Le directeur général de la SSJB Mauricie, Guy Rousseau, a interpellé les élus de Trois-Rivières.
Le directeur général de la SSJB Mauricie, Guy Rousseau, a interpellé les élus de Trois-Rivières.

Open fait réagir au conseil

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le dossier de l’appellation du District entrepreneurial innovant Open Trois-Rivières a eu bien des échos, mardi soir lors de la séance publique du conseil municipal. Alors que la salle affichait pratiquement complet de gens venus manifester leur désaccord face à cette appellation et à l’affichage qui en a découlé sur l’immeuble de la rue des Forges, plusieurs personnes ont pris la parole afin d’exhorter le conseil municipal de ne pas permettre cette appellation tirée de l’anglais.

On se souviendra que la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de la Mauricie avait récemment incité ses membres à interpeller à la fois l’Office québécois de la langue française (OQLF), de même que les élus municipaux afin de voir cette appellation être changée. Mardi soir, c’est essentiellement des membres de la SSJB qui ont répondu à cette invitation.

Le directeur général de l’organisme, Guy Rousseau, a du coup procédé à la distribution de tasses à tous les conseillers municipaux ainsi qu’au maire Jean Lamarche, une tasse sur laquelle on pouvait lire «Je me souviens».

«Nous voulons susciter une réflexion pour reconsidérer les engagements déjà pris. Nous avons la conviction que de maintenir cette décision aura des conséquences négatives pour l’image de notre municipalité», a signifié M. Rousseau, ajoutant qu’il est de la responsabilité d’un organisme public ou parapublic de démontrer un soutien envers les initiatives prises auprès des entreprises privées pour vivre, travailler et afficher en français.

Pour sa part, Marie-Andrée Denis, traductrice de métier, a rappelé que bien que le mot Open se retrouvait dans le dictionnaire, il était défini comme un anglicisme, «un emprunt abusif et inutile à la langue anglaise», a-t-elle déclaré. «Vous aimez notre ville? Respectez-la! Respectez son visage francophone et libérez-la de cette verrue qui l’afflige en lettres géantes», a-t-elle ajouté.

Des propos qui ont été appuyés par l’historienne et professeure à l’UQTR Lucia Ferretti, qui a rappelé au conseil municipal les nombreux combats menés pour préserver la langue française au Québec, jusqu’à l’adoption de la Loi 101 en 1977. «C’est incroyable qu’on soit encore obligé de parler de ça à cause d’Open, de tourner le regard 40 ou 45 ans en arrière», a-t-elle déclaré, invitant les élus à faire preuve d’ouverture et d’audace.

L’économiste et professeur émérite de l’UQTR Pierre-André Julien estime pour sa part que la Ville et Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières ont tort de croire que pour faire des affaires de nos jours, il faut s’afficher en anglais. «Vouloir copier les autres est une très mauvaise façon de vendre nos choses. Innovons», a-t-il suggéré.

Rencontres

Le maire Jean Lamarche a rappelé à l’audience qu’IDE Trois-Rivières et la Ville étaient déjà en démarches avec l’OQLF afin d’évaluer le dossier et de trouver un terrain d’entente qui pourrait satisfaire tout le monde à l’intérieur du cadre légal de la loi sur la langue française et sur l’affichage en français.

«Il y a eu un affichage en très grosses lettres et on va refaire nos devoirs là-dessus, mais ça part d’un effort louable de gens qui voulaient réinventer le développement économique», a indiqué le maire Lamarche. Ce à quoi le directeur de la SSJB, Guy Rousseau, a ajouté que ses membres étaient là pour leur donner «une tape dans le dos» afin de les encourager dans ces démarches.

Le conseiller municipal Denis Roy, également membre du conseil d’administration d’IDE Trois-Rivières, a signifié que ce n’est ni par malveillance, ni par négligence que ce nom a été choisi. «C’était voué à des communications d’entreprises à entreprises. On n’avait pas présagé une visibilité grand public. Cette considération a fait que le niveau de sensibilité n’était pas le même. La directive a ensuite été donnée de faire mousser la promotion de ça. La dernière chose que je veux est que ça deviennent une pomme de discorde alors que ça doit être quelque chose de rassembleur», a-t-il reconnu.