Le maire de Shawinigan, Michel Angers, reconnaît que le développement du parc industriel à grand gabarit n’avance pas.

Parc industriel à grand gabarit: Angers veut des idées

Shawinigan — Le maire de Shawinigan, Michel Angers, sollicite la population pour alimenter sa réflexion au sujet de l’avenir du parc industriel Alice-Asselin du secteur Saint-Georges. Le temps est maintenant venu, estime-t-il, d’envisager une autre vocation que celle pour laquelle cet espace avait été aménagé en catastrophe, entre 2012 et 2016.

M. Angers a tendu cette perche jeudi midi, dans le cadre de son dîner annuel devant les membres de la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan. Environ 110 personnes se sont déplacées à l’Auberge Gouverneur pour revivre les moments forts de l’année 2019 et entendre le maire se projeter dans la prochaine année.

Pour la première fois depuis qu’il se prête à ce jeu, M. Angers a voulu instaurer une formule interactive avec les participants, qui lui a plus ou moins souri. Le maire a invité les gens d’affaires à se mouiller sur divers sujets, mais la majorité d’entre eux ont semblé un peu déstabilisés par cette façon de procéder.

M. Angers a notamment demandé aux gens de l’assistance s’ils avaient une proposition à formuler pour donner un nouveau souffle au parc industriel à grand gabarit. La Ville de Shawinigan, rappelons-le, a investi tout près de cinq millions de dollars pour l’acquisition de 29 propriétés afin de permettre à la multinationale brésilienne RIMA de déverser ses centaines de millions de dollars à cet endroit. Le scénario rêvé ne s’est toutefois pas réalisé et le conseil municipal se demande maintenant quoi faire avec ces terrains.

«On s’est fait piéger, purement et simplement», se désole le maire. «Si aujourd’hui, RIMA était installée avec 300 emplois, nous serions des héros. C’est un essai qui a été fait. Nous avions un contrat signé, mais nos avocats nous ont dit qu’on n’arriverait jamais à régler un litige international comme celui-là.»

M. Angers note qu’une bonne douzaine de visites ont été réalisées sur ce site, avec la collaboration d’Investissement Québec. Mais rien n’a encore débouché et la patience du maire est visiblement entamée.

«Jusqu’ici, il n’y a pas de preneur», constate-t-il. «On ne se cachera pas qu’avec le parc industriel de Bécancour qui appartient au gouvernement du Québec, c’est plus facile de développer de l’autre côté du fleuve. Donc, on se pose la question: qu’est-ce qu’on fait avec ça?»

M. Angers avait déjà évoqué la possibilité d’accueillir de petites ou moyennes entreprises à cet endroit, bien que la préférence de la Ville allait vers le mégaprojet industriel longtemps attendu.

Il a donc demandé l’avis aux gens d’affaires, qui ne savaient pas trop quoi répondre, spontanément, à cette question. Le maire a reconnu que ce dossier représentait un vilain caillou dans son soulier.

«Quand on ne réussit pas comme on n’a pas réussi — je ne m’en cache pas —, ça fait jaser des gens», confie-t-il. «Ils n’ont pas tort. Nous avons pris une chance à ce moment, nous étions convaincus qu’il fallait la prendre, mais ça n’a pas fonctionné. On nous le ramène assez souvent!»

Parmi les hypothèses étudiées, M. Angers avance une désignation de développement durable à ce parc industriel. Mais il souhaite être alimenté par la communauté avant d’arrêter la nouvelle vocation de ce site.

Des messages à passer

Si le bilan du maire devant les membres de la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan est souvent utilisé pour annoncer la réalisation d’un important projet au cours de l’année, Michel Angers a surtout profité de la tribune pour passer ses messages cette fois-ci. 

Le plus percutant a sans doute été servi à la ministre responsable du démantèlement du Réseau national des pôles régionaux d’innovation après une longue saga, l’an dernier. Le centre administratif de ce réseau provincial était établi au DigiHub.

«Nous avons le sentiment profond d’avoir été piégés par la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx», rage le maire. «Elle a parlé à travers son chapeau, elle nous a accusés d’un certain nombre de choses sans jamais nous avoir parlé. Je sais pertinemment qu’elle s’est probablement fait souffler dans l’oreille par d’autres présidents d’organisation. Nous avions réussi à mettre en place à Shawinigan quelque chose de très porteur pour l’avenir.»

M. Angers se console à l’idée que la députée de Laviolette – Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif et le ministre responsable de la Mauricie, Jean Boulet, ont tenté de défendre Shawinigan dans ce dossier. Il compte bien se reprendre avec le nouveau concept des zones d’innovation. Du reste, le maire semble en parfaite symbiose avec le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, avec qui il a pu échanger longuement lors du dernier Consumer electronics show de Las Vegas.

Le maire a d’ailleurs voulu répondre à ceux qui commentent avec sarcasme les résultats de ces missions économiques.

«Je fais partie de ceux qui pensent qu’assis derrière mon bureau, il ne se passera pas nécessairement grand-chose», lance-t-il. «Ça fait jaser: les élus s’en vont en voyage... Or, tout ce qu’on est en train d’établir comme modèle de développement économique et entrepreneurial, c’est inspiré de ce que nous avons vu ailleurs. On va continuer de faire ce qu’on fait, surtout que pas un seul sou des taxes municipales ne va à ces missions. C’est le gouvernement du Québec et celui du Canada qui ont des fonds pour permettre à nos entreprises de développer de nouveaux marchés à l’extérieur.»

Scène municipale

Par ailleurs, le maire de Shawinigan a visiblement mal digéré la très faible participation citoyenne lors de la deuxième rencontre sur les finances publiques, organisée le 30 octobre dernier. 

«C’est beaucoup, beaucoup de préparation», rappelle-t-il. «Vous saviez combien on était? Quatre-vingts. Est-ce que ça intéresse les gens, les gens d’affaires, les finances publiques de la ville? Est-ce qu’on s’y intéresse seulement quand on reçoit son compte de taxes ou lors d’un nouveau rôle d’évaluation ?»

«Si ça ne vous tente pas, nous n’en ferons plus!», lance le maire. «C’est un exercice fastidieux et quand on est 80 dans une salle qui pouvait contenir 400 personnes, je ne vous cache pas que c’est un peu décevant.»

M. Angers s’est également permis une petite pointe vers les dénigreurs de la nouvelle Marina de Grand-Mère. «Je suis toujours surpris d’entendre des gens qui pensent qu’on n’a pas fait une bonne chose en allant chercher les deux tiers du budget pour ce projet», souligne-t-il.

Le maire s’est aussi demandé si les gens d’affaires, particulièrement ceux du centre-ville, étaient suffisamment impliqués. Il a voulu tester leur intérêt pour la création d’une société de développement commercial, avec plus ou moins de succès. Il a aussi invité la CCIS à réfléchir sur l’avenir des zones commerciales du territoire.

Enfin, le maire a tenu à rappeler que la Ville aurait à l’œil les citoyens et les commerçants qui rejettent la neige sur les voies publiques sans permis. Un communiqué avait été émis à ce sujet la semaine dernière.

«Je vois beaucoup de commerçants qui prennent leur neige et remettent ça dans la rue, ce qu’ils n’ont pas le droit de faire», sermonne M. Angers. «Nous allons resserrer grandement les règles. Nous sommes rendus à un point de non-retour. Dix pour cent du budget est consacré à la neige! À un moment donné, il y a une limite.»