Les organismes communautaires continuent d’offrir les services essentiels comme c’est le cas des Artisans de la paix avec sa tablée populaire. On voit ici à l’oeuvre la bénévole Nathalie Bolduc.
Les organismes communautaires continuent d’offrir les services essentiels comme c’est le cas des Artisans de la paix avec sa tablée populaire. On voit ici à l’oeuvre la bénévole Nathalie Bolduc.

Organismes communautaires: «On est en gestion de crise»

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — En ce temps de pandémie, les besoins des personnes démunies demeurent criants, et ceux qui les aident tentent de poursuivre leur mission tout en surmontant les obstacles qui semblent se multiplier de jour en jour.

«On est en gestion de crise», lance Sylvie Tardif, de Comsep. Même si toutes ses activités collectives sont pour l’instant annulées, il est hors de question de mettre la clé dans la porte le temps de laisser passer la tempête. Une équipe de travail restreinte s’assure de répondre aux urgences sociales. «Les gens se retrouvent isolés chez eux. Ce sont des gens qui sont fragiles. Avant, on fermait l’été, et on s’est aperçu qu’on avait des gens qui tombaient en dépression, qui étaient vraiment en grande détresse. Pour cette raison, Comsep ne ferme plus l’été. C’est un peu la même situation. C’est pourquoi on garde quand même une certaine urgence sociale pour répondre à leurs besoins. On téléphone aux gens qu’on sait plus vulnérables», explique Mme Tardif.

À la Corporation de développement communautaire de Trois-Rivières (CDC-TR), on souligne que la crise du coronavirus a des effets importants sur le milieu communautaire. Presque la totalité des organismes membres de la CDC ont interrompu leurs activités régulières, rassemblements ou activités de groupe, et certains ont même dû complètement fermer leurs portes. Télétravail, locaux non accessibles aux citoyens mais maintien des interventions téléphoniques, strictes mesures d’hygiène: l’adaptation est le mot d’ordre.

Les services essentiels demeurent comme l’hébergement, les popotes roulantes et la distribution alimentaire. Même chose pour le service d’accompagnement-transport, mais pour les rendez-vous médicaux essentiels.

Au Centre d’action bénévole de Laviolette, le personnel et bénévoles sont entraînés dans un véritable tourbillon. «C’est la folie furieuse. On revoit toutes nos mesures, tous nos services», raconte Louise Germain, directrice générale. La popote roulante, le comptoir alimentaire, l’accompagnement-transport et le service Tel-écoute ont échappé à la guillotine.

La popote roulante subsiste, mais terminé les repas chauds quatre fois par semaine pour l’instant. Comme à plusieurs endroits, ce sera de la popote congelée qui sera livrée une fois aux deux semaines. Il faut dire que près des trois quarts des bénévoles de ce service ont plus de 70 ans. Ils doivent donc s’isoler. «C’est notre gros problème actuellement», note Mme Germain.

Ce sont donc des employés qui font la livraison cette semaine. Ces livreurs doivent maintenant déposer le repas à la porte avant de frapper, et une fois qu’ils sont partis, la personne aidée le récupère. Ce sont d’ailleurs des aînés qui profitent de ce service. «La plupart sont seuls. Ils comptent là-dessus. C’est pourquoi on ne peut absolument pas abandonner ça», insiste Mme Germain.

Pour ce qui est des comptoirs alimentaires - qui sont passés de trois à un parce que deux d’entre eux se tenaient dans des bâtiments municipaux qui ont fermé leurs portes - les paniers sont préparés d’avance alors qu’auparavant les gens choisissaient ce qu’ils y mettaient, tout en respectant certains critères.

Les visites d’amitié pour les personnes esseulées se poursuivent mais… au téléphone. «Si on n’est pas là, ça ne marche pas On est leurs seules ressources», souligne Mme Germain.

Au Centre d’action bénévole de Grand-Mère, là aussi les services essentiels aux aînés et aux personnes démunies sont maintenus comme la popote roulante (repas congelés livrés une fois aux deux semaines), les comptoirs alimentaires et l’accompagnement-transport. Là encore, la majorité des bénévoles ont plus de 70 ans. Mais des gens dont le travail est pour l’instant suspendu semblent intéressés à s’impliquer. «Des gens à l’arrêt ont levé la main. Il y a une belle solidarité, et s’il y a d’autres personnes qui ont le goût de nous aider, on va les prendre», lance Sylvie Gervais, directrice générale.

Même son de cloche du côté de la Corporation de développement communautaire (CDC) Mékinac. «La CDC essaie de faire le lien entre les citoyens qui auraient envie d’aider et même des employés d’autres organismes communautaires qui sont en télétravail et qui pourraient, par exemple, donner un petit coup de pouce au Centre d’action bénévole ou au Carrefour Normandie. On est en train de coordonner tout ça pour voir si on peut justement faire du partage de ressources», explique Geneviève Ricard, directrice générale.

D’ailleurs, dans la plupart des organismes, le refrain est le même: avec l’isolement des personnes de 70 ans et plus, c’est tout un pan de l’armée de bénévoles qui s’active discrètement aux quatre coins de la région qui a brusquement disparu. «On a moins de personnel bénévole pour s’occuper de nos opérations. Les gens qui s’occupaient des comptoirs de vente sont affectés à nos services essentiels que sont la tablée, les dépannages alimentaires», explique Robert Tardif, directeur général des Artisans de la paix.

Le Centre d’action bénévole des Riverains tente de garnir sa banque de bénévoles pour ne pas se retrouver au dépourvu. Cet organisme maintient également les services essentiels. «On continue à appeler nos gens régulièrement pour savoir comment ils vont, comment ils se sentent. L’important c’est d’être à leur écoute, d’être présent pour eux, et de voir s’ils ont des besoins, et comment on peut y répondre», raconte Marie-Claude Samuel, directrice générale.

D’ailleurs, en cette période d’incertitude, les organismes communautaires ont un rôle important à jouer, estime Mme Ricard. «Pour les suivis individuels, c’est plus important que jamais de continuer. Il y a des gens qui sont plus sensibles au stress et à l’angoisse, et c’est sûr que si on est confiné à la maison et qu’on fait juste regarder RDI et LCN, ce n’est rien pour nous calmer. On est prêt à répondre à ces gens-là, à relativiser les choses s’il le faut, et aussi à inculquer des méthodes et des façons de faire pour éviter la contamination.»

Chez Ebyôn, qui maintient sa tablée populaire sous forme de plats pour emporter ainsi que la distribution et le dépannage alimentaires, on estime que les besoins risquent même de croître en raison de la situation actuelle. «On a déjà de nouvelles personnes qui se sont inscrites pour la distribution alimentaire», raconte Maryse Fortin, directrice. «La mère monoparentale qui ne peut plus aller travailler, est-ce que ça va changer la donne? Il se peut que la demande augmente», ajoute-t-elle.

Les organismes communautaires risquent aussi d’avoir besoin d’aide. «Le milieu communautaire est reconnu pour ses valeurs de solidarité et d’entraide. En cette période particulière, plusieurs d’entre eux auront besoin de toute l’aide nécessaire pour répondre le plus possible aux personnes vulnérables de notre société», fait valoir Amélie Dubuc, directrice générale de la Corporation de développement communautaire de Trois-Rivières.

«Tant qu’on va pouvoir, on va continuer les services essentiels, parce qu’il y a beaucoup de gens qui dépendent de nous», conclut Mme Germain.