La tempête Florence a provoqué d’importantes inondations en Caroline du Nord

Ouragan Florence: «Celui-là, c’était pas mal le pire»

TROIS-RIVIÈRES — Aux États-Unis depuis plus de 30 ans, Marion Houle, qui est originaire de Nicolet, en est à son 5e ou 6e ouragan. S’il a fini par s’habituer à vivre avec cette menace, il reste que Florence a constitué un stress supplémentaire. Superviseur dans un service ambulancier, il n’a eu d’autre choix que de laisser sa famille pour veiller à la sécurité de ses concitoyens.

«Le premier ouragan, j’étais célibataire, je n’avais pas de possession... Celui-là c’était différent. Il s’en venait vers nous. En raison de mon emploi, il faut que j’aille travailler, je n’ai pas le choix. Il faut que je laisse ma femme et mes enfants à la maison. De savoir que si quelque chose leur arrive, je ne peux pas y aller... Pour moi, celui-là, c’était pas mal le pire», raconte M. Houle, qui habite à Fuquay-Varina, à une trentaine de minutes au sud de Raleigh, en Caroline du Nord.

M. Houle s’attendait alors à travailler de longues heures. «J’étais préparé à partir jeudi soir pour trois jours. L’ouragan s’en venait chez nous. On m’a dit: ‘‘Prends soin de ta famille mardi et mercredi parce que tu vas être à l’ouvrage pour au moins trois à quatre jours’’.»

Si au départ, les prévisions indiquaient que Florence se dirigeait tout droit vers sa ville, l’ouragan a modifié sa trajectoire au cours de la semaine. Le pire a donc été évité pour eux. Mais au début de la semaine dernière, toute la communauté était sur un pied d’alerte. «On s’est préparé pour s’assurer d’avoir de l’eau, de l’essence et assez de nourriture. Par ici, quand tu parles d’ouragan, dans les épiceries, il n’y a pas de pain, pas d’eau et pas de beurre de peanut», lâche-t-il. «Lundi, tu ne pouvais pas trouver d’eau. Tout était vidé. Tu ne pouvais pas trouver de génératrice. Les stations-service ont commencé à manquer d’essence», ajoute-t-il.

M. Houle s’est commandé une génératrice qu’on devait lui livrer jeudi dernier, mais il ne l’a toujours reçue... Quand la population a appris que la tempête n’allait pas les frapper de plein fouet, la situation s’est rétablie. D’ailleurs, les appels d’urgence ont été beaucoup moins nombreux que prévu. Le personnel en surplus est intervenu dans les centres d’hébergement qui ont été mis en place pour les sinistrés des villes touchées. Il y en avait six uniquement dans le comté de M. Houle. «On a reçu beaucoup d’évacués. Mercredi soir, on a reçu 18 autobus d’évacués de Wilmington et New Bern.»

Sa ville a finalement été épargnée. «Il y a eu un peu d’inondations, de la pluie et des arbres brisés, mais à côté de ce qui s’est passé dans le reste de l’État, on a été très, très chanceux.» La demeure de M. Houle n’a pas été endommagée et il n’a subi que quelques pannes électriques sporadiques samedi et dimanche.

Les impacts de l’ouragan sont dévastateurs à plusieurs endroits, mais la situation aurait pu être encore bien pire.

«L’ouragan est arrivé en catégorie 1 et non pas 3 ou 4 comme ils le pensaient. Il y a moins de dommages de structures que prévu. Mais il va y avoir beaucoup, beaucoup de problèmes d’inondation. Les rivières sont encore en train de monter. Ça va battre des records. »

Marion Houle et son fils Zach, 8 ans.

D’ailleurs, même si la tempête est passée, les problèmes ne sont pas terminés pour autant. «Ce n’est pas fini. C’est ça qui est le pire. L’eau continue à monter et ils pensent que ça va monter au moins jusqu’à demain [mardi] soir. Chez nous, on n’a eu que quelques inondations mineures. On a vraiment été chanceux.»

BILAN
Lundi, le bilan du passage de la tempête Florence s’établissait à 31 morts. Un bébé âgé de seulement trois mois est mort quand une roulotte a été écrasée par un arbre. Trois autres personnes ont perdu la vie lors d’accidents de la route attribués aux intempéries.

Des secouristes ont retrouvé lundi le corps d’un garçonnet d’un an qui s’est noyé après avoir été emporté par la crue.

La ville de Wilmington et ses 120 000 habitants sont coupés du reste de la Caroline du Nord par la montée des eaux. Les responsables s’affairent à mettre en place un pont aérien pour la ravitailler en vivres et en eau potable.

Des policiers montaient la garde devant un commerce de la ville et seulement dix personnes à la fois étaient admises à l’intérieur.

Même si elle a maintenant glissé au rang de dépression tropicale, des images radar montrent que Florence touche au moins six États, et notamment les deux Carolines.

Les responsables surveillent d’un œil inquiet des fermes industrielles où on retrouve de gigantesques bassins remplis d’excréments animaux, par crainte qu’ils ne soient endommagés ou inondés par les crues.

L’intégrité de plusieurs montagnes de cendres de charbon a également été compromise. Ces montagnes se trouvent sur le site de centrales énergétiques au charbon et les cendres peuvent contenir des métaux lourds comme de l’arsenic, du plomb et du mercure.

Quelque 13 500 militaires ont été mobilisés pour participer aux opérations de secours.

Avec The Associated Press