de sites de production, comme l’agrandissement du site d’Olymel, la mise sur pied d’une nouvelle chaîne de montage de camions et la modernisation des installations de Kruger à Trois-Rivières. En outre, le contrat du projet de colisée de 50 millions de dollars a enfin été attribué et la construction commencera cette année.

Enfin, les travaux de construction du Centre d’événements et de congrès interactifs, au coût de 48 millions de dollars, respectent les délais prescrits. Il devrait ouvrir ses portes à l’automne.

«La légère amélioration de la construction de nouveaux logements, conjuguée à des perspectives positives en ce qui concerne l’investissement non résidentiel, devrait suffire à faire augmenter la production totale dans le secteur de la construction de 2,6 % cette année et de 2,1 % en 2019», conclut-on dans les Notes de conjoncture métropolitaine.