Laurent Rocheleau, 82 ans, s’inquiète pour sa femme qui réside en CHSLD, alors que les mesures gouvernementales ne lui permettent pas d’aller lui rendre visite.
Laurent Rocheleau, 82 ans, s’inquiète pour sa femme qui réside en CHSLD, alors que les mesures gouvernementales ne lui permettent pas d’aller lui rendre visite.

Pas facile pour les proches

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Laurent Rocheleau angoisse ces jours-ci. Le Trifluvien de 82 ans n’a plus la possibilité d’aller rendre visite à son épouse qui vit au CHSLD du centre Cloutier-du Rivage. Or, dimanche dernier, il a reçu un téléphone lui annonçant qu’elle venait de faire une chute. Une autre. La cinquième depuis son entrée dans ce CHSLD, le 8 janvier dernier, affirme-t-il.

Confiné dans sa maison en raison de son âge, et ne pouvant aller la voir, car les visites sont interdites dans les CHSLD, M. Rocheleau s’inquiète désormais de la surcharge de travail que signifie l’absence des proches aidants dans les CHSLD pour le personnel en place qui doit assurer le service pendant la pandémie de COVID-19.

«Les préposés travaillent bien, ils sont gentils et ils font ce qu’ils peuvent. Mais là, je constate que ça peut toucher la sécurité. C’est la cinquième fois qu’elle chute, et là je ne suis pas là pour pouvoir l’aider. Il ne faut pas que ça mette en péril la sécurité de notre monde», considère M. Rocheleau.

Ce dernier explique qu’avant les mesures gouvernementales demandant aux personnes de 70 ans et plus de ne pas sortir de chez elles, de même que l’interdiction des visites en CHSLD, il se rendait visiter sa femme tous les deux jours et pouvait passer l’après-midi avec elle. Il n’est pas le seul dans son cas, car des membres des familles se rendaient aussi visiter les autres personnes que la dame côtoie dans ce centre, une présence qui, inévitablement, venait parfois alléger la surveillance que les préposés doivent faire à travers toutes les autres tâches.

«On me dit qu’ils n’ont pas le droit de contention. Ma femme n’avait plus la force physique pour être à la maison, sa condition ne le permettait plus. Mais je ne peux m’empêcher de penser parfois qu’elle aurait été mieux de rester à la maison. Être en fin de vie ne veut pas dire qu’on ne peut pas avoir une belle vie quand même. Il faut respecter les mesures gouvernementales, mais il ne faut pas que ça vienne mettre en péril la sécurité des résidents», considère M. Rocheleau.

CIUSSS-MCQ

Au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, on indique ne pas pouvoir commenter un cas particulier en raison de la confidentialité des dossiers. Par contre, on assure qu’en ces temps où les proches aidants n’ont plus la possibilité de visiter les aînés dans les CHSLD, diverses mesures sont mises en place pour soutenir le personnel soignant.

Selon Sébastien Rouleau, directeur du programme Soutien à l’autonomie de la personne âgée au CIUSSS-MCQ, les étudiants des divers domaines de la santé dans la région ont été mis à contribution en ce temps de crise, et réussissent ainsi à venir combler les structures afin d’assurer tant la surveillance que les soins aux personnes âgées dans les CHSLD notamment.

Ainsi, les équipes de réadaptation de même que plusieurs corps de métiers dont la nature du travail est présentement mise sur pause en raison des mesures de distanciation sociale, comme les récréologues, sont également mis à contribution pour prêter main-forte aux équipes en place, note Sébastien Rouleau.

«L’apport des familles est très important. Nous sommes conscients de ce que la situation impose aux familles, que ce n’est pas facile. Présentement, nous avons mis en place un système qui établit le contact avec l’ensemble des familles au moins deux fois par semaine pour leur fournir des renseignements généraux. Si les proches ont par la suite des questions plus spécifiques, nos agents les prennent en note pour qu’un membre du personnel soignant puisse faire un suivi rapide avec la famille afin de les renseigner et de les rassurer», mentionne M. Rouleau.

La codirectrice médicale du programme Soutien à l’autonomie de la personne âgée, la Dre Caroline Dostie, rappelle que les mesures de contention ont été proscrites par le ministère de la Santé il y a déjà un bon moment, puisqu’il a été déterminé qu’elles pouvaient être plus dangereuses qu’utiles. «Des mesures alternatives ont été mises en place, dont les tapis sonores prévenant lorsque la personne tente de quitter son lit. Les mesures sont mises en place en fonction de l’évaluation de chaque personne et de ses besoins», explique la Dre Dostie.

En ces temps de crise sanitaire, elle explique par ailleurs que la couverture médicale dans les CHSLD du territoire continue d’être assurée par la présence d’un médecin 24 heures sur 24. Il est d’ailleurs prévu que les listes de garde soient doublées par mesure préventive, si un médecin avait à s’isoler en raison de la COVID-19, afin de s’assurer qu’il n’y ait aucune rupture de couverture médicale pour les résidents.