Avant le confinement, Francine se rendait visiter son mari au moins trois fois par semaine et l’emmenait se promener, ce qui lui faisait le plus grand bien, lui qui a besoin de bouger.
Avant le confinement, Francine se rendait visiter son mari au moins trois fois par semaine et l’emmenait se promener, ce qui lui faisait le plus grand bien, lui qui a besoin de bouger.

Pas tous égaux, les proches aidants

TROIS-RIVIÈRES — Malgré le retour progressif des proches aidants significatifs dans le réseau de la santé, tous n’auront pas la chance de retourner auprès de la personne aidée, et ce, pour diverses raisons. Devant la complexité du processus et les règles parfois jugées trop strictes, des voix s’élèvent aujourd’hui pour demander un assouplissement des règles et des mesures pour permettre à plus de proches aidants de retourner près de ces aînés qui en ont besoin.

Le mari de Francine (nom fictif, car elle craint les représailles auprès de son conjoint) souffre d’Alzheimer malgré son relatif jeune âge. Hébergé en CHSLD, il est tout de même en mesure de s’habiller et de manger seul en plus de se déplacer sans assistance. Avant le confinement, Francine se rendait le visiter au moins trois fois par semaine et l’emmenait se promener, ce qui lui faisait le plus grand bien, lui qui a besoin de bouger.

Francine ne pourra pas retourner auprès de son mari, du moins pas pour l’instant. «On m’a dit que je n’étais pas une proche aidante significative, puisqu’il n’a pas besoin de moi pour manger ou marcher. Au mieux, on nous propose de les visiter dans des parloirs. Mais ce n’est pas de ça dont il a besoin. Il a besoin de ma présence, de venir marcher avec moi, de savoir que je suis là», explique-t-elle, ne cachant pas sa frustration devant cette décision.

À lire également:

Francine s’inquiète d’autant plus que la médication de son mari aurait été changée durant le confinement, et ce, sans qu’elle en soit informée. «Je peux le voir une fois par semaine en vidéo. Mais la dernière fois il dormait dans sa chaise, à 11h du matin. Ce n’est pas lui et ça ne lui ressemble pas», s’inquiète la dame, qui a alors appris que sa médication avait été changée, une information qu’elle n’avait pas obtenue. Elle a demandé à voir son dossier médical, ce qui lui aurait été refusé. Avant le confinement, elle avait le droit d’avoir accès à ces documents.

«On est loin et on n’a aucun moyen de savoir ce qui se passe. C’est ça qui m’angoisse. Oui, on nous appelle pour nous donner des nouvelles, mais tout ce qu’on m’a dit l’autre jour, c’est: il dort, il mange, il pleure. Ce n’est rien pour me rassurer. Je crois qu’il devrait y avoir un assouplissement des règles. Moi je suis prête à me conformer à toutes les mesures sanitaires. Je suis prête à y retourner demain matin», lance-t-elle.

Pour Benoît (également nom fictif), impossible depuis deux mois de se rendre visiter ses parents, qui habitent ensemble en résidence. Sa mère souffre d’un problème de motricité et son père fait de la démence. Ensemble, ils forment «une super équipe», nous dit Benoît, mais c’est évidemment en pouvant compter sur l’appui de leurs enfants, qui se partagent différentes tâches, dont les courses et la paperasse administrative.

Depuis le confinement, impossible pour Benoît d’aller les voir, lui qui souffre d’une maladie dégénérative et incurable. Il a lui-même dû se confiner, sa santé étant très fragile.

«Ça crée toutes sortes de stress et de désagréments. Ils ont eu des problèmes avec leur service de câblodistribution l’autre jour. J’aurais voulu les aider mais je n’avais pas les papiers et je ne pouvais pas aller les chercher», cite-t-il en exemple.

La difficile situation crée parfois de la tension au sein du couple, une tension qui, autrefois, pouvait être désamorcée par une simple visite des enfants afin de régler le problème. Aujourd’hui, il faut que le tout se fasse par téléphone, ce qui n’est pas toujours évident, notamment en raison de la santé de son père.

«On nous dit qu’on peut se parler avec la tablette. Mais pour ma part, je n’ai qu’une mince rente de retraite. Je n’ai pas les moyens de me payer ça, une tablette, et c’est le cas de beaucoup de monde», mentionne-t-il, faisant remarquer qu’à travers la volonté de garder le contact et d’aider, tous ne sont pas égaux.

Le retour du beau temps permettra peut-être à Benoît de se rendre à la résidence de ses parents afin de les voir, mais à l’extérieur et à plus de deux mètres de distance. Une mince consolation pour celui qui aimerait pouvoir mieux les soutenir dans cette période complètement surréaliste.