Pierre-Luc Fortin, conseiller municipal et président du comité de toponymie.
Pierre-Luc Fortin, conseiller municipal et président du comité de toponymie.

Pas simple, la toponymie à Trois-Rivières

Marc-André Pelletier
Marc-André Pelletier
Initiative de journalisme local - Le Nouvelliste
Trois-Rivières — La proposition de la conseillère Mariannick Mercure de faire une plus grande place aux femmes dans la toponymie trifluvienne ramène à l’avant-plan une discussion qui est chère au président du comité de toponymie Pierre-Luc Fortin: une plus grande variété dans l’attribution des noms donnés aux différentes artères de la ville.

Pointé du doigt, ainsi que son équipe, par la représentante du district Des Forges en marge de la dernière séance du conseil municipal, celui qui est aussi conseiller du secteur des Estacades ne s’en cache pas: il souhaite une meilleure représentation féminine, mais affirme du même souffle que ce n’est pas si facile à mettre en place, malgré son bon vouloir.

Rappelons que Mme Mercure souhaite que d’ici 2040, la toponymie fasse place à deux femmes pour chaque homme afin de combler un retard.

«On a une sensibilité. Il y a vraiment un déficit au niveau des femmes. Je suis d’accord avec l’idée d’une discrimination positive. C’est clair qu’il faut améliorer la situation. On a commencé, notamment, en garnissant de plus de plus notre banque de noms de femmes», explique Pierre-Luc Fortin.

Le principal intéressé précise cependant que la Ville ne peut aller de l’avant qu’avec les nouvelles rues développées, car il serait trop compliqué de revoir la toponymie des artères déjà existantes.

«On est limité par le nombre de rues qu’on ouvre et ce n’est pas recommandé de nommer des rues au nom de personnes qui ne sont pas décédées. Il y a toujours une sensibilité chez les familles des gens à qui on donne une rue.»

L’histoire a également montré que les exploits d’une certaine époque peuvent perdre de leur lustre quelques années plus tard, comme ce fut le cas à Trois-Rivières justement, avec la rue Roger-Garceau qui a créé un malaise il y a un peu plus d’un an, alors que l’homme s’avérait un présumé prédateur sexuel.

«C’est mieux d’attendre parfois, parce qu’on découvre des choses sur des gens. Dans un cas comme celui-ci, il faut y aller le moins possible sur les émotions. C’est important que les décisions du comité de toponymie reflètent la réalité du conseil municipal. C’est vrai toutefois que certains systèmes favorisent les hommes actuellement, comme le monde du sport», concède-t-il.

Pierre-Luc Fortin assure toutefois que beaucoup de chemin a été parcouru depuis environ cinq ans à ce chapitre. Il cite en exemple la renaissance du comité de toponymie en 2015.

«Avant de ramener le comité, les noms s’attribuaient comme ça, sans considérer la place de personnes importantes dans l’histoire de la ville. Pire encore, certains promoteurs immobiliers qui investissaient dans différents secteurs de Trois-Rivières pouvaient eux-mêmes décider du nom des rues et leur donner le nom de leurs enfants, par exemple. On s’est réapproprié nos noms de rues et on a ouvert le comité de toponymie à la représentation citoyenne. C’est un bon pas», énumère M. Fortin.

Une rencontre doit avoir lieu avant Noël avec la conseillère Mercure notamment pour faire avancer le dossier.

«Il faut trouver des moyens, c’est clair. Je suis très à l’aise à parler, échanger et comprendre», a conclu le président du comité de toponymie.