Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

Opération travailleurs expérimentés

TROIS-RIVIÈRES — Pour la deuxième phase de sa grande corvée, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a lancé un appel important aux travailleurs expérimentés pour qu’ils considèrent un retour en emploi ou une prolongation de carrière. Il s’est aussi adressé aux entreprises pour qu’elles fassent appel à ce bassin de travailleurs pour répondre à leurs besoins de main-d’œuvre.

«En Mauricie, on un bassin de travailleurs expérimentés extrêmement intéressant ainsi que beaucoup de PME», a-t-il commenté en entrevue au Nouvelliste.

Ainsi, le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière, auparavant appelé crédit d’impôt pour travailleur d’expérience, a été bonifié et comprendra des investissements de 533,2 millions de dollars sur cinq ans.

Pour les travailleurs de 60 à 64 ans, le montant maximal du crédit d’impôt peut atteindre 1500 $. Globalement, cette bonification profitera à près de 158 000 travailleurs de 60 à 64 ans. Pour les travailleurs de 65 ans et plus, le crédit d’impôt existant continue de s’appliquer et peut atteindre 1650 $.

Et pour appuyer les PME dans leurs efforts pour recruter et maintenir en emploi des travailleurs expérimentés, le ministre Boulet rappelle qu’un crédit d’impôt est aussi offert pour réduire les charges québécoises sur la masse salariale liées aux travailleurs âgés de 60 ans ou plus. On estime que plus de 34 000 PME bénéficieront de cet allègement fiscal, qui représente des investissements de 338,8 millions $ sur cinq ans.

Grâce aux réductions des charges sur la masse salariale des petites et moyennes entreprises, 50 % des cotisations québécoises payées par l’entreprise seront remboursées sous forme de crédit d’impôt pour chaque travailleur âgé de 60 à 64 ans jusqu’à concurrence de 1250 $. Également, 75 % de ces cotisations seront remboursées pour chaque travailleur de 65 ans et plus jusqu’à concurrence de 1875 $.

Un montant supplémentaire de 20 millions $sur cinq ans est également prévu pour adapter les services publics d’emploi, dans le but de maintenir et d’attirer davantage de travailleurs expérimentés sur le marché du travail.

Alors que le taux d’emploi des travailleurs expérimentés québécois est nettement inférieur à la moyenne canadienne, dont celui de l’Ontario, le ministre Boulet a expliqué qu’un rattrapage permettrait de bénéficier de la présence de 89 000 travailleurs supplémentaires sur le marché du travail québécois pour combler les postes disponibles.

Dans certains secteurs, ce sont pratiquement les candidats qui passent l'employeur en entrevue, pour jauger des conditions de travail qu'il offre, a illustré le ministre. «Il faut que les employeurs s'adaptent; le rapport de forces n'est plus le même.»

«Dans ma tournée provinciale, je rencontre des travailleurs expérimentés dans les cafés partout au Québec. Souvent, ils m'interpellent: "M. Boulet, j'ai pris ma retraite il y a un an, deux ans, trois ans, mais j'aimerais ça retourner sur le marché du travail; j'aimerais ça ne pas avoir à travailler la fin de semaine, j'aimerais ça travailler à temps partiel". C'est pour ça que les entreprises doivent aussi être accommodantes, s'assurer qu'on est capable de leur offrir des emplois qui respectent leurs capacités et leur volonté de travailler», a résumé le ministre Boulet.

Les employeurs devront donc améliorer diverses conditions pour attirer la main-d'oeuvre ou la garder, comme les horaires, les salaires et autres bénéfices et faire preuve de flexibilité, a-t-il fait valoir.

Avis aux entreprises qui proposent un programme de départs volontaires pour inciter les travailleurs plus âgés à quitter, afin d'éviter les mises à pied ou d'en réduire le nombre: «les programmes de départ volontaire vont devenir moins intéressants pour les travailleurs», grâce à certaines mesures qui ont été adoptées par Québec, a prévenu le ministre.

La Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières a salué cette annonce, d’autant plus que la main-d’oeuvre fait partie de ses axes prioritaires. «Plusieurs de nos membres nous partagent leurs préoccupations au niveau de la situation de rareté de main-d’œuvre et à cet égard, les incitatifs présentés par M. Boulet me réjouissent», a fait savoir le président Marco Champagne.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui représente justement des PME, a aussi bien accueilli l’initiative ministérielle. «Avec 112 000 emplois à pourvoir dans le secteur privé, nous avons besoin d’actions concrètes et urgentes», a déclaré la vice-présidente principale, Martine Hébert. Elle rapporte que près d’une PME sur deux affirme avoir perdu des ventes ou des contrats par manque d’employés.

Le Conseil du patronat également a applaudi. «Dans le contexte actuel de rareté de main-d’oeuvre, nous ne pouvons pas nous permettre d’échapper personne et nous devons tout mettre en œuvre pour favoriser l’intégration des bassins de population sous-représentés sur le marché du travail», a affirmé son pdg, Yves-Thomas Dorval.

L’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic, qui représente 32 000 membres, croit que la mesure pourra intéresser certains de ses membres, «mais à certaines conditions». Le gouvernement, dit l’association, «doit s’assurer que le retour au travail des retraités ne nuira pas à leurs rentes et régimes de pension», a commenté son président, Donald Tremblay.

La plus grande centrale syndicale du Québec, la FTQ, s'est réjouie des propos du ministre et de la confirmation des crédits d'impôt. Mais cela reste insuffisant à ses yeux. «Hausser le salaire minimum à 15 $ l'heure devient de plus en plus important pour aider à résorber la pénurie d'emplois», a souligné son président Daniel Boyer.

«Nous souhaitons que les suggestions du ministre, comme offrir de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires et éliminer les heures supplémentaires obligatoires soient entendues par son propre gouvernement, alors que nous approchons des négociations dans le secteur public et parapublic. À ce chapitre, il faudra que les bottines suivent les babines», a-t-il conclu.

Avec la collaboration de la Presse canadienne