Pour l’instant, l’idée d’ouvrir les fenêtres régulièrement cet hiver ne pose pas problème.
Pour l’instant, l’idée d’ouvrir les fenêtres régulièrement cet hiver ne pose pas problème.

Ouverture des fenêtres dans les écoles cet hiver: pas de drame

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — On se demande bien comment les occupants des écoles vont endurer l’ouverture des fenêtres, au plus froid de l’hiver, afin de diminuer la propagation de la COVID-19 dans les classes, comme le demandent, pour l’instant, les autorités sanitaires. Or, un tour de table des trois centres de services scolaires de la région permet de constater que la réalité devrait être bien moins dramatique que l’idée qu’on peut s’en faire.

Au CSS de la Riveraine, un communiqué est sur le point d’être envoyé aux écoles «comme à chaque début d’hiver», indique la secrétaire générale, Émilie Gay. C’est que la pratique d’ouvrir les fenêtres en hiver ne date pas d’hier. Elle «se faisait déjà par les années passées dans les écoles où il n’y a pas de système de ventilation moderne. Il n’y a pas de changement concernant la fréquence», ajoute-t-elle. «Cependant, cette année, il sera d’autant plus important de respecter ces fréquences», explique-t-elle.

«Il s’agit normalement d’ouvrir les portes, vasistas et fenêtres avant l’arrivée des élèves le matin, durant les récréations et durant la période du dîner. Les fenêtres des classes ouvertes sont celles que l’on retrouve au fond de la classe, loin des pupitres», indique Mme Guay. Le défi sera de ne pas oublier cette routine, fait-elle valoir. «Nous allons demander aux concierges de faire une ronde en fin de journée afin de s’assurer qu’aucune fenêtre ne reste ouverte.»

Afin d’éviter que les élèves et le personnel ne prennent froid, «la température d’alimentation en eau chaude sera augmentée, au besoin, afin d’assurer une température confortable pour les occupants», assure-t-elle.

Au Centre de services scolaire de l’Énergie, on voit même un avantage à cette ventilation plus rigoureuse. En plus de limiter la propagation du virus, l’ouverture périodique des fenêtres va «diminuer le taux de CO2 dans l’air, ce qui aura pour effet d’augmenter la capacité de concentration de nos élèves», fait valoir la porte-parole du CSS de l’Énergie, Amélie Germain-Bergeron.

Car, précisions-le, on parle bien d’une ouverture périodique, à des moments stratégiques et non de fenêtres ouvertes à la grandeur toute la journée.

Mme Germain-Bergeron parle d’une ouverture «d’une durée de 5 à 10 minutes chaque heure, comme le recommande l’INSPQ. Il n’est pas nécessaire d’ouvrir les fenêtres à pleine grandeur», explique-t-elle. Les périodes de battement entre les cours, au secondaire, représentent de bons moments pour ajouter de la ventilation, dit-elle. «Il est évident que les systèmes de chauffage seront davantage sollicités», fait-elle valoir.

Au CSS du Chemin-du-Roy, la directive de ventilation a été transmise le 19 octobre aux établissements et a de nouveau été discutée mardi avec les directions puisqu’il en a été question au point de presse du premier ministre Legault, mardi. «Nous avons fait un rappel», indique la responsable des communications, Anne-Marie Bellerose.

La présidente du Syndicat de l’enseignement des Vieilles-Forges, Claudia Cousin, signale que des directives doivent maintenant être transmises aux enseignants «car ce n’est pas clair pour tous», dit-elle.

Les écoles plus âgées de la région devront donc recourir à cette bonne vieille méthode pour assurer une bonne ventilation afin d’amortir la propagation de la COVID, mais pour d’autres, des systèmes modernes déjà installés dans les écoles depuis un certain temps feront le travail de façon entièrement autonome.

Des 76 bâtisses du CSS du Chemin-du-Roy, 41 sont munies de systèmes de ventilation mécanique. «Ces systèmes sont calibrés pour effectuer six changements d’air à l’heure et l’apport en air frais est ajusté à au moins 2,4 litres par seconde, par occupant», explique Mme Bellerose. Ces systèmes sont en fonction à l’année.

«Nos systèmes de ventilation sont branchés sur des contrôles à distance permettant à l’équipe des ressources matérielles d’accéder en tout temps aux données du système et d’assurer son bon fonctionnement», ajoute Mme Bellerose.

Pour les écoles qui ne possèdent pas un tel équipement, on suivra une procédure d’aération par les fenêtres tout en s’assurant que les portes et les vasistas demeurent ouverts en permanence.

Sur le territoire du CSS de la Riveraine, six écoles, soit les trois écoles secondaires de même que les écoles primaires Beauséjour et Le Phare ainsi que le Centre Nicolet, sont déjà équipées d’un système moderne de ventilation. Un projet est également en cours à l’école primaire Tournesol et sera prêt en décembre, indique Mme Guay. Toutefois, il faudra y aller de façon manuelle pour les 24 autres écoles, précise-t-elle.

«Un projet d’ajout de ventilation est prévu à l’école Despins à Sainte-Gertrude», ajoute-t-elle. «Il faut savoir que ces projets sont plutôt rares car la configuration de nos bâtiments permet difficilement l’ajout d’une unité de ventilation», explique la secrétaire générale. «De tels projets, dans des bâtiments âgés comme les nôtres, peuvent rapidement devenir très coûteux», fait-elle valoir.

Au CSS de l’Énergie, on bénéficie de systèmes de ventilation dans les gymnases ainsi que dans quelques écoles ou parties d’écoles récemment agrandies. «La très grande majorité de nos classes, dans les établissements, ne sont pas munies de systèmes de ventilation», précise Mme Germain-Bergeron.

Pour donner un coup de main aux équipes-écoles, les concierges ont reçu la consigne d’ouvrir les fenêtres des locaux non occupés pendant qu’ils s’affairent à leur entretien puis de s’assurer de bien refermer le fenêtres par la suite.

Faut-il plus de ventilation?

Devant la forte augmentation des cas de COVID-19 en milieu scolaire, la Fédération des syndicats de l’enseignement avait écrit, le 21 octobre dernier, au ministre Christian Dubé et au Dr Horacio Arruda afin de les sensibiliser au fait que plusieurs spécialistes recommandent que l’air des classes soit changé cinq fois par heure pour diluer efficacement le virus. «À défaut de pouvoir ouvrir les fenêtres», ajoute la lettre, il faudrait «installer des systèmes de purification d’air mobiles dans les classes.» La lettre, déplore Mme Cousin, n’a pas reçu de réponse.

Toutefois, à l’occasion d’un point de presse, cette semaine, le ministre Dubé a notamment mentionné qu’au printemps, «l’OMS n’avait pas encore discuté de la propagation par aérosol.» La mention de l’OMS à l’effet qu’il y a «peut-être» une propagation par aérosol est assez récente, a-t-il ajouté. «On va se pencher là-dessus. S’il faut agir, on va agir rapidement», a mentionné le ministre. Cela pourrait représenter l’achat de purificateurs d’air ou de mesures temporaires «qui vont être sûrement dispendieuses», a-t-il souligné. «C’est pour ça que j’ai demandé une mise à jour avec un comité d’experts qui va regarder la ventilation, pas uniquement dans les écoles, mais dans nos différents établissements. Je m’attends que cette expertise-là va nous donner un rapport très rapidement», mentionnait-il en début de semaine.