La vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a annoncé vendredi que plus de 1000 bars de la province recevront la visite de policiers venus s’assurer que les normes sanitaires sont respectées.
La vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a annoncé vendredi que plus de 1000 bars de la province recevront la visite de policiers venus s’assurer que les normes sanitaires sont respectées.

Opérations policières dans les bars: «Une dernière chance» à saisir

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
QUÉBEC — Les policiers partent à la chasse aux réfractaires aux règles sanitaires dans les bars, restaurants et hôtels en fin de semaine.

Le gouvernement Legault se défend de vouloir ainsi imposer une dictature, mais appelle à la responsabilité des citoyens pour dénoncer des situations.

Plus d’un millier d’établissements seront ciblés dans tout le Québec pour vérifier si les règles de la santé publique sont respectées, et sinon, imposer des amendes pouvant aller jusqu’à 6000 $.

«Mes collègues et moi n’avons qu’un seul objectif: c’est de protéger la santé des Québécois et de faire en sorte que la société puisse continuer de fonctionner, a dit en conférence de presse la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, vendredi matin à Québec. Ça ne repose sur aucun complot ou aucune velléité dictatoriale ou autre.»

La ministre appelle également les citoyens à la vigilance, s’ils constatent des comportements répréhensibles: pistes de danse bondées, pas de port de masque à l’intérieur, des gens qui boivent debout, etc. S’ils préviennent le gestionnaire et cela persiste, il faut agir.

«Tu vas au restaurant pour passer une belle soirée, pas pour appeler la police, mais en même temps, le constat de l’infraction sur-le-champ est «facilitant» pour pouvoir y mettre un terme.»

Une présence bienvenue

Dans la région, les quelques propriétaires de bar auxquels Le Nouvelliste a pu parler ne se formalisent pas de cette présence policière accrue. Luc Bouthilier, propriétaire de L’Embuscade, à Trois-Rivières, croit même qu’elle sera bénéfique.

«C’est la dernière chance que les bars ont pour faire très attention et ne pas revivre le cauchemar qu’on a vécu du mois de mars au mois de juillet, soit d’être complètement fermés. C’est la dernière chance pour les endroits délinquants de se ressaisir afin de ne pas pénaliser tout le monde. C’est l’occasion de montrer que les bars peuvent faire partie de la solution, et non du problème», croit-il.

Stéphane Béland, propriétaire de la Taverne chez Jos, à Shawinigan, abonde dans le même sens.

«Je respecte ce que la santé publique m’a demandé, alors ça ne m’inquiète pas. Je suis même surpris qu’ils ne soient pas venus plus tôt», mentionne-t-il.

Jean-Claude Leblanc, propriétaire de la Taverne Royale, se réjouit de la présence de policiers dans les bars, des endroits où la distanciation peut être très difficile à faire respecter, concède-t-il.

Jean-Claude Leblanc, propriétaire de la Taverne Royale, à Trois-Rivières, voit aussi d’un très bon œil la présence policière accrue dans les bars. Selon lui, plusieurs endroits ne prennent pas assez au sérieux les mesures exigées par la santé publique. Il concède toutefois que le comportement des clients, en particulier lorsqu’ils ont plusieurs verres dans le nez, ne facilite pas la tâche au personnel qui travaille dans les bars.

«Ça se passe quand même bien ici, parce que ça fait plusieurs semaines, plusieurs mois qu’on applique les consignes, mais une personne qui a bu, elle n’écoute pas les consignes. Un gars chaud qui voit un ami qu’il n’a pas vu depuis plusieurs semaines arriver, il va lui serrer la main, le prendre dans ses bras, même si on lui dit de ne pas le faire», illustre-t-il.

Le propriétaire du Billard Lounge L’Abasie, Yves Germain, s’inquiète davantage des conséquences qu’aurait un nouveau confinement que de la présence policière annoncée.

«C’est la situation avec la COVID, pour nos entreprises, qui m’inquiète. De ne pas pouvoir accueillir le même nombre de clients qu’habituellement, de devoir fermer à minuit, ça nous fait très mal, surtout qu’on est un salon de billard. Alors oui, la santé m’inquiète, mais l’économie aussi», confie-t-il.

Contraventions aux clients et aux exploitants

L’opération OSCAR (Opération systématisée comportements à risque) ciblera toutes les régions du Québec, mais plus particulièrement celles qui se trouvent au palier jaune en raison d’une hausse des infections à la COVID-19.

L’opération sera menée par les corps policiers du Québec, en collaboration avec le ministère de la Sécurité publique. La ministre Guilbault a prévenu que les policiers seront «très visibles».

Les policiers s’assureront notamment du respect de la Loi sur la santé publique et de la Loi sur les permis d’alcool, et ils pourront remettre des contraventions aussi bien aux clients qu’aux exploitants. «Chaque geste compte, a dit Mme Guilbault. Chaque outil à notre disposition sera utilisé pour lutter contre la COVID. On doit tout faire pour éviter une deuxième vague au Québec.»

Des avis pourraient être éventuellement transmis à la santé publique, et la Régie des alcools, des courses et de jeux du Québec pourrait être appelée à intervenir.

Les élus de Québec et de Montréal ont réagi favorablement à l’annonce. Le maire de Québec, Régis Labeaume, estime que ces interventions sont nécessaires et que les policiers agissent de façon «raisonnée et intelligente».

«Je pense qu’on n’est pas à la veille d’avoir un État policier, n’exagérons pas. (...) Si c’est nécessaire (d’intervenir), faisons-le», a-t-il commenté.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, estime également qu’«on est loin de l’État policier». Si on veut garder les commerces et restaurants ouverts, il est «correct» selon elle d’augmenter la présence des forces de l’ordre afin de veiller au respect des règles. «Il y a une chose qui est évidente, plus la soirée avance (...) c’est la nature humaine d’oublier, parce qu’en plus, on a eu une année difficile.»