Un décor d'Halloween peut être réussi sans être macabre...

Pas de pendu à l'Halloween

Mannequins ensanglantés, pierres tombales, squelettes, l'horreur est à l'honneur à l'Halloween. À quelques jours de la fête préférée des petits monstres, le Centre prévention suicide les Deux Rives encourage d'ailleurs à la population à éviter les décorations qui représentent des personnages pendus ou autres scènes macabres. Une simple question de compassion, affirme l'organisme à but non lucratif.
«Pendre à un arbre ou à tout autre support un mannequin de la taille d'un être humain, c'est inacceptable dès que l'on prend conscience de l'impact émotif que peut engendrer ce geste chez une personne ayant perdu un être cher par suicide», affirme l'équipe du centre de prévention par voie de communiqué.
«Le but, ce n'est pas de bannir ces décorations, mais plus de sensibiliser les gens. Quelqu'un qui n'a pas été touché par le suicide de près ou de loin ne sera pas nécessairement conscient de l'impact qu'elles peuvent avoir», précise Mme Marie-Ève Paquin, intervenante au Centre prévention suicide.
L'organisme à but non lucratif mentionne ne pas avoir l'intention de blâmer les concepteurs de pareils décors, le but est plutôt de «les sensibiliser au choc violent qu'ils provoquent chez un endeuillé par suicide».
Si le Centre insiste sur la notion de pendaison, il souhaite que les gens prennent conscience de l'impact de toutes scènes macabres.
«Quelqu'un qui a perdu un proche dans la dernière année que ce soit par suicide ou non, et qui se retrouve à un endroit où il va voir des décorations morbides comme des morts vivants ou des pierres tombales, on ne peut pas ignorer que ça va le toucher. Il reste qu'on est tellement habitué à en voir qu'on pense que les gens sont insensibles à ça, mais il y a une sensibilité», affirme Mme Paquin.
C'est à la suite de l'appel d'une dame secouée par une telle décoration que l'organisme a décidé de sensibiliser la population.
«Sur le coup, elle pensait que c'était quelqu'un pour vrai. Elle s'est sentie très ébranlée», note Mme Paquin.
Cette dame n'était pas personnellement touchée par la suicide, mais c'était le cas d'une personne proche d'elle. Pour une personne endeuillée par le suicide, les émotions peuvent être vives.
«Ça peut lui faire carrément revivre le moment où elle a trouvé le corps», déplore Mme Paquin.
«Ça ramène au fait qu'un proche s'est suicidé. Et peu importe où elle en est rendue dans son deuil, ça va ramener des images, ça va ramener des faits qui sont reliés au suicide», ajoute Mme Paquin, en déplorant que le suicide soit banalisé dans notre société.
Selon le Centre prévention suicide les Deux Rives, pour chaque personne qui s'enlève la vie, au moins 10 personnes sont touchées par ce deuil.
Selon les plus récentes statistiques de l'Institut national de santé publique du Québec, 95 personnes se sont enlevées la vie en Mauricie et au Centre-du-Québec en 2008.
«Près de 1000 personnes de notre région sont donc confrontées à un deuil récent par suicide. Une personne de votre voisinage tente probablement de surmonter cette dure épreuve. Imaginez un peu les émotions ressenties si elle doit croiser quotidiennement sur son chemin une aussi macabre reconstitution», note l'organisme dans son communiqué.
Notons que le Centre prévention suicide n'a nullement l'intention de demander à la Ville de légiférer sur le sujet. Son but est uniquement de sensibiliser la population.
La municipalité de Saint-Jovite a déjà interdit l'exhibition d'images ou de mannequins représentant la pendaison. Mais ce règlement n'a pas survécu à la fusion avec Mont-Tremblant.
Il n'existe aucune réglementation sur le sujet à Trois-Rivières.