La Leaf de Nissan est considérée comme une pionnière dans le développement des voitures électriques.
La Leaf de Nissan est considérée comme une pionnière dans le développement des voitures électriques.

Pas une mince affaire, le virage électrique

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Les ventes de véhicules neufs se sont essoufflées au Canada en 2019 et Nissan a suivi la tendance. Selon le rapport de ventes de la firme spécialisée DesRosiers pour le mois de novembre, ces ventes avaient reculé de 3,5 % depuis le début de l’année pour l’ensemble des constructeurs.

Chez Nissan, la baisse atteignait 8,6 % après 11 mois. Tout près de 117 000 véhicules de cette marque avaient été vendus à travers le pays, comparativement à 128 000 pour les 11 premiers mois de 2018.

Steve Milette, président de Nissan Canada, n’y voit aucun signe alarmant.

«Il y a une diminution dans l’industrie automobile au Canada», reconnaît-il. «Le sommet a été atteint en 2017. Les chiffres ne sont pas dramatiques comme en 2008 aux États-Unis. Qu’on parle de 1,9 million d’unités vendues ou de 2,03 millions, c’est quand même beaucoup.» Au cours des onze premiers mois de 2019, il s’était vendu 1,87 million de véhicules au pays.

«Les voitures sont aussi plus résistantes, durent beaucoup plus longtemps», ajoute M. Milette. «Le cycle de remplacement est plus long aujourd’hui qu’il y a dix ans. Il y a aussi le taux d’endettement des Canadiens qui augmente depuis une décennie. Ça a probablement freiné la croissance continue de notre industrie.»

Dans un horizon plus large, le président fait remarquer que Nissan a fait des pas de géants au pays au cours de la présente décennie.

«C’est une marque qui a progressé énormément», pointe-t-il. «C’était une entreprise sous-performante au Canada avant 2012. Entre 2012 et 2018, les ventes ont augmenté de 82 %, grâce à l’introduction de produits dans de nouveaux segments, du fait que la compagnie est devenue plus agressive et qu’elle a grandement amélioré son image de marque.»

«Nous avons atteint une importance qui fait en sorte que nous ne cherchons plus nécessairement à augmenter nos volumes de 82 %, mais on cherche à devenir plus sophistiqués dans ce qu’on fait, avoir les meilleurs points de vente. Nous voulons être des leaders dans la satisfaction de la clientèle. Nous voulons aussi nous assurer d’augmenter la valeur résiduelle de nos produits.»

Électrification

Nissan s’est notamment fait un nom au cours des dernières années avec le développement de la Leaf, un véhicule complètement électrique abordable considéré comme une référence dans le marché. Un nouveau concept, Ariya, a également été dévoilé au dernier Salon de l’auto de Tokyo, en octobre.

Mais en analysant les statistiques de la firme DesRosiers, on constate que la baisse des ventes en 2019 est justement provoquée par l’affaissement de l’intérêt pour les voitures, dont le déclin frise 16 % en un an. Pendant ce temps, les ventes de camions légers augmentaient de près de 2 %. Depuis le début de l’année, il s’est vendu 1,3 million de camions légers au Canada et un peu moins de 550 000 voitures.

«C’est un virage qui est compliqué car pendant des décennies, nous avions des moteurs à combustion», explique M. Milette. «Mais là, on sent que l’électrification, c’est vraiment le futur. Le gouvernement du Québec et celui du Canada ont le désir que les fabricants aillent de ce côté en raison des bienfaits sur l’environnement.»

«On sait que ça s’en vient, mais sans le soutien gouvernemental, ce serait beaucoup moins rapide comme transition», enchaîne-t-il. «Nous l’avons vu en Ontario. Le gouvernement précédent proposait un rabais de 14 000 $ à l’achat de véhicules électriques. Quand le nouveau gouvernement est arrivé, c’est tombé à 0 $. L’industrie des voitures électriques en Ontario a chuté dramatiquement. Mais au Québec, ça va très bien.»

Peu importe le rythme, la transition vers un transport plus vert est devenue inévitable, rappelle M. Milette.

«Ça rend notre travail excitant à moyen et à long terme. Les changements qui s’en viennent, au cours des dix prochaines années, seront probablement aussi significatifs que ceux des 75 dernières.»