André Drouin, père du code de vie d'Hérouxville, présente un mémoire devant la commission parlementaire sur la charte de la laïcité, en compagnie du professeur de l'UQTR Ghislain Parent et de la citoyenne Louise Hubert.

Pas de place pour les accommodements, clame André Drouin

«Ça fait sept ans que je répète la même chose. En sept ans, tout ce qu'on a réussi à faire, c'est de tourner en rond. À force de tourner en rond, on creuse un trou duquel on ne peut plus sortir». Le passage, mercredi, de l'ex-conseiller municipal de Hérouxville, André Drouin, à la commission parlementaire sur la Charte de la laïcité a été très remarqué dans les couloirs de l'Assemblée nationale, à Québec.
Venu pour appuyer le mémoire présenté par le professeur titulaire de l'UQTR Ghyslain Parent, en collaboration avec Louise Hubert, André Drouin avait pratiquement les allures d'un témoin vedette, se faisant accoster à droite et à gauche par tous les journalistes intéressés à lui soutirer quelques mots ou quelques impressions sur le débat actuellement en cours.
Son collègue Ghyslain Parent n'a d'ailleurs pas manqué de faire rire les parlementaires présents lors de son entrée en matière, et de sa justification pour être allé chercher l'appui de M. Drouin à la présentation de son mémoire. «Avant de le connaître, je pensais que c'était un imbécile. Je croyais qu'il voulait lutter contre les musulmans. Mais ce n'est pas vrai, on veut la même chose, soit la cohésion et la paix sociale. C'est un homme de vision, un précurseur. On doit cette commission un peu à lui, il nous a fait cheminer», a souligné M. Parent.
Si Ghyslain Parent a surtout concentré son argumentaire autour de la question du port de signes religieux dans les institutions d'enseignement, André Drouin a insisté sur l'importance de bannir toute forme d'accommodement religieux de la société québécoise. «Ou nous vivons dans une démocratie, ou nous désirons vivre dans une théocratie. Un accommodement pour les religions, c'est un moyen de mélanger les deux, probablement la pire chose qu'on puisse faire, pire que de la dynamite», a-t-il lancé.
Questionné par la députée libérale Kathleen Weil sur le genre de balises dont le Québec aurait besoin pour gérer les accommodements religieux, M. Drouin a sursauté. «Il n'est pas question de balises, on ne devrait avoir aucun accommodement pour les religions, me semble que c'est simple. Par ailleurs, les employeurs en ont ras le bol et ne savent pas trop ce qu'ils doivent faire avec les demandes d'accommodements religieux. Ils attendent un signal de votre part», ajoute-t-il.
Sa collègue Louise Hubert a raconté de quelle façon elle avait choisi de mener son combat contre la prière à l'hôtel de ville de Trois-Rivières. Elle explique s'être sentie interpellée, en 2007, par le message lancé par André Drouin, et s'être sentie également menacée par les femmes qui portaient un voile. «Quand je rencontre ces personnes-là, avec leur signe ostentatoire, elles me tirent en plein visage que je suis une impure, une putain, que je peux me faire violer parce que je ne me soumets pas aux hommes», a déclaré Mme Hubert.
André Drouin en était à son quatrième passage à l'Assemblée nationale sur ce sujet. Outre la commission Bouchard-Taylor, M. Drouin avait témoigné lors des commissions pour les projets de loi 16 et 94, qui n'avaient finalement rien donné de concret et n'avaient jamais été adoptés.
Or, cette fois-ci, le citoyen d'Hérouxville dit sentir un ton différent dans le débat. «J'espère que cette fois-ci sera la bonne. J'ai senti une plus grande écoute de la part de tous les députés présents. Le contexte politique en est sûrement responsable, mais nous sommes à l'aube de quelque chose d'historique, et j'espère que ça va donner des résultats», a-t-il confié au Nouvelliste à la sortie de la commission parlementaire.