Les représentants de la CSN et du SCFP étaient plus nombreux que la poignée de clients qui attendaient l’ouverture des portes de la nouvelle succursale de la SQDC à Shawinigan, lundi matin.
Les représentants de la CSN et du SCFP étaient plus nombreux que la poignée de clients qui attendaient l’ouverture des portes de la nouvelle succursale de la SQDC à Shawinigan, lundi matin.

Pas de cohue pour l’ouverture de la SQDC à Shawinigan

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Contrairement à Trois-Rivières l’an dernier, il n’y a pas eu de cohue, à 10 h, lundi, pour l’ouverture de la première succursale de la Société québécoise du cannabis (SQDC) à Shawinigan. Les représentants de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) étaient plus nombreux que la poignée de clients qui attendaient l’ouverture des portes.

Les deux centrales syndicales se livrent bataille pour accréditer les 24 succursales de la SQDC. Ils mènent de part et d’autre une grande campagne de séduction depuis la légalisation du cannabis en octobre 2018. «C’est comme une course contre la montre», lance Isabelle Gélinas, vice-présidente du Conseil central du Cœur du Québec et déléguée régionale pour le SEMB-SAQ-CSN. «On fait de la compétition, mais on la fait sainement. On ne veut pas trop les achaler [les salariés] non plus. Mais il y a certaines lois qui font en sorte qu’on n’a pas toute l’année pour se décider», ajoute-t-elle.

Les syndiqués abordent les employés de la SQDC et leur remettent des dépliants. «On est ici aujourd’hui pour rencontrer les salariés, promouvoir notre organisation syndicale et leur souhaiter la bienvenue dans leur nouveau milieu de travail», explique Benoit Gauthier, conseiller syndical au service de l’organisation du SCFP. 

«On veut aborder les nouveaux salariés de la SQDC de Shawinigan pour qu’ils puissent se syndiquer avec la CSN. En plus, les travailleurs de la SQDC de Trois-Rivières sont déjà accrédités avec la CSN, donc on veut poursuivre dans la région pour avoir un meilleur rapport de force avec l’employeur», mentionne Mme Gélinas.


À sa grande surprise, Mathieu Beauchamp est devenu le premier client de la SQDC de Shawinigan.

Les deux centrales syndicales souhaitent que les conditions des employés de la SQDC s’approchent de celles de leurs confrères de la Société des alcools du Québec (SAQ). Le salaire de base est de 14 $ l’heure à la SQDC alors qu’il tourne autour de 20 $ à la SAQ. «Ce serait facile de dire qu’un employeur de la SQDC, c’est pareil que de travailler dans une épicerie ou n’importe quel marché d’alimentation ou peu importe, mais ce n’est pas vrai. Ce sont des conseillers. Ils ont vraiment un rôle d’apprentissage des produits. Ils doivent expliquer la différence entre le THC, le CBD, entre l’indica, le sativa. Ils doivent conseiller la clientèle par rapport au type de produits qu’elle a besoin. Il y a vraiment un rôle-conseil qui fait en sorte qu’on pense que le comparable idéal c’est la SAQ, mais il y a quand même des différences qui sont particulières. Quatorze piastres de l’heure, c’est une aberration. On doit régler ça», affirme Jean-Sébastien Martineau, conseiller syndical de la CSN. «C’est une société d’État. Un salaire de 14 $ de l’heure à l’entrée, on a toujours considéré que c’était quelque chose à revoir», estime
M. Gauthier.

Jusqu’à maintenant, c’est le SCFP qui a accrédité le plus de succursales.

Loin de ces considérations syndicales, les quelques clients sur place attendaient patiemment l’ouverture des portes. À sa grande surprise, Mathieu Beauchamp était le premier client. «Je ne m’attendais pas à être le premier. Je ne suis pas arrivé tant d’avance. Je suis arrivé à 9 h 30. Je m’attendais à ce qu’il y ait déjà foule. Mais non, finalement, ce n’était pas du tout le cas», raconte-t-il. 

Il faut dire que la succursale de la SQDC à Trois-Rivières avait ouvert au jour un de la légalisation, ce qui constituait un moment historique pour les consommateurs de cannabis. «À Trois-Rivières, c’était la légalisation. Maintenant, ça fait un an que c’est ouvert. Les gens ont déjà leurs habitudes de consommation. Je pense qu’ils sont déjà dans leur petite routine. C’est un peu pour ça qu’il n’y a pas foule ce matin», estime M. Beauchamp. 

Il croit que l’ouverture de cette succursale est avantageuse pour Shawinigan-Sud. «Je travaille dans le secteur. C’était un peu par curiosité que je suis venu ici ce matin. Généralement, je vais à Trois-Rivières, donc j’étais content de venir à l’ouverture, d’avoir cette opportunité. On est très content dans le secteur Shawinigan-Sud d’avoir une SQDC. Ça va attirer des gens, c’est vraiment positif pour le secteur commercial de la région.»

Isabelle Gélinas, vice-présidente du Conseil central du Coeur du Québec.

Les clients présents avaient déjà visité la succursale trifluvienne au cours des derniers mois. Ils étaient heureux de ne plus être obligés d’aller aussi loin pour se procurer du cannabis. «Je suis ici pour voir un peu les variétés. On est content d’avoir ça à Shawinigan, pas loin de chez nous. On allait toujours à Trois-Rivières, donc ça fait du bien de ne pas voyager une heure de temps juste pour voir ce qu’il y a et de repartir bredouille trois fois sur quatre. Des fois, on n’a pas nécessairement ce qu’on veut sur place», mentionne Christian, faisant référence aux ruptures de stock qui ont affecté la SQDC. «On allait à Trois-Rivières. Ça nous rapproche. Je suis content que ce soit légal parce qu’on a des produits de meilleure qualité», ajoute Michel, 67 ans, qui dit consommer depuis l’âge de 15 ans.

Cette succursale, qui compte une vingtaine d’employés, est située au 2070, 105e Avenue, dans le secteur Shawinigan-Sud. Il s’agit de la deuxième en Mauricie. Le Centre-du-Québec en a une, à Drummondville.

Comme dans les autres points de vente, les heures d’ouverture à Shawinigan sont du lundi au vendredi, de 10 h à 21 h, de même que les samedis et dimanches, de 10 h à 17 h. Il s’agit du 24e point de vente de la SQDC qui vise à en ouvrir 43 d’ici la fin mars 2020. Peut-on s’attendre à ce que d’autres succursales ouvrent leurs portes en Mauricie et au Centre-du-Québec, à Louiseville notamment où le maire Yvon Deshaies en a fait expressément la demande? La SQDC préfère ne pas s’avancer sur la question. «Le plan de déploiement est quelque chose sur lequel on travaille avec un paquet de villes, mais on ne fait pas d’annonce tant et aussi longtemps qu’on n’a pas de baux signés, parce qu’un bail pour nous, ça représente vraiment une intention très ferme de s’établir quelque part, c’est pourquoi je ne suis pas en mesure de confirmer ou d’infirmer si on va avoir une autre succursale dans la région», explique Fabrice Giguère, porte-parole de la SQDC.

Benoit Gauthier, du SCFP