La Tuque a connu un nouvel épisode de rupture de services ambulanciers.
La Tuque a connu un nouvel épisode de rupture de services ambulanciers.

Patient transporté par les pompiers, faute d'ambulances, à La Tuque

La Tuque — Une rupture de service dans la couverture ambulancière a forcé le transport d'un patient par camion de pompier, à La Tuque, vendredi en fin d'après-midi. Bien que trois véhicules ambulanciers assurent habituellement le service sur le territoire, aucun n'était disponible pendant plus d'une heure, selon les informations obtenues par Le Nouvelliste. Les horaires de faction sont pointés du doigt pour expliquer une situation qui serait moins exceptionnelle que ne laissent entendre les autorités sanitaires et qui vient à nouveau illustrer l'urgent besoin d'une réforme de l'organisation du travail, martèle le syndicat des ambulanciers.

Ce sont les règles de la CNESST qui régissent les horaires de faction. Ceux-ci voient les ambulanciers travailler des périodes de sept jours consécutifs, durant lesquels ils doivent se montrer disponibles 24 heures sur 24. Or, s'ils ne bénéficient pas d'une pause consécutive de 8 heures durant 24 heures, ou de 4 heures durant une période de 16 heures, ils sont de facto placés en pause forcée, rappelle Michel Beaumier, président du Syndicat des ambulanciers paramédicaux du Cœur-du-Québec. C'est ce qui est arrivé à deux des trois paires d'ambulanciers, à quelques heures d'intervalles vendredi, laissant à une seule ambulance la responsabilité de l'entièreté du territoire, indique-t-il.

Toujours selon ce que rapporte le syndicat des ambulanciers, vers 17 h, tandis qu'il restait encore plus d'une heure avant le retour d'une des deux équipes, la seule ambulance qui demeurait disponible a répondu à un appel pour un transfert non urgent. Quelques minutes plus tard, un appel «priorité zéro», signifiant que la vie d'un patient est en jeu, a été reçu au centre de communication santé. Une ambulance avait bien été demandée du côté de Grand-Mère pour pallier l'absence d'intervenants sur le territoire, mais celle-ci était encore à plus d'une heure de route, semble-t-il. C'est là que l'aide des pompiers aurait été demandée.

Du côté des pompiers, on confie que l'intervention a suscité un certain malaise. «Quand on prend une décision qui dépasse le cadre de nos tâches, il y a des risques associés à ça», commente Serge Buisson, directeur du service incendie de La Tuque. «Si la personne décède entre le lieu de résidence et l'hôpital, le premier qui est blâmé, c'est moi», déclare-t-il. La personne a été transportée dans le véhicule qui sert habituellement de poste de commandement, relate M. Buisson. Victime d'un coup de chaleur, la personne aurait fait une chute et on aurait préféré l'immobiliser sur une planche dorsale par mesure de prévention, explique le directeur incendie.

M. Buisson indique que c'est lui qui a ultimement pris la décision de prendre le transport en charge, malgré la responsabilité que cela supposait. «Un coup de chaleur, tu ne niaises pas avec ça», insiste-t-il. Au moment où ses hommes étaient sur place, l'ambulance était encore à «un bon 30 minutes», relate-t-il. La personne ne pouvant pas être prise en charge dans un véhicule de police, il s'en est remis à son sens du devoir, même s'il insiste pour dire que «je n'aime pas ça jouer sur la ligne comme ça».

Le syndicat des ambulanciers convient que les demandes de transport ont bel et bien diminué depuis le début de la pandémie, mais comme les gens attendent davantage avant de solliciter des services d'urgence, leur condition est souvent plus sérieuse et les interventions plus difficiles. Qui plus est, suivant les nouveaux protocoles mis en place depuis le déclenchement de la crise sanitaire, les policiers n'interviennent plus dans les cas d'accident cardio-respiratoire, laissant aux ambulanciers le soin de le faire.

La version du CIUSSS-MCQ

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS-MCQ), la version du fil des événements diffère quelque peu. On soutient en effet que le transfert du patient jugé non prioritaire a été autorisé avant que la deuxième équipe ne soit poussée en pause obligatoire. C'est un volume d'appels important et inattendu, après ledit transfert, qui aurait mené à la situation, maintient Guillaume Cliche, agent d'information pour le CIUSSS-MCQ.

M. Cliche relate qu'au cours de la période du 1er avril 2019 au 31 mars 2020, des équipes d’ambulanciers de Grand-Mère n'ont été appelées en renfort qu'à 11 reprises et qu'elles n'ont eu à répondre qu'à 4 appels. Il souligne par ailleurs que le CIUSSS-MCQ a fait des représentations auprès du gouvernement voulant que la proposition mise de l'avant par le syndicat, qui verrait une des trois ambulances de La Tuque déployée sur la base d'un horaire à l'heure, s'avère viable.