Les gens étaient nombreux sur la rue des Forges, à Trois-Rivières, dimanche après-midi.
Les gens étaient nombreux sur la rue des Forges, à Trois-Rivières, dimanche après-midi.

Ouverture des restaurants: «Enfin!»

TROIS-RIVIÈRES — La rue des Forges avait des airs de piste olympique avant le départ d’une course importante, dimanche après-midi. La fébrilité était en effet palpable, tandis qu’une foule imposante, profitant du soleil et de la nouvelle configuration piétonnière de l’artère principale du centre-ville de Trois-Rivières, observait des restaurateurs affairés à l’aménagement de leur terrasse, en vue de la grande reprise des activités, prévue pour lundi.

Il y avait aussi de l’électricité dans l’air à Shawinigan, où les gens avaient pris les trottoirs d’assaut. S’il faut en juger par l’achalandage sur la 5e rue de la Pointe, alors que pratiquement tout est encore fermé, les restaurateurs peuvent peut-être garder espoir de limiter les pertes des derniers mois. Ceux-ci semblaient vouloir laisser derrière eux les tracas des dernières semaines pour se concentrer sur la réouverture. La perspective d’accueillir à nouveau les clients arrivait même à atténuer l’irritation générale face à des mesures sanitaires perçus comme incongrues et une PCU [Prestation canadienne d’urgence] qui rend difficile le recrutement d’une main-d’œuvre qui se fait rare, déplore-t-on.

Devant le restaurant Le Brunch, sur la rue des Forges, George Paraskevopoulos a un ruban à mesurer à la main, tandis qu’on déplace des tables. «On fait quoi pour les clients qui sont dos à dos?», demande-t-il à son employé, en se grattant la tête. Propriétaire de trois restaurants à Trois-Rivières, M. Paraskevopoulos se dit enthousiaste, «mais les mesures de sécurité sont compliquées», tempère-t-il aussitôt. C’est sans compter qu’à l’instar d’autres restaurateurs, il s’attend à ce que l’on serre la vis pour s’assurer que les mesures prescrites ont été correctement appliquées. Comme plusieurs, l’idée du port du masque pour une période prolongée demeure difficile à envisager. Sans parler de la température qui règne en cuisine, souligne le restaurateur. Puis la PCU rend soudainement la perspective d’un emploi à la plonge moins attrayante, fait-il valoir.

George Paraskevopoulos, propriétaire du restaurant Le Brunch, à Trois-Rivières, trouve les règles sanitaires «compliquées».
Le ruban à mesurer est un incontournable pour réaménager les terrasses.

Pas loin de là, Suzy Giroux, propriétaire du restaurant Les Ailes piquantes, astique des pièces de mobilier que des employés viennent de sortir de l’établissement. Le lieu fourmille d’activité. «On fait ça parce qu’on aime ça», lance la restauratrice, en prenant une courte pause. Son mari est grimpé dans un escabeau pour accrocher des guirlandes de lumière qui marquent en quelque sorte le territoire, puisqu’on avance l’aire de service jusqu’en bordure de la rue. Si les grands événements ont tous été annulés, Mme Giroux contemple la foule du coin de l’œil et dit avoir confiance que la clientèle locale va être au rendez-vous. Elle évoquera cependant les problèmes de main-d’œuvre qu’il reste à pallier... et la compétition que lui livre la PCU. «Ça nous aide pas», commente-t-elle à son tour.

Suzy Giroux, propriétaire du restaurant Les Ailes piquantes, à Trois-Rivières, déplore que la PCU ait un effet dissuasif sur la main-d’œuvre.

Du côté de l’avenue Willow, à Shawinigan, les propriétaires du Saint-Mo, Stéphanie Barrette et David Rouette, sont tout aussi occupés. «On n’a jamais perdu espoir», dira Mme Barrette, pour résumer l’état d’esprit. Le couple s’affairait à construire des cloisons de séparation lors de notre passage. On se réjouissait néanmoins de ne pas avoir à composer avec un espace trop restreint et des tables rapprochées. On n’aura donc pas eu à trop retirer de place. Et s’il le faut, on débordera dans la rue, fait valoir Mme Barette. L’avenue Willow sera en effet piétonnière cet été et les différents restaurants qui y ont pignon sur rue pourront élargir leur aire de service respectif.

Stéphanie Barrette et David Rouette, propriétaires du Saint-Mo, à Shawinigan, ont mis les bouchés doubles afin d’être prêts pour la réouverture de leur restaurant.

Un peu plus haut, à la place du Marché, Sylvain Diamond, copropriétaire des Ailes Buffalo, évaluait la façon dont il allait aménager l’espace extérieur. Pour lui, l’ouverture ira à mercredi, selon l’horaire habituel. Comme ailleurs, les commandes pour emporter auront permis de se maintenir à flot, mais la perspective de la réouverture est accueillie avec soulagement. La salle à manger, déjà modeste, a été passablement réduite, passant de 60 à 26 places. On compte toutefois sur la terrasse pour compenser la perte. En se croisant les doigts pour que le beau temps soit de la partie.

Aux Ailes Buffalo, à Shawinigan, la réouverture ira à mercredi, indique Sylvain Diamond, copropriétaire de l’endroit.
On met la touche finale aux préparatifs.

Marquer le coup

C’est au Saint-Mo, à Shawinigan, et aux restaurants La Maison de débauche et Le Grill, du côté de Trois-Rivières, que sera porté un toast virtuel, lundi, sur le coup de 17 h 30. L’initiative réunira les restaurateurs de la région via vidéo. On veut souligner la solidarité qui a permis, dans les deux grandes villes de la région, de mettre sur pieds un projet pilote qui aura de beaucoup ménagé les efforts et les tracasseries administratives entourant l’agrandissement des terrasses et la conformité des permis d’alcool.

De part et d’autre on a salué le leadership démontré par le Regroupement des gens d’affaires du centre-ville de Shawinigan, et son président Claude Villemure, de même que par Trois-Rivières Centre et sa directrice, Gena Déziel. M. Villemure indique que les places sont déjà complètes à Shawinigan. Les 75 invités seront répartis sur 65 tables, souligne-t-il, en pointant le casse-tête logistique que représente l’accueil du public suivant les règles établies. La question du deux mètres est d’ailleurs récurrente dans les propos de tous les restaurateurs. Ils sont nombreux à évoquer la règle du 1 mètre, qui gagne en importance ailleurs dans le monde. Un tel assouplissement serait accueilli ici avec soulagement. Or, beaucoup d’énergie a été investie pour rendre les salles à manger conformes, sans parler des frais assortis à l’impression de matériel visant à informer la clientèle, fait-on encore valoir.

Pour le président du Regroupement des gens d’affaires du centre-ville de Shawinigan, le projet pilote aura permis de minimiser les tracasseries administratives pour les restaurateurs.

À Trois-Rivières, Gena Déziel se réjouit que les efforts des dernières semaines aboutissent «enfin!». Bien sûr, concède-t-elle, il reste des détails à peaufiner. Les barrières de métal qui longent le trottoir doivent encore être «habillées», notamment. Mais tout ça a été mis en place à grande vitesse, rappelle-t-elle. Ce n’est en effet que la semaine dernière que les restaurants ont obtenu la permission de rouvrir. Mme Déziel promet par ailleurs des «surprises» au cours des semaines à venir pour attirer le public au centre-ville.

Le court délai entre l’annonce du gouvernement et la date de reprise des activités en a cependant poussé certains à remettre à plus tard la réouverture attendue. C’est notamment le cas de la rôtisserie Saint-Hubert, à Shawinigan. «Rendu où on est, c’est quoi quelques jours de plus?», laisse tomber son propriétaire, Jean Nadeau. Pour se conformer aux règles, la salle à manger du restaurant verra sa capacité passer de 265 à 122 places, explique-t-il. Des règles qui pourraient changer du jour au lendemain, avance-t-il, faisant écho à de nombreux témoignages que nous avons recueillis. L’homme d’affaires préfère ainsi prendre un peu plus son temps. «Quand on va ouvrir, nos employés et nos clients auront la certitude que c’est ultra sécuritaire», maintient-il.

La directrice générale de Trois-Rivières Centre, Gena Déziel, annonce que des «surprises» restent à venir pour attirer le public au centre-ville de Trois-Rivières cet été.