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Karine Lord avec son morceau de casse-tête mauve qui symbolise le mouvement #MaPlaceAuTravail.
Karine Lord avec son morceau de casse-tête mauve qui symbolise le mouvement #MaPlaceAuTravail.

Pénurie de places en garderie: des parents manifestent leur exaspération

Sébastien Lacroix
Sébastien Lacroix
Le Nouvelliste
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«Pas de garderie, pas de travail, pas d’argent, pas de chocolat», c’est la triste réalité pour de nombreux parents qui ont manifesté devant leur résidence dans le cadre de l’événement «Ensemble pour nos cocos» organisé lors du dimanche de Pâques dans le cadre du mouvement #MaPlaceAuTravail qui prend de l’ampleur un peu partout au Québec.

Dans le respect des mesures sanitaires, plusieurs parents sont sortis à l’extérieur de la maison pour se faire voir et se faire entendre, dont plusieurs en Mauricie et au Centre-du-Québec. Lancée sur les médias sociaux, il y a deux semaines, l’initiative citoyenne regroupe près de 4500 parents, grands-parents et éducatrices qui sont derrière la cause.

Le casse-tête mauve, symbole du mouvement, a même fait son entrée à l’Assemblée nationale, alors que des députés des partis d’opposition ont démontré leur appui aux parents qui réclament des actions rapides et concrètes.

Le groupe avance d’ailleurs une vingtaine de solutions pour aider les familles de quelque 50 000 enfants qui se trouvent sur la liste d’attente du site La Place 0-5 ans pour les services de garde reconnus.

Une pénurie qui dure depuis plusieurs années, mais qui s’est empirée avec la fermeture d’environ 1500 milieux de garde depuis le début de la pandémie en raison d’un manque de soutien gouvernemental, a fait valoir la porte-parole, Myriam Lapointe-Gagnon, en entrevue à LCN.

La pénurie serait d’ailleurs criante dans la région, notamment à Trois-Rivières, comme le constatent à leurs dépens deux mères qui appuient le mouvement et avec qui Le Nouvelliste a pu s’entretenir, dimanche.

Karine Lord faisait partie des mères qui s’étaient rassemblées à l’Hôtel Delta, lors du passage du premier ministre François Legault pour des annonces en lien avec des investissements pour accélérer le déploiement de l’Internet haute vitesse. Des mères qui souhaitent que leur cause soit entendue à la haute vitesse pour leur retour au travail.

Dans son cas, elle est en congé sans solde depuis le mois de décembre étant donné qu’elle n’a toujours pas été en mesure de trouver une place pour sa fille après des mois de recherches qui se sont intensifiées durant sa grossesse et son congé de maternité.

Des parents de la Mauricie et du Centre-du-Québec, et de partout dans la province ont manifesté, dimanche.

«Il n’y a pratiquement pas de place ici [à Trois-Rivières] qui s’affiche et quand il y en a, elles s’envolent à la vitesse de l’éclair. Souvent, il faut être la première personne à voir l’offre affichée. Souvent, j’appelle dans l’heure où l’offre a été faite et je me fais répondre: en cinq minutes, j’ai eu vingt demandes», témoigne-t-elle.

Comme sa fille est présentement âgée de 15 mois, elle est encore considérée comme étant un poupon. Ce qui est plus difficile à trouver étant donné que les services de garde en milieu familial sont limités à deux places du genre dans un ratio de six.

«C’est sûr que pour les poupons, c’est extrêmement rare. On espère trouver quand elle aura 18 mois, mais là, il y a vraiment une très grande pénurie à Trois-Rivières et je pense que pour toute la Mauricie, c’est difficile, raconte-t-elle. J’ai contacté plusieurs milieux familiaux et il y en a une qui m’a dit qu’elle est complète jusqu’en 2024.»

«On habite à Trois-Rivières, mais on cherche quand même plus large. Parce que mon emploi est à Shawinigan et mon conjoint, c’est à Saint-Léonard-d’Aston. Donc on cherche sur la route entre les deux (…) mais il n’y a pas plus de places, indique-t-elle. Il y a quelques places qui s’affichent pour le mois de septembre, à la rentrée scolaire, mais vraiment pas beaucoup.»

«On est très inquiet, continue-t-elle. C’est angoissant, parce que nous n’avons qu’un seul revenu. Donc on pige dans nos économies, parce qu’on ne peut pas tout payer, l’hypothèque, la voiture, l’électricité. On espère que ça ne durera pas trop longtemps. Quelques mois c’est difficile, mais ça ne pourra pas durer quelques années. Si je dois rester à la maison jusqu’à ce qu’elle entre à la maternelle, on ne survivra pas.»

La situation est également criante pour Mélissa Dias qui s’est inscrite sur La Place 0-5 dès le début de sa grossesse en août 2019 sans jamais recevoir d’appel. «Chaque jour, il faut que j’appelle des dizaines et des dizaines de milieux familiaux pour trouver de la place pour ma fille et ce n’est pas possible malheureusement. Soit que je laisse un message et qu’on ne me rappelle pas, ou qu’on me dit qu’il n’y aura pas de place avant 2023. Ce n’est pas concevable pour moi», s’inquiète-t-elle.

En plus de son travail, Mélissa Dias poursuit des études à temps partiel. Or, comme elle a suivi seulement deux cours universitaires, à cette session-ci, parce qu’elle croyait retourner au boulot, elle ne peut même pas avoir droit à des prêts et bourses.

Comme elle n’a plus accès au Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), elle doit vivre sur un seul revenu, celui de son conjoint. «On a vraiment besoin des deux revenus pour réussir à arriver. On doit piger dans nos économies et elles ont baissé de moitié depuis décembre 2020», indique-t-elle.

Les parents étaient invités à sortir à l’extérieur avec des morceaux de casse-tête mauves, ballons jaunes, jouets qui font du bruit pour manifester dans le respect des mesures sanitaires.

À son avis, il faudrait une prestation d’urgence pour les parents qui doivent arrêter de travailler faute de se trouver une place en garderie. Une situation qui est encore pire pour ceux qui sont monoparentaux. «Dans mon cas, je ne suis pas admissible à l’aide sociale. Je ne suis pas admissible non plus à la prestation de relance économique pour les proches aidants, rappelle Mélissa Dias. On a donc aucun revenu qui peut rentrer.»