Il faudra visiblement bien d’autres projets comme celui du Groupe Château Bellevue pour améliorer la richesse foncière de Shawinigan, ce qui la rendra éventuellement moins dépendante de la péréquation municipale.

Péréquation municipale: la part de Shawinigan augmente encore

SHAWINIGAN — Les efforts de diversification économique et le leitmotiv entrepreneurial ne permettent pas encore à Shawinigan de s’extirper du programme de péréquation du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation. Au contraire, sa part de l’enveloppe provinciale de 60 millions $ grossit d’année en année.

Ainsi, la Ville de Shawinigan obtient une subvention de péréquation de 4,8 millions $ pour boucler son budget 2019, un montant record au Québec. À elle seule, elle accapare maintenant 8 % de l’enveloppe disponible pour la province, qui n’a pas bougé depuis 2011.

D’année en année, Shawinigan trône au sommet des bénéficiaires de cette aide, en raison de la faible valeur de sa richesse foncière. La dernière entente entre le gouvernement du Québec et les municipalités sur la péréquation, qui couvre les années 2016 à 2019, avait instauré progressivement une nouvelle formule pour le calcul annuel de cette subvention et visiblement, Shawinigan en tire profit.

Le maire, Michel Angers, fait remarquer que cette contribution provinciale permet d’éviter une hausse de taxes municipales de près de 7 % l’an prochain. Selon lui, le fait que Shawinigan réserve une part de plus en plus importante de l’enveloppe provinciale de la péréquation ne démontre pas tant un appauvrissement de sa ville que le modèle désuet de fiscalité municipale dans lequel le Québec est embourbé. Il faut trouver d’autres sources de revenus que l’impôt foncier, martèle-t-il.

«Peu importe si on réussit à faire croître notre économie par la création d’emplois ou d’entreprises qui s’installent, ça rapporte peu ou pas du tout en impôts fonciers», explique M. Angers. «Avec la nouvelle économie du savoir, les gens ont besoin de moins en moins d’espace. Mais la fiscalité municipale est encore bâtie sur la brique et le mortier.»

«Présentement, les seuls qui bénéficient de notre croissance économique à Shawinigan, ce sont les deux autres paliers de gouvernement. Eux, ils ramassent l’argent! Avec notre fiscalité municipale désuète et archaïque, ce serait préférable d’avoir une usine de 250 millions $ entièrement robotisée, sans employé, plutôt qu’un centre qui fait appel à la créativité des gens.»

Par exemple, l’arrivée de CGI au centre-ville ou celle du futur bureau satellite en technologies de l’information de Desjardins, au centre d’entrepreneuriat, ne provoquent aucun nouveau revenu de taxation, puisque ces employés s’installent dans des locaux qui existaient déjà.

Dans ce contexte, analyse le maire, on ne peut pas prétendre qu’une municipalité va mal au plan économique parce qu’elle obtient des montants de péréquation. Mais il reconnaît que dans le cas de Shawinigan, la tendance qui s’accentue démontre qu’il faudra encore bien des projets comme celui du Groupe Château Bellevue pour compenser les valeurs perdues par la fin de l’exploitation d’usines comme Belgo, Laurentide et Rio Tinto Alcan depuis une dizaine d’années.

À Trois-Rivières également, la hausse de péréquation ne passe pas inaperçue. Un petit boni de près de 1,1 million $ en 2019 qui a laissé l’administration municipale dubitative.

«Nous étions surpris nous-mêmes», confie Yvan Toutant, porte-parole du cabinet du maire. «Nous avons téléphoné à Québec pour nous assurer que nous avions bien 1,1 million $ de plus, ce qui nous a été confirmé.»

«Notre richesse foncière moyenne n’est pas comparable avec celle de la province», ajoute-t-il. «Nous avons une différence d’à peu près 5800 $ de richesse foncière par unité. Il nous reste encore beaucoup de travail à faire pour créer de la richesse, mais nous avons les mêmes dépenses que les autres villes.»

Autre tendance

À La Tuque, le maire Pierre-David Tremblay doit se débrouiller avec la situation inverse. En 2019, il doit encaisser une perte de plus de 270 000 $ par rapport au montant reçu cette année. L’impact du dernier rôle d’évaluation explique sans doute cette baisse de péréquation de 20 % en un an.

«Le fait qu’on perde ce montant, c’est un signe de croissance», se console M. Tremblay. «Mais le rôle d’évaluation peut nous jouer des tours. La formule actuelle ne reconnaît pas d’autres facteurs, comme l’étendue du territoire ou la gestion des terres publiques, qui nous avantageraient. Il ne faut pas trop compter sur cet argent et plutôt aller vers d’autres sources de revenus.»

Mais à court terme, cette coupe est passée de travers, reconnaît le maire de La Tuque.

«Cette perte a compliqué mon budget. On peut en prendre une partie dans nos surplus accumulés et repousser des projets que nous avions prévus. C’est sûr que ça nous affecte.»

À Notre-Dame-du-Mont-Carmel également, le dernier rôle d’évaluation en hausse a sérieusement amputé le chèque de péréquation. Après avoir obtenu un montant de 388 163 $ en 2018, le conseil municipal doit se débrouiller avec 3297 $ l’an prochain! «C’est énorme comme diminution. Ça nous fait très mal!», convient Danny Roy, directeur général à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

Plusieurs autres municipalités touchent des montants de péréquation dans la région, mais certaines doivent s’en passer en raison d’une plus grande marge de manœuvre en termes de taxation. Par exemple, Nicolet, Bécancour et Saint-Boniface ne reçoivent habituellement aucun montant de cette enveloppe, que ce soit avec l’ancienne ou la nouvelle méthode de calcul.