Marc Isabelle et Anik St-Pierre, de mêmes que leurs invités, n'arrivent pas à se faire rembourser leur billet d'avion.
Marc Isabelle et Anik St-Pierre, de mêmes que leurs invités, n'arrivent pas à se faire rembourser leur billet d'avion.

Pas de mariage à Cuba en famille, mais une facture salée

SHAWINIGAN — Après plus de 20 ans de vie commune, la chanteuse Anik St-Pierre et son conjoint, le musicien Marc Isabelle, devaient officiellement unir leur destinée au cours d'un mariage célébré devant leurs amis, à Cuba. C'était en mars dernier. La pandémie en aura décidé autrement. Aujourd'hui, plutôt que de dire «partie remise», le couple se bute à une compagnie d'aviation et à son refus de rembourser les 26 forfaits de voyage.

Le couple St-Pierre-Isabelle se retrouve dans la même situation que de nombreux Québécois, tandis que les compagnies d'aviation refusent de rembourser des vols annulés. L'enjeu a soulevé l'indignation de plusieurs et s'est taillé une place jusqu'à l'Assemblée nationale du Québec, où une motion unanime a été votée le 28 mai dernier, demandant au gouvernement du Canada «d’ordonner aux compagnies aériennes [...] de permettre aux clients dont les voyages ont été annulés en raison de la pandémie actuelle d’obtenir un remboursement». L'histoire d'Anik St-Pierre et de Marc Isabelle frappe cependant par son ampleur. En effet, les pertes combinées du couple et de leurs 24 convives avoisinent les 30 000 $.

Le plus frustrant, explique Marc Isabelle, c'est que la compagnie aérienne, Sunwing, avait d'abord confirmé par écrit qu'un remboursement complet allait être émis, soutient-il. Mais, le lendemain, dans la foulée d'une annonce par le gouvernement Trudeau visant à protéger les compagnies aériennes, le transporteur faisait volte-face, relate-t-il. Il n'était plus question que de crédits de voyage. De plus, si le forfait de compensation s'avère plus dispendieux, le voyageur devra défrayer la différence de coûts, s'il est de valeur moindre, il n'aura pas droit à un remboursement, déplore M. Isabelle.

Si le couple convient que le contexte actuel est inédit et que tous doivent faire face à la tempête, il soutient néanmoins qu'il est illusoire de pouvoir à nouveau convier les mêmes 26 personnes au même moment, pour un même voyage. « Ne serait-ce que pour la crainte qu'auront plusieurs de voyager à nouveau », font-ils valoir. Par acquit de conscience, Marc Isabelle a déjà vérifié pour voir à combien se chiffrerait le voyage, s'il devait être repris à la même date, en 2021. «Bizarrement, ça nous coûtait 1135 $ par personne cette année, mais ça nous coûterait 1950 $ l'année prochaine», observe-t-il, non sans amertume.

Le couple, qui tente d'obtenir davantage que ce que Sunwing est prêt à offrir, doit transiger par le biais de son agent de voyage, Mariage Sud, spécialisé dans ce type de forfaits. Les démarches qu'il a lui-même entreprises auprès de Sunwing ne lui auront valu qu'un accusé de réception laconique, priant les clients de s'adresser à leur agent de voyage. Là où Marc Isabelle et Anik St-Pierre en ont vraiment contre le transporteur, c'est que celui-ci refuse de transférer le crédit vers un autre voyageur. «Il y a des gens qui venaient au mariage, qui n'avaient jamais voyagé et qui ne voudront certainement pas voyager non plus à l'avenir», indique M. Isabelle. Vérification faite, il appert que la compagnie aurait bougé sur ce point. «La base du problème reste le même, quand tu n'as pas un produit au Québec, tu as le droit d'être remboursé», martèle néanmoins Anik St-Pierre.

Si le couple a fondé quelques espoirs d'obtenir une compensation via le Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages, le premier ministre François Legault déclarait le 18 mai dernier qu' «il n'y a pas assez d'argent dans le fonds d'indemnisation pour rembourser tout le monde». «Tu payes pour une assurance et tu ne peux pas t'en prévaloir», s'indigne encore M. Isabelle. Des membres du groupe ont entrepris des démarches individuelles auprès du fonds. Deux d'entre eux auraient reçu un accusé de réception, mais sans plus, soutient-il. «C'est là qu'on est rendu», laisse-t-il tomber.