Le président du Regroupement des gens d’affaires de Shawinigan, Claude Villemure.
Le président du Regroupement des gens d’affaires de Shawinigan, Claude Villemure.

PCU: des impacts «désastreux» dans certains secteurs

TROIS-RIVIÈRES — Le maintien jusqu’à la fin de l’été de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) par le gouvernement fédéral met des bâtons dans les roues des entreprises oeuvrant dans différents secteurs, dont la restauration et la fabrication manufacturière, en cette période de relance et de déconfinement. 

C’est le constat que font plusieurs intervenants du milieu économique et entrepreneurs de la région. Unanimement, ils considèrent que la PCU constitue un incitatif pour les gens à rester chez eux au lieu de retourner au travail, ce qui complique passablement les choses afin d’embaucher une main-d’oeuvre suffisante.

«C’est désastreux. Je ne suis pas impressionné par la décision [du premier ministre du Canada, Justin Trudeau], de prolonger le programme. On attendait plutôt qu’il y mette fin. Je ne sais pas qui le conseille, mais ce n’est pas un entrepreneur, c’est certain», lance le président du Regroupement des gens d’affaires de Shawinigan, Claude Villemure.

Le nouveau président de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, Jean Pellerin.

Les propos du ministre du Travail du Québec et député de Trois-Rivières, Jean Boulet, rapportés par Le Journal de Montréal lundi, sont donc de la musique à leurs oreilles. Ce dernier a en effet déploré que la PCU freine la relance d’entreprises de plusieurs secteurs qu’il considère essentiels pour l’économie québécoise.

«On est d’accord avec le ministre», déclare sans hésiter le nouveau président de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, Jean Pellerin.

Rappelons que l’annonce de la prolongation de la PCU la semaine dernière fera passer la somme totale qui y sera consacrée à plus de 71 milliards de dollars.

Stratagèmes douteux

Ayant échangé avec plusieurs de ses membres restaurateurs depuis la réouverture il y a maintenant deux semaines, M. Villemure soutient que plusieurs d’entre eux passent pratiquement tout leur temps dans leur établissement en raison du manque de main-d’œuvre. Et comme si ce n’était pas assez, certains ont même dû se résigner à congédier des employés de longue date car ces derniers ne voulaient pas revenir travailler tout de suite car ils préféraient continuer à toucher la PCU. Dans certains cas, les employés congédiés ont même poussé l’audace jusqu’à demander à l’employeur d’inscrire «manque de travail» comme raison de la fin du lien d’emploi…

D’autres travailleurs de la restauration, désireux ceux-ci de remettre leur tablier, ont tout de même demandé à leur employeur s’il était possible de ne pas être rémunérés afin de pouvoir continuer à toucher la PCU et de recevoir leur dû seulement lorsque le gouvernement Trudeau mettra fin au programme. Alors qu’il semblerait que certains employeurs aient dit oui à cette pratique douteuse, voire frauduleuse, les dirigeants de la micro-brasserie Le Temps d’une pinte ont dit non sur-le-champ lorsque ce scénario a été évoqué. Pour Alain Rivard, un des membres fondateurs de la coopérative regroupant également Le Torréfacteur, il n’était pas question de mettre la main dans un tel engrenage. En plus d’être illégale, cette pratique pourrait placer des restaurateurs dans une situation financière précaire, qui devraient en effet payer d’importantes sommes à l’automne, alors que leur chiffre d’affaires sera à des lunes de celui de la période estivale, et ce, malgré la nouvelle réalité post-COVID-19. Néanmoins, seulement une dizaine d’employés sur les 50 qui ont été rappelés ont fait allusion à cette possibilité, ou ont simplement demandé d’être rappelés lorsque l’employeur sera en mesure de leur garantir un emploi à plein temps. En raison des mesures mises en place pour respecter les recommandations de la Santé publique, Le Temps d’une pinte ne peut accueillir qu’une cinquantaine de personnes sur sa grande terrasse, soit seulement la moitié qu’en temps normal. Les besoins en personnel ont évidemment suivi la même courbe descendante.

«Par contre, il y en a plusieurs qui n’ont pas calculé et qui voulaient juste revenir travailler [que ce soit 15 heures ou 35 heures par semaine]», mentionne M. Rivard.

Le fondateur et copropriétaire de la Distillerie Wabasso, Maxime Vincent.

Le milieu manufacturier également touché

Il n’y a pas que dans les restaurants que les effets pervers de la PCU se font sentir. Les entreprises manufacturières peinent également à combler leurs besoins en main-d’oeuvre, et du même coup, à relancer leur production à un niveau leur permettant de fournir leurs clients.

«Au début de la crise, c’était facile pour un employeur de demander à son employé de s’en aller chez lui et de demander la PCU. Mais maintenant, la reprise est enclenchée, mais on est en pénurie de main-d’oeuvre. Oui, le gouvernement a donné de l’argent aux individus pour les aider, mais là, on vit l’effet pervers de la mesure. C’est un incitatif à rester à la maison. […] Les manufacturiers ont besoin de la ressource que sont leurs employés», mentionne le président des Manufacturiers de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Cyrille Morvan.

Devant également composer avec des employés qui se font tirer l’oreille pour rentrer au travail, certaines jeunes entreprises qui avaient le vent dans les voiles avant la crise et qui l’ont toujours aimeraient également bénéficier d’un coup de pouce pour continuer à aller de l’avant. C’est notamment le cas de la Distillerie Wabasso de Trois-Rivières, réputée pour son gin du même nom. En plus de déplorer que la PCU n’aide pas les entrepreneurs à trouver ou même à retrouver leur main-d’œuvre, son fondateur et copropriétaire, Maxime Vincent, considère que les programmes en place pour aider les jeunes entreprises comme la sienne ne sont plus pertinents dans la situation actuelle.

«J’avais décidé, pendant la COVID, d’engager un étudiant cet été pour nous aider car ça va bien. [Mais avec la PCU], il n’existe pas beaucoup d’incitatifs pour aller travailler. […] Il n’y a même pas de crédit d’impôt à l’embauche et je n’ai pas le droit au 75 % de subvention pour la masse salariale car ça va bien. À cause que ça va bien, je dois m’arranger», laisse-t-il tomber.