Si le Marché Godefroy a perdu un peu de son charme dans la pandémie, il demeure un point chaud de l'achat local.
Si le Marché Godefroy a perdu un peu de son charme dans la pandémie, il demeure un point chaud de l'achat local.

Ouverture du Marché Godefroy sous le signe de la solidarité

Bécancour — Accès restreints, lavage des mains à l'entrée, pastilles rouges au sol pour symboliser la distance sanitaire, sourires masqués. Si le Marché Godefroy a perdu un peu de son charme dans la pandémie, il demeure un point chaud de l'achat local, la convivialité cédant le pas à la solidarité. Et les clients étaient au rendez-vous, samedi matin, pour l'ouverture d'une saison qui s'annonce singulière.

«On a le vertige», lance sans détour Michèle Bourque. La propriétaire de la Ferme des ormes tient un kiosque au Marché Godefroy depuis son ouverture, il y a 26 ans. Les dernières semaines ont été ponctuées par l'incertitude, puis par les préparatifs en vue du jour J. On remarque notamment que le grand étal de légumes est maintenant protégé par un long panneau de plexiglas. «Je me suis réveillée à une heure cette nuit, la tête pleine», relate-t-elle.

À l'approche de l'ouverture officielle, Mme Bourque a jonglé avec un éventail de stratégies. On aura par exemple converti une serre entière à la production maraîchère, anticipant que les gens n'auraient peut-être pas «le luxe» de se procurer des fleurs. «On va vendre les haricots, mais on va manquer de fleurs», constate-t-elle aujourd'hui. Si elle convient être «un peu dépassée» par les événements, Mme Bourque s'estime chanceuse de travailler. En évoquant le secteur de la restauration, toujours à l'arrêt, elle souligne que les choses pourraient être pires. D'autant que le mouvement vers l'achat local semble soutenu, se réjouit-elle.

«On a le vertige», lance Michèle Bourque, propriétaire de la Ferme des ormes, qui tient un kiosque au Marché Godefroy depuis 26 ans.

Son de cloche similaire de l'autre côté du chapiteau, chez Pomme Atout. Son propriétaire, Raphaël Cournoyer, observe que les gens continuent de manger et sont au rendez-vous. Celui dont l'entreprise a pignon sur rue à Trois-Rivières et exploite un kiosque au Marché Jean-Talon, à Montréal, ne constate pas d'impacts dramatiques sur ses recettes depuis le début de la crise. Si les mesures imposées d'hygiène et de distanciation sociale constituent des irritants, «on est tous dans le même bateau, il faut accepter notre sort», philosophe le commerçant.

À la sortie du marché, les clients semblent en général satisfaits, quoique l'on cherche un peu ses repères. On ne va et on ne vient plus comme on veut dans le marché. Les visiteurs sont comptés, à l'entrée comme à la sortie. Le lieu a une capacité de 77 clients à la fois.

Jason Fortier a acheté quelques légumes et a fait le plein de viande pour la semaine. Il explique avoir fait le détour pour soutenir l'économie locale. Sourire aux lèvres, le jeune homme ne se sera pas trop formalisé des règles en place et affirme qu'il sera de retour.

Geneviève Gendron poussait de son côté un panier qui débordait presque. Elle dit avoir apprécié sa première visite de l'année, convenant toutefois qu'«en temps normal, on serait sur la terrasse en train de prendre un café». On constate en effet que la désinvolture, qui marque habituellement un avant-midi d'achats et de flânage au marché public, a cédé le pas à un encadrement qui laisse peu de place à la nonchalance.

«On est tous dans le même bateau, il faut accepter notre sort», soutient Raphaël Cournoyer, propriétaire de Pomme Atout.

Une gestion décuplée

Comme on veut contribuer à minimiser les risques de contagion, on demande aux gens de venir faire leurs emplettes seuls. On ne mesurera donc plus le succès du marché à son achalandage, mais par son volume de ventes. Tous les paramètres ont changé. Aussi, les bénévoles qui dirigent les clients à leur arrivée et qui désinfectent les paniers ne sont que la partie apparente des nombreux défis logistiques auxquels est confronté le Marché Godefroy cette année.

Sa directrice générale, Marie-Claude Camirand, explique d'abord que la fermeture le dimanche est un obstacle de taille. Si des pressions sont faites sur le front politique, la mesure demeure en place pour le temps présent et vient potentiellement priver les commerçants de la moitié de leur revenu, souligne-t-elle. De plus, dans un contexte où l'on tente de maintenir une distanciation sociale, l'affluence concentrée en une seule journée s'avère contradictoire, fait-elle valoir.

On s'organise pour passer à travers de la crise, explique Marie-Claude Camirand, directrice générale du Marché Godefroy.

Par ailleurs, la fermeture du dimanche a poussé la coopérative qui gère le marché à revoir à la baisse les baux de location des kiosques, plaçant l'organisation à but non lucratif devant un important manque à gagner. Qui plus est, la coopérative a dû s’adjoindre des ressources supplémentaires pour mettre en place les mesures d'hygiène prescrites par le gouvernement. Si l'on se réjouit d'avoir abordé la crise «en bonne santé financière», on devra néanmoins se prévaloir du prêt d'urgence de 40 000$ du gouvernement du Québec, de même qu'avoir recours aux subventions salariales, tant qu'elles seront disponibles, rapporte Mme Camirand. «Ce n'est pas une année qui est facile, mais on s'organise pour passer au travers sans trop de meurtrissures», commente-t-elle.

C'est dans ce contexte que l'on s'est tourné vers la vente en ligne pour tenter de pallier le manque à gagner, au moins en partie. L'ex-députée néo-démocrate de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau, a été recrutée pour voir à la bonne conduite de l'entreprise.

Ruth Ellen Brosseau (à gauche, à l'avant-plan) veille à la préparation des commandes en ligne, au Marché Godefroy.

Mise en branle dans l'urgence, il y a quelques jours à peine, via la plateforme Maturin, le lancement du volet virtuel du marché aura connu certains écueils. Des clients venant de la Côte-Nord auront notamment passé des commandes, alors qu’il n’a jamais été question d’offrir un service de livraison. La situation a été corrigée, mais elle a néanmoins occasionné un surplus de travail. On préparait une trentaine de paniers, samedi matin, que des clients devaient venir récupérer en après-midi. Tandis que l'on rode le système, on espère voir l'initiative gagner en popularité au cours des prochaines semaines.