Le député libéral Saul Polo a livré un témoignage bouleversant jeudi, au Salon bleu de l’Assemblée nationale, sur son père qui s’est suicidé en 2019.
Le député libéral Saul Polo a livré un témoignage bouleversant jeudi, au Salon bleu de l’Assemblée nationale, sur son père qui s’est suicidé en 2019.

«Papa, je t’aime»: témoignage poignant sur le suicide à l'Assemblée nationale

«En terminant, j’aimerais dire : “Papa, je t’aime”.» C’était le point final de son intervention de deux minutes, jeudi, au Salon bleu de l’Assemblée nationale. De toute façon, Saul Polo n’aurait pas pu dire un mot de plus.

Il a ensuite penché lentement la tête vers l’avant, a retiré ses lunettes et échangé sa feuille de discours contre un mouchoir pour s’essuyer les yeux.

La centaine d’élus se sont levés d’un bond pour l’applaudir chaleureusement, des deux côtés de la chambre. Ceux assis plus près l’ont réconforté d’une accolade ou d’une main sur l’épaule.

Le député libéral de la circonscription de Laval-des-Rapides venait de déposer une motion soulignant la Semaine de prévention du suicide, menée cette année sous le thème Parler du suicide sauve des vies. On a vu toute la semaine des parlementaires porter la pince à linge en bois marquée «T’es important-e pour moi» de l’Association québécoise de prévention du suicide. M. Polo la portait à la poche de poitrine de son veston, côté cœur.

Ému dès le début de sa prise de parole et retenant ses larmes, il a d’abord rappelé que «tous les jours au Québec, trois personnes se suicident et qu’environ 75 tentent de mettre fin à leurs jours».

Chaque année, environ 1000 Québécois et Québécoises s’enlèvent la vie.

Le père de M. Polo a été du nombre en 2019. Il est mort en juin dernier, à l’âge de 69 ans.

L’homme est né à Barranquilla, en Colombie, avant d’immigrer au Québec il y a une quarantaine d’années avec femme et enfants. Il s’appelait aussi Saul Polo. Le paternel Saul Antonio, le fils Saul Jose.

«Le suicide, c’est une mort qui est évitable et qu’il est possible de prévenir. Les valeurs et les croyances face à la détresse et au suicide ont une grande influence sur notre façon d’appréhender le problème, et c’est pourquoi il faut continuer d’en parler. Il faut comprendre pour mieux aider et mieux s’aider», a dit M. Polo, qui n’avait pas laissé transparaître son expérience personnelle dans ses mots avant la dernière ligne.

Ce témoignage d’un collègue a beaucoup touché les élus.

Le député péquiste de Rimouski n’avait pas encore les yeux secs quand est venu son tour de s’exprimer sur la question. Il a parlé d’un agriculteur qu’il tentait d’aider à son bureau de comté, mais qui s’est suicidé. «La pire affaire que j’ai eue dans mon bout de député», a laissé tomber un Harold LeBel visiblement ébranlé.

Il a ensuite rappelé que «51 % des agriculteurs vivent de la détresse» et que «le Centre de prévention du suicide [du] Bas-Saint-Laurent, qui touche aussi la Gaspésie, répond à près de 15 000 appels de détresse par année. 15 000, là, c’est beaucoup».

Le représentant de Québec solidaire dans la circonscription de Jean-Lesage, à Québec, Sol Zanetti, a cru bon souligner que «ce n’est pas tous les jours qu’on voit un homme partager sa souffrance en public. Ça mérite d’être dit», a-t-il souligné, à la suite du poignant témoignage de M. Polo.

Avant de citer le psychiatre antillais Frantz Fanon, penseur de la décolonisation : «La fonction d’une structure sociale est de mettre en place des institutions traversées par le souci de l’humain. Une société qui accule ses membres à des solutions de désespoir est une société non viable, une société à remplacer.»

M. Zanetti a ajouté qu’avec environ 27 000 tentatives de suicide par an au Québec, «c’est la taille d’une ville» comme Saint-Bruno ou Boisbriand.

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a pour sa part aussi salué le courage de son collègue libéral, avant de réitérer son engagement d’élaborer une stratégie nationale en prévention du suicide d’ici la fin de l’actuel mandat, c’est-à-dire avant le 3 octobre 2022.