Le conseiller municipal de Parent, Éric Chagnon, dénonce les pannes d’électricité dans son village.
Le conseiller municipal de Parent, Éric Chagnon, dénonce les pannes d’électricité dans son village.

Panne d’électricité à Parent: «elle est finie la ligne. Finie, finie»

LA TUQUE — «Elle est finie la ligne. Finie, finie. On en a la preuve encore là.» Des élus municipaux de La Tuque en ont ras le bol des pannes d’électricité dans le secteur de Parent. Une deuxième panne depuis le début du mois a affecté la petite communauté située à quelques centaines de kilomètres au nord du centre-ville de La Tuque. Ils exigent d’avoir une génératrice jusqu’à ce que les travaux soient effectués sur la ligne de 58 km qui alimente le village.

«La ligne d’approvisionnement pour Parent est inopérante. La solution est simple. On veut qu’ils installent une génératrice jusqu’à ce que les travaux soient complétés. Le 1er juillet, ils ont dit que la panne serait réparée à 7 h 30, après 10 h 30, après 20 h 30, 21 h 30… ça ne finit plus. C’est comme ça qu’ils traitent leur monde», lance Éric Chagnon, le conseiller municipal du district de Parent.

«Prenez un plat de crème glacée, mettez-le dans le congélateur et débranchez-le. Quand vous allez l’ouvrir 20 heures après, je vous garantis que vous allez la boire. Ils ne comprennent rien. Le système n’est plus fiable. On dirait qu’on est en Afrique où il y a 15 fils sur un poteau et qu’il n’y en a pas un qui marche. C’est la même affaire», ajoute-t-il visiblement irrité de la situation.

Il déplore également que les gens doivent utiliser personnellement une génératrice et «les dangers qui viennent avec».

«Hydro-Québec manque à son devoir de fournir le besoin essentiel», insiste le conseiller municipal.

Le village de Parent était privé d’électricité depuis 3 h 30 vendredi matin. Au total, 347 clients du service d’Hydro-Québec étaient touchés. Le rétablissement est survenu tard en soirée, vendredi.

La société d’État a fait savoir que la panne avait été causée par la foudre.

Éric Chagnon souligne avec certitude que les citoyens de son secteur sont traités comme des gens de deuxième ordre.

«On est proche de toutes leurs ressources et on n’est pas capable d’avoir de services. Ça ne fait aucun sens. Ça ne date pas d’hier, ça fait des années que le problème traîne. Les pannes de courant sont dues aux fourmis et aux pic-bois. La solution est simple, c’est une génératrice. Ils ont mis 8,5 millions en publicité dans le Maine pour vendre leur projet hydro-électrique, mais ils ne sont pas capables d’approvisionner 350 personnes. Il n’y a pas de logique», rage le conseiller municipal.

Jeudi, Hydro-Québec a rencontré des représentants de la municipalité pour faire le point sur les travaux et l’interruption planifiée du 4 août, juste avant qu’une nouvelle panne affecte les résidents vendredi.

«On leur a dit qu’à la suite de la panne du 1er juillet, on voulait une génératrice en permanence pour pallier aux problèmes qu’on vit encore aujourd’hui […] On a l’impression de revivre le film d’horreur d’il y a deux ans», lance le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay.

La demande n’a toutefois pas trouvé d’écho chez Hydro-Québec. On refuse de mettre une génératrice avant le début des travaux d’envergure en 2021. La société d’État note que l’installation de génératrices au poste de Parent est un moyen efficace seulement «pour relever une charge importante durant une période déterminée».

«Toutefois, en raison de leur coût d’opération élevé et du délai requis pour mobiliser la main-d’œuvre et synchroniser les groupes, nous ne recommandons pas d’avoir recours aux génératrices pour améliorer la continuité de service. De plus, il y a un souci d’équité et de saine gestion envers l’ensemble de notre clientèle à tenir compte», explique Élisabeth Gladu, Conseillère – Relations avec le milieu Centre-du-Québec et Mauricie chez Hydro-Québec. 

Cette dernière rappelle que la dernière panne, avant celle du 1er juillet, remonte à 2018 dans ce secteur.

Hydro-Québec indique également qu’un délai minimum de six mois est requis pour obtenir les autorisations nécessaires au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques afin d’utiliser des génératrices en raison de l’ampleur des installations.

Il faut dire que des génératrices seront installées au courant de 2021 dans le cadre de travaux d’envergure sur la ligne La Vérendrye–Parent.

«Même si nous souhaitions devancer leur installation, elle coïnciderait avec celle des génératrices planifiées dans le projet», souligne Mme Gladu.

Rappelons que la ligne a été construite en 1984 et qu’elle est située dans un secteur éloigné et difficile d’accès. Depuis 2013, aux alentours de 7 millions de dollars ont été nécessaires pour effectuer des travaux de maintenance.

La Tuque va faire des pressions

Le maire de La Tuque n’entend pas en rester là, dans les prochains jours, il veut mettre de la pression sur Hydro-Québec et sur le gouvernement.

«On va retourner voir nos décideurs, on va retourner voir nos élus. […] On le sait qu’ils vont s’occuper de la ligne, mais dans l’immédiat ils ne font rien. Ils laissent le citoyen à lui-même», affirme Pierre-David Tremblay.

Ce dernier n’a pas manqué de dénoncer la publication Facebook de la députée de Laviolette Saint-Maurice Marie-Louise Tardif à propos de la panne du 1er juillet.

«Elle a remis en question les propos de M. Chagnon en disant: “Est-ce trop long une panne de 19 heures?” Oui, c’est trop long, martèle le maire. Est-ce que la députée est du côté de ses citoyens ou d’Hydro-Québec?»

«L’usine arrête même de fonctionner. Ce sont des coûts et des emplois. Il y a des désagréments incroyables», estime le maire Tremblay.

Chez Arbec, on confirme que les opérations sont suspendues lors des longues coupures d’électricité.

«C’est certain qu’en forêt, on est plus à risque au niveau des pannes. À chaque panne, il y a des dégâts plus ou moins grands. On comprend que des pannes, il y en a de temps en temps, on en a aussi en ville. Ce qui nous fait plus mal dans cette situation-là, c’est la durée des pannes, mais on tient à dire qu’on a une excellente collaboration avec eux. Ce que l’on aimerait, c’est que la durée des pannes soit diminuée», soutient Éric Bouchard, vice-président exécutif chez Remabec.

Interruption planifiée

Hydro-Québec a fait savoir que le service d’électricité sera interrompu à Parent le 4 août 2020, de 9 h à 15 h 30. Si les conditions météorologiques sont défavorables, les travaux et l’interruption de service seront reportés au lendemain, le
5 août, aux mêmes heures.