L’école primaire Niska d’Opitciwan est fermée depuis quelques semaines.

Opitciwan: en classe sans récréation, dénoncent des professeurs

La Tuque — L’école primaire Niska de la communauté atikamekw d’Opitciwan, en Haute-Mauricie, a dû fermer ses portes le 19 mars dernier en raison d’odeurs persistantes, forçant les élèves à déménager à l’école secondaire. Des enseignants dénoncent toutefois l’horaire qu’ils ont dû adopter. Les enfants, qui n’ont que cinq minutes entre les périodes, sont confinés dans les classes sans récréation, une situation qui devrait perdurer jusqu’à la semaine prochaine.

Les élèves du primaire et du secondaire doivent désormais fréquenter le même établissement scolaire. Le matin, de 7 h 45 à 12 h 15, ce sont les jeunes de niveau primaire qui fréquentent l’école tandis que les plus grands, eux, ont des cours de 13 h à 17 h 50.

«Les jeunes n’ont pas le droit de sortir du local pendant 4 h 30. C’est interdit pour un enseignant de sortir dehors pour une récréation par exemple», souligne un enseignant qui a préféré garder l’anonymat.

Cette situation perdure depuis déjà deux semaines et on remarque l’effet négatif sur l’apprentissage des enfants. «Il y a des jeunes, surtout les plus jeunes, qui pleurent dans les classes. Les plus vieux sortent fatigués, brûlés… Pendant ce temps-là, le ministère de l’Éducation au Québec veut donner plus de récréations parce qu’il trouve ça bénéfique pour les jeunes… Nous autres ici, il n’y en a plus», dénonce l’enseignant.

Ce dernier est quand même réaliste et il reconnaît que la situation est temporaire pendant le nettoyage de l’école. «Ça ne fait aucun sens de mettre des élèves dans une classe pendant 4 h 30. C’est inhumain de ne pas leur donner de récréation […] J’ai aussi vu des profs à bout dans les corridors», note-t-il.

Importante récréation

Les récréations ont fait plus d’une fois les manchettes dans les derniers mois. D’ailleurs plusieurs insistent sur les bienfaits et l’importance de la récréation.

«Le cerveau a certaines limites, apprendre c’est vraiment exigeant pour le cerveau. Les capacités d’attention et de concentration, elles sont limitées. Si on pousse trop, il va s’installer une certaine fatigue et même une surcharge cognitive dans certains cas. C’est dans ce sens-là que les récréations sont indispensables. Le cerveau a besoin de pauses pour récupérer, pour se restaurer. […] La récréation, elle permet une certaine décharge motrice dans le corps, ça permet de réoxygéner le cerveau et ça permet à l’élève de revenir dans une zone optimale pour apprendre», a expliqué Genevière Bergeron, professeur au département des sciences de l’éducation à l’UQTR.

«Un cas de force majeure»

Le chef de la communauté d’Opitciwan n’a pas voulu commenter la situation. Il a mentionné au Nouvelliste qu’il n’était pas au courant. Par ailleurs, il a affirmé que le retour dans les locaux de l’école primaire devrait se faire en début de semaine prochaine.

«On va organiser une assemblée pour le personnel et les parents jeudi pour le retour à l’école primaire lundi ou mardi prochain […] Évidemment, on ne veut pas faire perdre l’année scolaire des jeunes. J’ignore les directives qui ont été données à l’interne, mais il a fallu condenser deux écoles dans une. Je ne suis pas en mesure de commenter cette situation-là», a fait savoir le chef Christian Awashish.

«C’était un cas de force majeure», a-t-il ajouté.

Selon le chef, ce qui explique tout le branle-bas de combat à l’école était causé par l’air très sec qui circulait dans l’école. «À certains endroits, il n’y avait même pas 10 % d’humidité […] On a également constaté que le système de ventilation et d’humidificateur n’était pas efficace ou fonctionnait en partie. Il y a eu des ajustements et d’autres mesures seront prises pour rendre la situation adéquate. L’école est maintenant correcte».

«Actuellement, on est en train de réfléchir au niveau du rattrapage des heures manquées. On essaie de trouver des solutions satisfaisantes pour tout le monde autant pour le personnel que l’employeur», a ajouté M. Awashish.

Rappelons qu’à la mi-mars, l’école avait dû être fermée en raison d’un refus de travailler de plusieurs membres du personnel. Ces derniers se plaignaient, entre autres, de maux de tête et de problèmes respiratoires. Des odeurs persistantes avaient forcé le Conseil à investiguer.