La Régie a décidé de réduire les heures d'ouverture du LES de Saint-Étienne-des-Grès.

Pas de vacances pour les cadres à la Régie des matières résiduelles

Difficile de joindre la responsable des communications de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie, jeudi. C'est qu'en plus de son travail habituel, Sylvie Gamache doit conduire... un camion Komatsu, une tâche qu'elle a dû apprendre sur le tas, comme la douzaine de cadres de la Régie qui, tour à tour, se relaient pour faire le travail des cols bleus en grève depuis plus d'un mois et demi.
Le président de la Régie, René Goyette, tient en effet à ce que la grève n'ait pas d'échos sur les services aux citoyens.
«Tous les cadres prennent la relève», dit-il, en faisant part de sa plus grande admiration envers eux. «Je ne leur ai rien demandé. L'un va sur la balance, l'autre sur un camion. Je capote», dit-il, visiblement extrêmement heureux de ce degré de collaboration.
«Ils font de tout. Ils sont sur les compacteurs, sur la balance, sur les loaders, sur le traitement des boues. Ils font toute la job au complet», résume-t-il. «Je suis fier.»
Pas de vacances pour les cadres de la Régie, cet été, donc, du moins pas tant que le conflit ne sera pas réglé.
Certes, les services essentiels sont assurés par le personnel syndiqué, «mais il y a d'autres tâches qu'on doit effectuer qui sont les opérations d'enfouissement et le traitement des eaux usées. Toutes ces tâches-là sont effectuées par les cadres depuis le début de la grève», explique Sylvie Gamache.
«C'est certain qu'on est supervisé pas des gens qui ont les compétences. La plupart des cadres sont là en renfort. Mais à chaque jour de grève, nos compétences augmentent», fait-elle valoir.
Cette dernière ne cache pas que les cadres, qui cumulent deux emplois bien malgré eux, en sont maintenant arrivés à «mettre en priorité les priorités» pour pouvoir boucler leur travail.
Pour donner un peu d'air à ses cadres, dans ce contexte, la Régie a donc décidé de réduire de trois heures les heures quotidiennes de réception des camions qui livrent les matières résiduelles au lieu d'enfouissement sanitaire de Saint-Étienne-des-Grès.
«On a changé un peu nos heures. Mardi, certains cadres sont entrés à 4 h 15. Il faut respirer un peu», fait valoir M. Goyette, «et s'assurer qu'on puisse donner le service à la clientèle le plus longtemps possible», fait-il valoir. «Je ne peux pas demander des 12 heures aux employés cadres. Je veux m'assurer que l'équipe va résister le plus longtemps pour donner le service le plus longtemps possible aux contribuables», dit-il.
C'est que la situation entre la Régie et sa douzaine de cols bleus est aussi immobile qu'une journée chaude sans vent.
«C'est pas mal au point mort», confirme le président du Syndicat régional des employés municipaux de la Mauricie, Mario Mongrain. «Le conciliateur avait déposé une solution de règlement, il y a à peu près deux semaines (le 19 juin)», dit-il. Cette offre est à l'étude, indique M. Mongrain, mais elle ne contient «à peu près rien», précise-t-il.
Du côté de la Régie, «on ne se prononcera pas tant et aussi longtemps que les cols bleus ne se prononceront pas», a fait valoir jeudi le président de la Régie.
«Les boss ont l'air à s'enligner pour passer de belles vacances», en conclut Mario Mongrain.
«Ils n'auront pas de vacances», reconnaît René Goyette. «Je leur lève mon chapeau. Je suis content de l'équipe qu'il y a là. Je suis surpris. Je n'ai jamais eu à mettre le poing sur la table pour dire qu'on va faire ça.»
Ce dernier reconnaît que la réduction des heures d'ouverture du LES de Saint-Étienne-des-Grès crée quelques inconvénients pour les entreprises qui font la collecte des déchets. «On était ouvert de 6 h à 18 h. C'est une grève et il n'y a pas une grève qui ne crée pas de petits inconvénients», fait-il valoir.
Maintenant, une heure a été retranchée le matin et deux heures en fin de journée, explique Mme Gamache. «C'est certain que ça va demander une contribution de tout le monde au niveau de l'organisation», dit-elle. «Mais on n'a pas été abusif, je pense, dans l'ajustement des horaires. Ça va nous permettre de faire des quarts de travail plus équilibrés et d'assurer les services sur une plus longue période», dit-elle.
M. Goyette affirme que la situation n'affecte pas la compétence récupération et recyclage de la Régie.
Le Nouvelliste a tenté d'obtenir, mais en vain, les commentaires de deux entreprises de collecte, Matrec et RCI Environnement.
Le président de la Régie ne cache pas qu'il aurait beaucoup aimé aller aider ses cadres. Toutefois, la loi ne lui permet pas. Seuls les cadres peuvent faire le travail des grévistes, explique-t-il.
«On espère encore un règlement. On est toujours en mode solution et on espère toujours que ça va se terminer le plus tôt possible», indique Sylvie Gamache.
Quelques faits et chiffres
> Des grèves de 24 heures ont été déclenchées par les syndiqués les 4 et 24 avril.
> Les syndiqués ont voté à 75% en faveur d'une grève générale illimitée le 29 avril.
> Les cols bleus syndiqués se sont présentés à la séance publique du conseil municipal de Trois-Rivières le 5 mai afin de dénoncer l'attitude de la direction.
> Les parties ont participé à une séance de conciliation le 10 mai. Selon le syndicat, cette dernière avait été peu productive.
> À quelques heures du déclenchement de la grève générale, les cols bleus syndiqués ont rendu visite aux élus de Shawinigan lors de la séance du conseil municipal du 13 mai.
> La grève générale illimitée a débuté le 14 mai.
> 24 cols bleus sont touchés par ce conflit.
> Des offres patronales ont été rejetées massivement par les syndiqués le 14 mai et le 10 juin.
> Le contrat de travail est échu depuis plus de deux ans.