La qualité des services et des soins en CHSLD subit les effets du manque de main-d’œuvre, en particulier l’été, dénonce la fille d’un usager.

Pénurie de main-d'oeuvre dans les CHSLD: la situation encore pire cet été

Trois-Rivières — Nuit passée dans son fauteuil plutôt que dans un lit, erreurs dans la nourriture servie, rester en jaquette d’hôpital toute une journée: voici le lot de nombreux patients en CHSLD dans la région, dénonce la fille de l’un d’eux. Des situations qu’elle juge déplorables et qui ont une cause commune: le manque de personnel dans le milieu de la santé, notamment de préposés aux bénéficiaires. Or, la situation semble encore pire en période estivale, alors que de nombreux employés partent en vacances et que le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec peine à les remplacer.

La personne avec qui Le Nouvelliste a communiqué explique qu’à plusieurs reprises, son père, qui est hébergé au centre Roland-Leclerc, à Trois-Rivières, s’est fait servir le mauvais type de nourriture, bien que des instructions à cet effet soient à la disposition du personnel. Elle a également constaté, à plusieurs reprises, que des personnes dormaient dans leur fauteuil pendant de longues périodes de temps, sans que personne ne vienne les transporter dans leur lit. Elle constate également que de moins en moins de douches sont données et que, lorsque le manque d’effectifs se fait particulièrement sentir, les patients qui ne peuvent s’habiller seuls restent en jaquette d’hôpital.

Elle soupçonne également que les étudiants embauchés pour l’été pour venir donner un coup de main aux préposés aux bénéficiaires ne suffisent pas à la tâche. Enfin, elle affirme que les plans de travail, qui indiquent aux préposés quel patient se trouve dans chaque chambre ainsi que les actions à prendre pour assurer son confort, ne sont pas toujours à jour.

Le CIUSSS MCQ ne nie pas que certaines de ces situations aient pu se produire. Pour ce qui est de l’habillage des patients, on confirme qu’il s’agit effectivement d’une directive qui peut être donnée lorsque le manque de personnel se fait trop sentir.

«Ce n’est pas une consigne formelle donnée par l’établissement, mais ça peut arriver quand il manque de personnel, explique Guillaume Cliche, porte-parole du CIUSSS MCQ. On privilégie certaines tâches à d’autres pour s’assurer de répondre aux besoins de base.»

M. Cliche précise en outre que dans certains cas, laisser les usagers en jaquette peut aussi être une demande de leur famille, surtout en période de grande chaleur, puisque ce vêtement est plus léger.

Quant aux personnes qui dorment dans leur fauteuil plutôt que dans leur lit, M. Cliche indique qu’il s’agit d’une mesure mise en place lorsqu’elles se lèvent à répétition dans la nuit, afin notamment d’éviter les risques de chute. «Certains sont plus confortables dans leur fauteuil pour se reposer, la nuit, soutient M. Cliche. Ça peut même être indiqué dans leur plan d’intervention. Mais personne ne laisse les résidents d’emblée dans leur fauteuil pour la nuit.»

En ce qui concerne les plans de travail, M. Cliche assure qu’ils sont mis à jour «le plus souvent et le plus rapidement possible». S’il reconnaît que leur actualisation peut représenter un défi, il rappelle que les préposés ont la responsabilité d’aller les consulter régulièrement pour être au courant des mises à jour.

Le CIUSSS MCQ assure enfin que, même si la pénurie de main-d’œuvre se fait cruellement sentir, en particulier en période estivale, les soins essentiels sont tous donnés.

«Ça fait des années qu’on le dit»

De son côté, bien qu’il affirme ne pas avoir été témoin des situations décrites ci-haut, le Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers (SPPSAM-CSN) du CIUSSS MCQ, qui représente notamment les préposés aux bénéficiaires, rappelle que les différents syndicats du CIUSSS MCQ dénoncent depuis plusieurs années les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre sur la qualité des services offerts dans les établissements de la région.

«Malgré l’embauche de personnel, on constate toujours autant de départs, souligne Pascal Bastarache, président du SPPSAM. Il y a des personnes qui prennent leur retraite, mais aussi des personnes qui démissionnent parce qu’elles n’en peuvent plus. Ça commence à être de plus en plus récurrent, surtout chez les préposés aux bénéficiaires. Alors même si on embauche une cinquantaine de personnes en un mois, s’il y a autant de départs, on n’arrive pas au bout.»

Dans une telle situation, il n’est alors pas impossible que des soins soient retardés ou diminués. «Dans certains cas, ça prend deux ou trois préposés pour déplacer un patient, pour ne pas mettre sa sécurité et celle des employés en danger, illustre-t-il. Mais si on a besoin sur place de quatre ou cinq personnes pour faire un travail et qu’il n’y en a qu’une, on va comprendre que cette personne va faire son possible, mais avec les moyens qui lui sont donnés.»

Si la situation est pire l’été, c’est en raison de la période des vacances. De nombreux employés, dont les préposés aux bénéficiaires, prennent quelques jours ou semaines pour souffler et le CIUSSS, qui peine déjà à recruter et garder son personnel, n’arrive manifestement pas à remplacer les absents. La situation n’est pas meilleure dans les autres CHSLD de la région, assure par ailleurs M. Bastarache. Il croit cependant que le CIUSSS peut agir pour en limiter les impacts.

«Présentement, on dénote un changement d’attitude à la direction du CIUSSS, concède-t-il. Il faut travailler sur l’attraction et la rétention, et on le voit de plus en plus dans leurs actions. Mais je suis convaincu que pour que la pénurie cesse, il faut travailler sur les conditions travail. Et ça tombe bien, on entrera en négociations avec le gouvernement (pour le renouvellement des conventions collectives) sous peu.»