CHAUR

Optilab: le transfert des analyses a débuté

Trois-Rivières — Le projet Optilab a fait un pas important en Mauricie-Centre-du-Québec. Le transfert des analyses de biochimie vers le Centre hospitalier affilié universitaire régional à Trois-Rivières (CHAUR) a débuté la semaine dernière. Si l’objectif est d’améliorer et d’uniformiser la qualité des analyses de laboratoire au Québec, selon le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), il suscite néanmoins des inquiétudes auprès des syndicats.

«Le train continue d’avancer. On espérait que le gouvernement qui a été élu cet automne et qui s’était déjà prononcé contre ce projet y mette un frein. On aimerait avoir un délai supplémentaire pour regarder tout ça de près et vérifier s’il y a vraiment un avantage financier», explique Sylvie Godin, représentante nationale de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Mauricie et au Centre-du-Québec. Selon Le Soleil, le gouvernement Legault est toujours en réflexion concernant cette réforme.

Optilab, qui avait été mis de l’avant par l’ancien ministre de la Santé Gaétan Barrette, a amorcé son implantation en 2016 dans toutes les régions du Québec. Le laboratoire du CHAUR est l’un des onze laboratoires serveurs du Québec, ce qui signifie que certaines analyses qui étaient réalisées dans les autres laboratoires de la région vont l’être dorénavant à Trois-Rivières. «Tous les autres laboratoires de la région (Cloutier-du Rivage, Drummondville, Fortierville, Louiseville, La Tuque, Nicolet, Shawinigan et Victoriaville) continuent d’effectuer les analyses pour lesquelles un suivi clinique rapide est nécessaire et celles dont l’intégrité des échantillons pourrait être compromise lors d’un transfert vers le laboratoire serveur», explique Caroline Paquin, porte-parole du CIUSSS.

Selon le CIUSSS, les analyses transférées représentent entre 15 et 20 % du volume de la biochimie pour l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, l’Hôpital Sainte-Croix et l’Hôpital du Centre-de-la-Maurice (environ 20 analyses par centre). Il se situe entre 5 à 10 % pour le Haut-Saint-Maurice (16 analyses) et à moins de 5 % pour Nicolet et Louiseville (2 analyses par centre).

Les avantages de ce projet sont nombreux, selon le CIUSSS. «La création d’une masse critique sous un même toit et l’adaptation à l’évolution des technologies de robotisation et d’automatisation permettront de mieux répondre aux besoins actuels et futurs de la population et des cliniciens. L’acquisition d’équipements plus performants permet de regrouper des volumes d’activités non urgentes», mentionne Mme Paquin.

Pour ce qui est de la population, les prélèvements se font encore aux mêmes endroits.

Les syndicats s’inquiètent notamment des délais que cette nouvelle façon de faire va engendrer. «S’il n’y a pas de transporteur, si c’est trop long avant qu’il puisse être analysé, l’échantillon n’est plus bon. Il faut recommencer. Les délais vont être encore plus longs», estime Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). «La semaine dernière, il y a eu un accident et le pont a été fermé. Les échantillons sont dans des caisses et ils attendent. Il y en a là-dedans qui vont excéder le temps que nous avons à respecter pour procéder aux analyses. Quel est le plan B? On ne le connaît pas encore, à part rappeler les patients pour qu’ils reviennent faire leur prise de sang», déplore Mme Godin. Le CIUSSS précise que seules des analyses non urgentes peuvent être transférées au CHAUR. «Le laboratoire serveur est assujetti aux mêmes normes que l’ensemble des laboratoires en termes de qualité et rapidité d’exécution des analyses», note Mme Paquin.

Mme Godin croit néanmoins que des imprévus risquent de se produire. «Ça [Optilab] peut avoir un certain inconvénient pour la transmission des résultats à court ou à moyen terme. Ils nous disent tout le temps qu’ils ont des solutions et qu’il n’y aura pas d’incidence, mais je pense qu’il va y avoir beaucoup de situations auxquelles ils vont réagir au moment où elles vont se présenter parce qu’ils ne peuvent pas tout anticiper.»

L’impact sur les employés fait également partie des doléances des syndicats. Ce projet cause beaucoup d’insécurité, selon eux. «Ça change la nature du travail. On va faire des boîtes au lieu de faire des analyses. Ça va être moins intéressant et ça va faire aussi en sorte que les laboratoires associés vont éventuellement avoir moins de personnel. Il faut s’attendre à une diminution des listes de rappel.»

Selon le CIUSSS, un comité paritaire - où siègent les parties patronale et syndicale - a été mis en place pour limiter les impacts sur les ressources humaines. «Contrairement aux annonces de décembre 2016, plus d’analyses seront conservées dans les centres associés. Ce nouvel élément change donc le portrait initial en augmentant les besoins de main-d’oeuvre pour certains centres associés», précise Mme Paquin.

Le fait que les analyses ne seront pas toutes réalisées dans le même laboratoire va entraîner davantage de manipulations, estime Mme Godin. «On va devoir prélever plus de tubes ou bien séparer les échantillons, parce qu’il y a une partie des analyses qui vont être faites dans le laboratoire associé et l’autre partie au laboratoire serveur. Ça demande une gestion incroyable, des ajustements quand même de grande importance. Des fois, c’est plus facile et plus rapide de faire des analyses dans le laboratoire que de préparer le spécimen pour qu’il soit envoyé. Les manipulations sont plus longues que l’analyse en tant que telle. Mais en bout de ligne, si on regarde juste le coût de l’analyse, c’est vrai qu’elle va coûter moins cher, mais si on regarde tout ce que ça entraîne au niveau des manipulations, des frais de transport, des délais, du temps que cet échantillon va être manipulé plutôt que d’être analysé, on se demande si on ne change pas quatre trente sous pour une piastre, tout en entraînant beaucoup d’inconvénients.»