Le toit d’une porcherie s’est effondré sous le poids de la neige vendredi.

Opération déneigement

TROIS-RIVIÈRES — La multiplication des effondrements de toitures dans la région et ailleurs dans la province a eu le même effet qu’une sonnette d’alarme pour bien des gens. Sur les toits des commerces et des résidences, les déneigeurs s’activent comme jamais. La pelle dans la main et la langue à terre, ils peinent à répondre à la demande.

«On est débordé. C’est quelque chose. Les gens sont très, très inquiets. Depuis Kenny U-Pull, le nombre d’appels a augmenté d’au moins le tiers. J’ai vraiment remarqué une explosion des appels depuis qu’on entend parler des toits qui s’écroulent partout. Les gens ne veulent pas prendre de chance», raconte François St-Hilaire, propriétaire de Toitures Sublime à Trois-Rivières. «C’est rendu complètement fou. C’est environ 200 appels par jour. Un moment donné, on ne sait plus où donner de la tête», lance Sylvain Garceau, propriétaire de Toiture Mauricie SG à Trois-Rivières.

«On a beaucoup de demandes et même d’un peu partout», mentionne David Moreau, président de Toitures Daniel à Drummondville. Certains de ses travailleurs se trouvaient d’ailleurs au Métro Plus des Forges, sur le boulevard Chanoine-Moreau, à Trois-Rivières, lundi, pour dégager le toit. Une grue était utilisée pour faciliter les opérations. Selon M. Moreau, il va falloir le travail de 8 à 10 hommes pendant environ 4 jours pour venir à bout de toute cette neige.

Tous les déneigeurs de toitures contactés, lundi, tenaient le même discours concernant l’ampleur de la demande. Certains ne prenaient tout simplement plus leurs appels. Plusieurs travaillent jusqu’à 12 heures par jour. Pour la plupart, le principal problème, ce n’est pas le manque de travail, mais bien le manque de main-d’œuvre. «Il y a toujours de la place pour de la main-d’œuvre, parce que la demande est trop forte cette année. Juste pour donner une idée du volume, aujourd’hui, en une heure, j’ai reçu 29 appels pour des déneigements de toitures», raconte M. St-Hilaire. «Je pense que si j’avais 60 gars, ils travailleraient tous. On marche avec les gars qu’on a. On en a une quinzaine et ça va bien. On ne lâche pas. On n’arrête pas une minute», mentionne M. Garceau.

Rappelons que cinq affaissements de toitures sont survenus jusqu’à maintenant dans la région. Heureusement, ils n’ont fait aucune victime. Dimanche, une partie du toit de l’ancien garage municipal de Grand-Mère s’est effondré. Même chose pour l’entreprise Kenny U-Pull, à Trois-Rivières, samedi. Vendredi, c’est la toiture d’une ferme porcine, sur l’avenue des Hirondelles, dans le secteur Gentilly, à Bécancour qui a cédé. Le garage municipal de Notre-Dame-du-Mont-Carmel a connu le même sort jeudi, alors qu’à la fin janvier, c’est l’abri à gravier de Saint-Élie-de-Caxton qui s’est écroulé.

Dans tous les cas, les dommages sont importants. À la ferme porcine dont une partie de la toiture s’est effondrée, vers 23 h 15, vendredi, dans le secteur Gentilly, la situation aurait pu être encore plus dramatique. Elle abrite jusqu’à 2500 cochons. Heureusement, le toit ne s’est pas affaissé jusqu’au sol. Il a été arrêté par les parcs en béton où se trouvent les bêtes. La bâtisse a été sécurisée, et lundi, les cochons sous l’affaissement étaient déplacés. En début d’après-midi, alors que l’opération était en cours, aucun d’entre eux ne semblait avoir péri, selon le propriétaire François Turcot. «On est en train de les sortir. Le toit est accoté sur le dessus des parcs. On marche à quatre pattes en dessous pour les sortir nous-mêmes», raconte-t-il.

Pour éviter d’autres incidents du genre, la vigilance est de mise. À la Ville de Trois-Rivières, on précise que chaque année, on s’assure que la neige ne met pas en péril l’intégrité des bâtiments. «C’est une opération habituelle et courante, c’est-à-dire qu’on n’attend pas que la neige s’accumule pour procéder aux opérations», note Mme Cynthia Simard, porte-parole de la Ville de Trois-Rivières.

Il reste que cet hiver est particulier. «C’est sûr que c’est un hiver exceptionnel. Habituellement, on va déneiger certaines toitures à peu près deux fois, mais cette année, dans certains cas, on m’indique que le sous-traitant a dû y retourner 4 et même 5 fois, dépendamment de l’édifice. Donc, oui, on met les bouchées doubles», ajoute Mme Simard.

À la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, les directions d’école surveillent de près leurs bâtiments en collaboration avec le département des ressources matérielles. Environ le tiers des 74 établissements de la Commission scolaire ont été déneigés jusqu’à maintenant. C’est à peu près le même nombre de bâtiments déneigés pendant toute la saison hivernale de l’an dernier.

Du côté de la Commission scolaire de l’Énergie, on multiplie aussi les séances de déneigement. «Les opérations sont en cours depuis au moins deux semaines. Il y a eu d’abord des inspections visuelles et aussi des inspections sur place avec des ingénieurs en structure qui ont accompagné les équipes pour évaluer les risques. Des inspections ont été réalisées dans tous les secteurs des établissements. Des travaux de déneigement ont été réalisés à plusieurs endroits et c’est toujours en cours», mentionne Renée Jobin, porte-parole. La dernière opération du genre remonte à 2008 alors que des précipitations records s’étaient abattues sur la province.

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec occupe environ 130 immeubles dont une soixantaine lui appartiennent. Lui aussi effectue une vigie et s’est assuré du déneigement de certaines toitures à titre préventif.

Pour ceux qui espèrent que l’hiver va leur donner un peu de répit, il faudra plutôt qu’ils prennent leur mal en patience. En effet, une dizaine de centimètres de neige sont attendus de mercredi à jeudi. Mais ce n’est qu’une mise en bouche pour ce qui nous attend dimanche. «Un système un peu plus important et surtout un peu plus incertain est à prévoir pour dimanche. Si tout tombe en neige, ça pourrait être des quantités importantes dépassant les 15 centimètres avec de la poudrerie, par contre, ce n’est pas impossible qu’il y ait un mélange de précipitations. Donc, un peu moins de neige avec un mélange de verglas, et peut-être même de la pluie pour quelques heures», explique Alexandre Parent, météorologue pour Environnement Canada.