Shawinigan est la ville qui reçoit le plus de péréquation dans la région.
Shawinigan est la ville qui reçoit le plus de péréquation dans la région.

Péréquation: des hausses partout dans la région

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Les trois villes de la région qui touchent de la péréquation recevront toutes des montants à la hausse cette année par rapport à l’année dernière. Trois-Rivières, Shawinigan et La Tuque voient en effet leur montant de péréquation être haussé en 2021 par rapport à 2020, ce qui n’est toutefois pas considéré comme un cadeau mais plutôt comme un retour à la normale, puisque Trois-Rivières et Shawinigan avaient connu d’importantes baisses de péréquation en 2020.

Le calcul de la péréquation, rappelons-le, est basé sur la moyenne de la richesse foncière de chaque ville par rapport à la moyenne de la richesse foncière de l’ensemble des villes. Dans le cas où cette richesse foncière se retrouve pénalisée par rapport aux autres, un pourcentage de péréquation est calculé et envoyé aux villes pour leur exercice budgétaire.

Normalement, le ministère dévoilait ces chiffres beaucoup plus tardivement, soit vers la fin du mois de novembre, alors que l’exercice budgétaire était à peu près bouclé. Les fonctionnaires devaient alors composer avec une approximation basée sur les montants reçus habituellement. Dans un cas comme l’an dernier, où Trois-Rivières avait dû composer pratiquement avec 1,4M$ de moins que l’année précédente, ça peut causer des maux de tête, fait remarquer le maire. Cette année, la Ville pourra compter sur 2 386 166$ de péréquation.

«Nous sommes plus près des chiffres de 2019 que de ceux de 2020. En fait, on revient à ce qu’on avait l’habitude de recevoir alors que l’an dernier, ça nous avait pris par surprise, mais pas nécessairement pour les bonnes raisons», indique le maire Jean Lamarche, qui prévient toutefois que ce montant ne doit pas non plus être considéré comme extraordinaire.

«Ce n’est pas non plus le gros lot! Mais c’est un montant qui permet de stabiliser nos finances et qui va nous permettre, à ce moment-ci de l’exercice budgétaire, de faire le travail ensemble en ayant les vrais chiffres», considère le premier magistrat.

Du côté de Shawinigan, le montant qui sera versé est de 3 981 101 $. L’an dernier, la deuxième ville en importance en Mauricie avait reçu 3 878 472 $, soit le montant le plus élevé au Québec. Le maire Michel Angers soutient qu’il s’attendait à recevoir un transfert de cet ordre dans le cadre de ce programme et que les travaux d’élaboration du budget 2021 avaient été amorcés en ce sens.

Par les années passées, Shawinigan a souvent été la «championne de la péréquation», soit la Ville qui en percevait le plus au Québec. Mercredi, le ministère des Affaires municipales n’avait pas encore été en mesure de nous fournir ce palmarès. Mais en ce qui concerne la possibilité que sa ville soit une fois de plus celle qui recevra la somme la plus élevée, le maire Angers se dit aucunement offusqué ou honteux. Au contraire, il indique qu’il aimerait bien voir Shawinigan en haut de la liste à nouveau. Selon lui, ce programme de partage de richesses existe pour aider les municipalités moins bien nanties sur le plan de la richesse foncière. Dans cette optique, il rappelle que Shawinigan a perdu environ 3,2 millions de dollars en paiements de la taxe foncière à la suite de la fermeture des trois principales usines de la ville, soit les papetières Belgo et Laurentide ainsi que l’aciérie de Rio Tinto-Alcan.

Trois-Rivières recevra plus de 800 000$ de plus de péréquation que l’an dernier.

À La Tuque, la Ville touchera 1 486 512$, soit un peu plus de 223 000$ qu’en 2020 et plus de 430 000$ qu’en 2019. «La péréquation, ça veut également dire que notre richesse foncière est désavantagée. Dans un monde idéal, on souhaiterait vraiment ne pas en recevoir. Mais ça nous permet quand même de pouvoir équilibrer notre budget en offrant des services à des coûts raisonnables», estime le maire Pierre-David Tremblay.

Hausse de taxes?

La Ville de Trois-Rivières avait déjà obtenu la semaine dernière la nouvelle du versement d’un montant de près de 12M$ sur deux ans par le gouvernement pour pallier le manque à gagner causé par la pandémie de COVID-19. Ce montant de péréquation s’ajoutant à l’exercice budgétaire pourrait-il se traduire en bonne nouvelle pour les contribuables trifluviens pour le budget 2021? Il est encore trop tôt pour le dire, prévient le maire.

Car si la péréquation a repris un niveau un peu plus «normal» et que les pertes occasionnées par la pandémie ont été en bonne partie comblées par l’aide financière, la Ville recevra moins que ce qu’elle attendait concernant le partage de l’équivalent de la croissance d’un point de TVQ, une mesure fiscale qui avait été négociée entre l’Union des municipalités du Québec et le gouvernement. En 2020, on redistribuait 70M$ aux municipalités et on laissait entrevoir que ce montant pourrait être de 81M$ en 2021. Or, il sera plutôt de 67M$. Pour Trois-Rivières, ça représentera 1 089 124$, un peu moins que ce qui avait été espéré, admet-on.

«Ça reste un exercice complexe que nous allons faire, mais au moins on le fait maintenant avec un maximum de données entre les mains», répète Jean Lamarche.

Plus tôt cette semaine, le conseiller municipal François Bélisle avait plaidé à Radio-Canada Mauricie pour une hausse de taxes «raisonnable». La publication de ces montants lui fait dire aujourd’hui qu’il faudra tout de même être prudents dans l’élaboration du budget, lui qui plaide pour une hausse de taxe se rapprochant de l’indice des prix à la consommation, estimé à environ 0,8% pour les derniers 12 mois.

«Toucher de la péréquation, ça veut aussi dire que notre ville est moins riche que d’autres. Je crois que cette année, les gens ont vécu beaucoup d’incertitude et en vivent encore, et ce serait d’aider le contribuable que de limiter la hausse de taxes», note François Bélisle, qui ne plaide toutefois pas nécessairement pour un gel de taxes, comme l’ont fait les Villes de Montréal et Lévis récemment.

«On a aussi des conventions collectives à respecter. Mais en se collant à l’IPC, je crois que c’est un bon compromis qui démontre que l’on fait notre part et qu’on tient compte de la réalité économique», croit le conseiller municipal.

La Ville de La Tuque touchera un peu plus de 1,4 M$ de péréquation en 2021.

Avec la collaboration de Mathieu Lamothe