La biologiste Annie Raymond a présenté deux conférences sur les impacts du Bti, mercredi. On la voit ici au Club de golf Métabéroutin.

Pas de gants de boxe pour le maringouin!

TROIS-RIVIÈRES — Malgré la présence de représentants de GDG Environnement, personne n’a sorti ses gants de boxe, mercredi, lors des conférences d’Annie Raymond sur les enjeux de l’utilisation du Bti sur l’écosystème québécois, qui se déroulaient au Club de golf Métabéroutin en matinée et à l’Auberge Gouverneur, en début de soirée.

La biologiste a plutôt enfilé des gants blancs en exposant diverses caractéristiques du Bti et ses possibles impacts sur l’environnement tout en invitant l’assistance à se forger sa propre opinion.

«Il n’y a pas de vérité absolue», a souligné la vice-présidente de la firme A.J. Environnement. «À mon avis, ce débat est, oui un débat au niveau de la biologie et de l’environnement, mais également un débat bioéthique qui dépend des valeurs de chacun.»

D’entrée de jeu, elle a exposé l’abc du Bti qui est un larvicide à action très spécifique qui a un effet létal sur les larves de maringouins et de mouches noires.

Selon elle, il n’y a aucun consensus scientifique quant aux effets du Bti sur les écosystèmes. «Le Bti demeure l’insecticide le moins toxique et le plus sélectif actuellement disponible sur le marché […]. Son innocuité pour les humains n’est pas contestée, mais au niveau des écosystèmes, les études sont partagées», a-t-elle affirmé.

Citant une étude européenne qui, convient-elle, a été contestée, elle a indiqué que les sortes et la quantité de libellules et de demoiselles étaient moins nombreuses sur des sites traités au Bti et que le succès reproducteur des hirondelles de fenêtre était en baisse.

Elle a énuméré divers impacts potentiels tels des effets sur les amphibiens comme l’induction de facteurs de stress ou des pathologies intestinales ainsi qu’une diminution des chironomes, qui ne font pas partie des insectes piqueurs. «Encore là, certaines études disent que oui [il y a des impacts], certaines études disent que non», a-t-elle précisé.

Elle questionne que l’épandage soit réalisé sur des territoires de plus en plus vastes. «Présentement, il y a de toutes petites municipalités dont le noyau urbain est une intersection et qui épandent du Bti. Donc, c’est épandu dans des milieux totalement naturels, dans des secteurs ruraux pour que des résidences isolées puissent être à l’abri des insectes piqueurs.»

Pour ce qui est de l’objectif de l’épandage du Bti, il semble se limiter à une question de confort. «Est-ce que notre confort vaut la peine de répandre du Bti? Est-ce que ça vaut la peine au niveau des dépenses monétaires, au niveau des possibles impacts sur l’environnement?», a-t-elle demandé. «Ce n’est ni blanc ni noir, chacun doit se faire son idée».

Intérêt

Cette conférence initiée par un collectif de citoyens préoccupés par les impacts du Bti a réuni près de 200 personnes aux deux endroits, soit environ 115 à Trois-Rivières et un peu plus de 70 à Shawinigan.

Aucun élu de Trois-Rivières n’était présent, mais un biologiste à l’emploi de la Ville a assisté à la présentation. À Shawinigan, les conseillers des districts des Montagnes, Claude Grenier et de la Cité, Jacinthe Campagna, ont assisté à la présentation.

À la fin de la conférence, des questions de l’assistance trahissaient une certaine inquiétude par rapport à l’impact du Bti aux deux endroits, notamment sur les effets possibles sur les abeilles, les amphibiens, les oiseaux ou même l’eau potable.

À Trois-Rivières, une des questions posées était plutôt une critique de GDG Environnement dans laquelle l’entreprise était accusée de «dénaturer la nature». Mme Raymond s’est portée à sa défense. «Ce que je ne veux pas, c’est une guerre ouverte avec GDG. Je ne suis pas en guerre contre GDG. Ils gagnent leur vie, c’est leur business. De viser une entreprise, je ne pense pas que ce soit la façon de faire, d’entrer les sentiments dans le débat non plus. Ça fait un débat qui est stérile.»

Le vice-président au développement des affaires chez GDG Environnnement, Richard Vadeboncoeur, était sur place, à Trois-Rivières comme à Shawinigan.

Contrairement à Mme Raymond, il affirme que le Bti fait l’objet d’un consensus scientifique favorable. «Nous chez GDG, ce qu’on dit aux gens, c’est d’au moins regarder la littérature scientifique qui est vraiment très, très nombreuse. Il y a peut-être un millier d’études qui ont été faites à ce jour sur le Bti», souligne M. Vadeboncoeur.

«Il y a encore des scientifiques qui disent que la planète se refroidit alors que la grande majorité disent que la planète se réchauffe, donc il faut y aller avec le consensus en science», ajoute-t-il.

André Berthiaume demande à GDG Environnement de respecter la volonté des propriétaires fonciers qui ne veulent pas d’épandage de Bti sur leur terre.

À Shawinigan, André Berthiaume a profité de la présence de représentants de l’entreprise pour passer son message.

«Je suis propriétaire d’une terre agricole et je voudrais que vous respectiez ma volonté de ne pas étendre de Bti sur ma propriété. Vous semblez très difficiles à convaincre.»

Émile Simard fait partie des citoyens de Saint-Mathieu-du-Parc qui ont milité pour l’interdiction de l’épandage de ce larvicide dans les limites de la municipalité. Il se demande pourquoi la ville voisine ne suit pas cet exemple.

«Shawinigan a-t-elle les moyens écologiques et financiers d’offrir ce service? En tout cas, le maire a l’air convaincu!»

Mme Raymond s’est permis de renchérir sur cet aspect.

«Le coût de l’épandage est relativement élevé. Souvent, quand on apporte des projets en environnement aux municipalités, elles nous répondent qu’elles n’ont pas d’argent. Quand on voit les sommes investies pour le contrôle des insectes piqueurs, ma fibre pro-environnementale a mal...»

À Trois-Rivières, des citoyens n’avaient pas l’intention de pleurer sur le sort des maringouins ou des mouches noires. «Avec ce qu’on sait, si ça peut générer plus de confort sans dommage, on y va», note Jacques Gilbert. «L’été est tellement court, je trouve que ça nous aide beaucoup», mentionne Carole Langevin.

Certains auraient aimé avoir une opinion plus tranchée de la part de Mme Raymond. «La conférencière exprimait un flou. On n’a pas pu avoir exactement une position claire», estime Pierre Foisy. Cela ne l’a pas empêché de se faire une idée. «Moi, je suis capable d’endurer les piqûres», a-t-il mentionné, en riant.

À Shawinigan, Robert Boudreau déplorait la position critique très majoritaire des participants.

«J’étais venu ici pour apprendre. Je vais partir déçu.»

Sur les 17 interventions à l’Auberge Gouverneur, la plupart d’entre elles remettaient effectivement en question la nécessité de cet épandage pour quelques semaines d’inconfort par année. Certains citoyens proposaient leur interprétation scientifique, comme Karen Auger, une résidente de Notre-Dame-du-Mont-Carmel qui s’intéresse vivement à ce débat.

Christiane Bernier avance que 40% des insectes ont disparu à travers le monde.

«Ce n’est pas n’importe quoi! Le Bti n’est qu’une partie du problème, mais on pourrait très bien s’en passer.»

Après ses deux conférences, Mme Raymond conclut que la Mauricie garde un oeil critique sur l’épandage du Bti.

«Personne n’aime se faire piquer, mais les gens se questionnent beaucoup. J’ai l’impression qu’ils étaient plutôt en défaveur de cet épandage, qui risque de modifier l’équilibre des écosystèmes.»

«Est-ce que les gens en faveur du Bti ont pris la peine de se déplacer ?», se demande-t-elle. «Est-ce que ce que je ressens dans les conférences est proportionnel à ce que la population ressent réellement? Je n’ai aucun moyen de le vérifier.»