Me Vigeant dit n'avoir jamais lu dans les commentaires de Jean Chrétien une admission qu'il allait reconnaître le vote indépendantiste.

Pas de crainte d'un autre référendum

Le soir du 30 octobre 1995, le coprésident du comité du Non dans Trois-Rivières, Me François Vigeant, était aucunement stressé. Car selon lui, «cela n'aurait rien changé que le monde vote oui ou non».
<p>François Vigeant</p>
<p>Paul Philibert</p>
«La question référendaire de 1980 était plus déterminante, d'où les résultats 40-60. En 1995, ça ne me rendait pas nerveux. Ce n'était pas un référendum, mais une consultation populaire, un test politique. Après Meech, c'était un vote de contestation. C'était comme demander: aimez-vous la tarte aux pommes? 
Avec une question aussi molle, les souverainistes n'auront pas été capables de gagner. Et c'était clair que l'appui à l'indépendance diminuerait d'année en année», a-t-il indiqué.
Pendant la soirée, l'avocat chez Bélanger Sauvé se souvient avec amusement que dans la salle où les résultats étaient annoncés, quelqu'un a dit: «merci encore une fois D'Arcy-McGee pour les 94 % (Non) contre 6 % (Oui)».
Par ailleurs, Me Vigeant dit n'avoir jamais lu dans les commentaires de Jean Chrétien une admission qu'il allait reconnaître le vote indépendantiste.
Craint-il la tenue d'un troisième référendum? «Pas du tout. C'est trop tard», affirme-t-il sans hésiter, situant autour de 30 % le niveau d'appui à la souveraineté du Québec tout en évoquant le phénomène d'attrition des forces souverainistes.
Pour sa part, l'ancien député libéral dans Trois-Rivières, Paul Philibert, considère également peu probable un troisième exercice référendaire avec, dit-il, «une relève qui n'est pas là et une génération qui a vieilli». 
«Les nationalistes trouvent leur voix dans le Parti libéral du Québec, qui a son aile nationaliste. Et il y a moins de ferveur du côté du Oui», confie celui qui s'était aussi impliqué dans la campagne de 1995.
Celui-ci avait d'ailleurs mis au profit du camp du Non son organisation électorale de 1994, faisant «mieux sortir le vote» dans certains secteurs qui s'étaient avérés plus faibles lors de sa défaite aux mains du péquiste Guy Julien.
Même si le Oui l'a emporté dans la circonscription trifluvienne, M. Philibert n'est pas peu fier que le Non ait tout de même obtenu le meilleur résultat dans la région, soit 44,36 %.
«Les deux premières semaines, quand Parizeau a lancé la campagne, ça n'a pas levé. Les sondages ressemblaient au référendum de 80. Mais Bouchard a fait une très belle campagne», admet-il. 
Ce dernier raconte qu'au début de la soirée du 30 octobre 1995, «on se demandait ce qui se passait» avec des chiffres favorables au Oui. 
«J'étais inquiet, mais j'avais dit: vous ne savez pas ce qui nous attend avec les comtés anglophones», conclut celui qui, sans parler de baume sur la plaie, se réjouit «d'avoir fait plus qu'à l'élection».