La photo illustre le travail interdisicplinaire.
La photo illustre le travail interdisicplinaire.

Pénurie de pharmaciens d’établissement dans la région

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
La Tuque — La pénurie d’effectifs en pharmacie d’établissement est criante en Mauricie et au Centre-du-Québec. Il manquerait près d’un pharmacien sur cinq pour combler les besoins selon les dirigeants de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES) qui se sont arrêtés dans la région, de façon virtuelle, dans le cadre d’une tournée du Québec.

«Notre taux de pénurie provinciale se situe autour de 19 %. La Mauricie ressemble pas mal à la moyenne de la province. Il y a 92 postes autorisés sur votre territoire et il manque 18 pharmaciens à l’heure actuelle», souligne Linda Vaillant, directrice générale de l’APES.

«Ça fait plusieurs années qu’il y a des difficultés importantes au niveau du recrutement pour la Mauricie et le Centre-du-Québec», ajoute-t-elle.

Les dirigeants de l’APES ont rencontré les pharmaciens en milieu hospitalier dans les dernières semaines afin de discuter avec eux de leurs préoccupations et des enjeux de la profession.

«On prend le pouls des différents enjeux des négociations oui, mais aussi autour de l’organisation du travail, du manque d’effectifs, comment on comble les besoins des patients, les difficultés rencontrées, de quoi ils ont besoin sur le terrain, la formation par exemple. C’est le genre d’échange qu’on a avec les gens du territoire», note Mme Vaillant.

Cette dernière explique que la pénurie de main-d’œuvre a été importante dans la région, mais qu’il y a eu beaucoup de travail de fait dans le bon sens dans les dernières années.

«Depuis trois ans, il y a des résidents en pharmacie qui sont accueillis dans votre région, particulièrement au CHRTR. Cela a eu un effet positif sur le recrutement. […] Ce partenariat permet d’amener des jeunes, de les exposer à la région, à la pratique, à l’intérêt de travailler là… Cela a permis au département dans les dernières années d’avoir un plan de croissance du nombre de postes pour essayer d’arriver à répondre aux besoins», souligne la directrice générale de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec.

Mme Vaillant soutient que la situation a été si longtemps sous pression à cause du manque d’effectifs qu’il n’y avait même pas de possibilité d’entrevoir d’accroître le bassin de postes.

«Il y a un énorme travail qui est en train de se faire dans votre région pour voir comment on peut répartir les effectifs de pharmacie pour aller couvrir les besoins les plus criants. […] On souhaite être capable d’avoir une offre uniforme sur tout le territoire. L’idée c’est d’être capable de desservir au moins la base, un peu partout dans les installations, à La Tuque, dans les CHSLD, Arthabaska.»

La solution passe par l’attraction de la relève au programme de maîtrise en pharmacothérapie avancée. On aimerait diplômer plus d’une centaine de candidats par année.

«On ne l’a pas du tout actuellement. Dans les meilleures années, on est autour de 75 diplômés. Il en faut au moins une centaine pour effectuer les remplacements des départs. On a des postes vacants, mais on a des gens qui quittent aussi, des gens en congé de maternité, c’est très fragile», affirme Linda Vaillant.

«Il n’y a pas assez de jeunes formés au programme de maîtrise alors tout le monde se les arrache. C’est un peu ça qui survient», précise-t-elle.

La compétition est également féroce avec les pharmacies de quartier. Ces établissements ont eux aussi des besoins très importants.«Il y a 10 000 pharmaciens au Québec, on est 1700 dans les hôpitaux. À peu près 80 % des pharmaciens se retrouvent dans le secteur privé au Québec. Les jeunes ont tendance à se tourner vers les secteurs privés parce qu’il y a des besoins énormes et parce que les salaires sont très intéressants», explique la directrice générale de l’APES.

La question salariale sera un enjeu dans les négociations qui viennent de débuter avec le gouvernement. On demande que les mesures temporaires en place depuis une dizaine d’années soient reconduites, mais surtout pérennisées. Ces dispositions représentent entre 20 à 50 % de la rémunération selon les milieux de pratique.

«Une des façons d’attirer la relève, c’est évidemment le travail, parce que c’est un travail extrêmement intéressant. L’enjeu pour les attirer, c’est d’être capable d’avoir au moins un salaire compétitif. Idéalement il faudrait qu’il soit plus élevé, mais on n’en est pas là. On veut que ces mesures-là soient maintenues de façon permanente», insiste Linda Vaillant.

Dans le contexte de pandémie, les pharmaciens d’établissements sont considérés comme des professionnels essentiels. Ils participent notamment aux soins prodigués aux unités de soins intensifs, à l’urgence et aux unités d’hospitalisation des patients infectés par la COVID 19.

«Il y a eu aussi toute la question de l’approvisionnement des médicaments. Dans la première vague en particulier, il y a beaucoup de difficulté d’approvisionnement de certains médicaments. C’est un enjeu important. Il y a eu un travail énorme par les pharmaciens pour voir quelles alternatives étaient disponibles».