«Si les régions ressources étaient reconnues à leur pleine valeur, on n’aurait pas besoin de péréquation. Je suis un territoire ressource, alors j’aimerais qu’on m’évalue comme un territoire ressource, pas comme un endroit où tout le monde se sert», soutient le maire de La Tuque.

Péréquation: «Il faut se mobiliser», dit le maire de La Tuque Pierre-David Tremblay

SHAWINIGAN — Les municipalités deviendraient sans doute moins sensibles aux variations des subventions de péréquation si le gouvernement du Québec les compensait plus équitablement pour l’exploitation des ressources naturelles sur leur territoire, plaide le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay.

Ce dernier martèle ce discours lorsque l’occasion lui est donnée. Il joint sa voix à celle du maire de Shawinigan, Michel Angers, qui aime bien remuer les cendres des redevances pour l’exploitation des centrales hydroélectriques sur la rivière Saint-Maurice, par exemple, lorsque la question de la diversification des revenus refait surface.

«Nous avons besoin de la péréquation, mais nous sommes tannés de dépendre de ça», laisse tomber M. Tremblay. «Nous aurions des moyens de nous en sortir. Nous sommes des indigents municipaux!»

Le maire de La Tuque rappelle que 70 % de ses revenus proviennent des taxes municipales.

«Pour chaque mètre cube de bois, le gouvernement vient chercher 15 $», explique-t-il. «Si je n’avais qu’un pour cent de ces redevances, mon million de dollars en péréquation, je n’en aurais pas besoin.»

«Nous sommes des territoires ressources et on nous exploite», ajoute M. Tremblay. «Ça profite à tout le monde. Nous n’aurions pas besoin de péréquation si nous étions traités justement. Le langage est brut, mais c’est la réalité.»

Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay

M. Tremblay cite également l’exemple de la gestion des terres publiques avec les baux de villégiatures. «Quand je reçois cette taxation, plus de deux millions $, je sépare la tarte en deux et je donne la moitié au gouvernement. Avec le million $ qu’il me reste, ça me prend des équipements pour aller dans le bois, des ressources humaines pour faire des évaluations... Je perds 300 000 $ ou 400 000 $. Si on me donnait l’entièreté de ce budget, je n’aurais pas non plus besoin de péréquation. Le gouvernement nous prend d’une main et nous donne de l’autre. Je suis tanné de ça.»

L’exemple d’Hydro-Québec, maintes fois cité par le maire de Shawinigan, trouve une oreille attentive à La Tuque. «Je reçois, bon an mal an, 260 000 $ de leur part», mentionne M. Tremblay. «Si Hydro-Québec payait ses taxes, si elle payait ses permis, si on était dédommagé pour les sept barrages, si on avait une partie des redevances que le gouvernement prend, je n’aurais même pas besoin de péréquation.» «Avec ce système, on reste dans un mode d’appauvrissement», déplore M. Tremblay. «Si les régions ressources étaient reconnues à leur pleine valeur, on n’aurait pas besoin de péréquation. Je suis un territoire ressource, alors j’aimerais qu’on m’évalue comme un territoire ressource, pas comme un endroit où tout le monde se sert.»

À ces combats s’ajoute celui de la perte des sièges gouvernementaux en région, un autre enjeu qui s’évapore avec les années. Dans ce contexte, ne vous étonnez pas de voir le maire de La Tuque se battre pour favoriser la réalisation du projet de Gazoduq.

«J’irais chercher 10 millions $ par année, le tiers de mon budget!», rappelle-t-il. «Je pourrais sortir de la péréquation! Manouane Sipi va aussi rapporter 60 millions $ à La Tuque sur 40 ans. Nous essayons de créer notre richesse.»

«Il faut se mobiliser», suggère M. Tremblay. «Les associations qui nous représentent devront aussi nous aider dans nos démarches. Si vous videz les régions ressources, qui va travailler pour vous amener ces ressources?»

Avant l’aboutissement de ces longues batailles, le maire de Shawinigan ne voit aucun mal à obtenir une compensation sur la base de la péréquation municipale. À chaque budget, des citoyens déplorent que cette enveloppe donne une illustration de l’extrême pauvreté de la ville.

«Ça nous permet un partage», indique M. Angers. «Chez nous, ça signifie 78 $ par citoyen, alors qu’au Québec, la péréquation fédérale donne 1114 $ par citoyen. Est-ce que le Québec va dire non à sa péréquation parce que sa croissance est au maximum et que son taux de chômage est bas ? Le Québec profite de cette formule, alors pourquoi on n’en profiterait pas en raison de notre richesse foncière plus basse ?»