Donald Martel

Opposition à ProjetBécancour.ag: «Je trouve ça un peu excessif»

BÉCANCOUR — Même s’il s’attendait à ce que ce dossier suscite la controverse, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, juge malheureuse l’opposition à ProjetBécancour.ag tout en y percevant une manoeuvre politique.

«Je trouve ça malheureux qu’avant que les audiences commencent, on essaie de détruire le projet. Je pense qu’il faut avoir de l’ouverture. Je soupçonne des adversaires politiques de se servir de ça, faire peur aux gens, à des fins purement politiques. On a des outils, on a le BAPE, le ministère de l’Environnement. Le Québec, on est à beaucoup d’égards un exemple au niveau environnemental. Et comme député de Nicolet-Bécancour, je suis à l’aise de défendre ce projet-là pour plusieurs raisons», a-t-il confié au Nouvelliste.

D’abord, celui-ci fait remarquer que l’urée qui sera produite à partir de l’usine de Bécancour est déjà consommée au Québec et au Canada. «Celle qu’on consomme actuellement vient de la Russie en bonne partie et elle est produite à partir du charbon. Donc, d’un point de vue environnemental, moi, je suis très à l’aise de défendre ça», fait-il valoir.

Par ailleurs, M. Martel souligne le fait que le Parc industriel de Bécancour est l’outil de développement économique le plus important que le gouvernement du Québec possède.

«Quand on regarde les résultats depuis 15 ans, ça n’a pas été profitable. Et quand on regarde le niveau de richesse et de revenus dans la Mauricie et au Centre-du-Québec, qu’on se situe parmi les plus bas, moi, je ne trouve pas ça normal. Et l’une des causes, c’est qu’on a sous-exploité le potentiel du Parc industriel de Bécancour. Il arrive un projet de 1,3 milliard de dollars et là, des gens vont venir contester ce projet-là avant qu’on le soumette à la procédure réglementaire du BAPE. Je trouve ça un peu excessif», a-t-il affirmé.

Et dans un contexte, dit-il, où les municipalités de la partie Est de son comté ont du mal à garder leurs écoles et attirer des nouvelles familles par manque d’emplois payants, «il faudrait que je ferme la porte immédiatement à un potentiel de 200 jobs permanentes et je ne sais à combien de façon indirecte? No way!», a clairement lancé le député caquiste.

«Je suis conscient du potentiel d’émissions de CO2. Il y a de la recherche actuellement, il y a beaucoup d’évolutions technologiques pour capter ces CO2-là. Moi, ma préoccupation, c’est de trouver des façons d’à la fois permettre à l’usine de s’installer, mais aussi, de réduire ces émissions de gaz à effet de serre le plus possible. Et même travailler à en faire une bonne utilisation de ces CO2. Je travaille aussi à ce que la Mauricie et le Centre-du-Québec, via l’université entre autres, puissent acquérir des connaissances scientifiques pour évoluer par rapport à ça», explique M. Martel.

«Si le BAPE nous dit que ce n’est pas un bon projet, je vais respecter ça. Ce que j’ai envie de dire, c’est laissons travailler notre compétence, nos connaissances, et n’essayons pas de politiser déjà ce dossier-là», a-t-il soutenu.

Pour sa part, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, dit ne pas vouloir en faire un débat avant le vrai débat. «C’est au BAPE que ça va se discuter. Ce n’est pas au niveau de la Ville que ça se brasse ces affaires-là, c’est au niveau du ministère de l’Environnement du Québec», a déclaré celui qui respecte la liberté d’expression des opposants.

De son côté, le porte-parole de ProjetBécancour.ag, Yvan Martin, se dit ouvert à toutes les suggestions «qui vont nous permettre de bonifier ce projet-là sur le plan environnemental et à tous les niveaux».

«Ce qui est important de rappeler aussi, c’est que depuis janvier 2018, on a rencontré beaucoup d’organismes, de groupes, dont des groupes environnementaux dans la région. Malheureusement, on n’a pas eu la chance de rencontrer ces gens-là. On aurait été très heureux de les voir. On en profite pour dire que c’est avec plaisir qu’on veut les rencontrer et écouter ce qu’ils ont à dire et entendre les suggestions qu’ils peuvent faire pour bonifier le projet», a-t-il commenté.

Par rapport au projet, le promoteur dit avoir présenté les avantages économiques, sur le plan de l’approvisionnement en urée. «Depuis le début, même si ce projet est déjà très performant, nous sommes dans une perspective de toujours l’améliorer. L’idée c’est de récupérer, capter, valoriser l’émission de GES le plus possible en fonction des technologies qui sont disponibles et applicables. Ce que je peux dire, c’est qu’actuellement, nous sommes déjà en discussion avec des organisations afin de voir les possibilités de valoriser et de capter les GES et il y a certaines de ces initiatives qui vont prendre forme. Ce projet-là continue à avancer et on continue à regarder des solutions pour faire en sorte que cette usine-là soit la plus performante au monde à tous les niveaux et aussi au niveau de la récupération, la valorisation et la captation des GES», décrit M. Martin.

Ce dernier a tenu à rappeler «qu’on va récupérer 55 % des émissions de CO2 qui sont générées par la production de méthanol pour produire l’urée».

«Nous, notre objectif, c’est vraiment d’aller encore plus loin que ça. Et comme je disais, il y a des initiatives qui sont sur le point de prendre forme», conclut celui qui fait confiance au processus du BAPE «pour mettre en lumière les avantages du projet et montrer aux gens de ce qu’il en est exactement».